Démission du Premier ministre slovaque après l’assassinat de Jan Kuciak

Robert Fico, fragilisé par l'assassinat d'un journaliste et de sa compagne, démissionne. [Kovop58/Shutterstock]

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a offert sa démission, réclamée par l’opposition après l’assassinat d’un journaliste d’investigation, tout en l’assortissant de conditions pour éviter des élections anticipées et sauver sa coalition hétéroclite formée en 2016.

« Aujourd’hui, j’ai offert ma démission au président de la République », Andrej Kiska, a déclaré le Premier ministre social-démocrate, au pouvoir depuis 2012. « Si le président l’accepte, je suis prêt à démissionner demain ». Selon les analystes cette démission devrait être acceptée.

Soumis depuis plusieurs semaines à la pression de l’opposition et de manifestations de rue, suscitée par l’assassinat du journaliste Jan Kuciak, qui enquêtait sur la corruption et sur des liens présumés entre des hommes politiques slovaques et des hommes d’affaires italiens soupçonnés de relations avec la mafia calabraise, Robert Fico avait déjà accepté de se séparer de son ministre de l’Intérieur Robert Kalinak, qui a dû démissionner le 12 mars.

Il était également pressé d’accepter des élections anticipées par le plus petit parti de sa coalition, Most-Hid (centre-droit, proche de la minorité hongroise). Cette formation avait menacé de quitter la coalition si ses partenaires n’acceptaient pas de renvoyer les Slovaques aux urnes pour mettre fin à la crise.

Son chef, Bela Bugar, a toutefois déclaré mercredi soir qu’il « appréciait la décision du Premier ministre » et « espérait que la situation se calmera ».

La Slovaquie en crise après le meurtre du journaliste Jan Kuciak

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue, le ministre de la Culture a démissionné. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, accuse de son côté le président du pays de complicité avec George Soros.

Robert Fico a cependant posé trois conditions à sa démission : le président Kiska devra respecter le résultat des élections législatives de 2016, respecter et garantir l’accord de coalition qui a permis la mise en place du gouvernement actuel, et accepter que son parti à tendance social-démocrate Smer-SD propose son candidat à la tête du futur gouvernement.

Le juriste de 53 ans a toujours suscité des sentiments contradictoires, certains le disant tenace et fin stratège, d’autres démagogue populiste ayant des goûts de luxe. À la tête de son parti, qu’il dit de gauche, il a toutefois scellé une alliance avec un parti d’extrême droite, le SNS, avec lequel il est toujours en coalition.

En Europe, il est surtout connu pour ses violentes attaques anti-migrants, en refusant les quotas de réfugiés décidés par Bruxelles.

Nouveau dérapage de Robert Fico qui insulte des journalistes

A la tête de la présidence tournante du conseil de l’UE, le premier ministre slovaque  a traité des journalistes de « sales prostitués anti-slovaques ».

« Risque de chaos »

Selon lui, le pays risquerait « de plonger dans le chaos, si les hommes de l’opposition actuelle prenaient le pouvoir ».

Le journal SME a avancé le nom de Peter Pellegrini, 42 ans, vice-Premier ministre chargé des investissements dans le gouvernement actuel, pour reprendre le poste de Premier ministre.

Des analystes politiques interrogés par l’AFP pensent que le chef de l’État n’a pas d’autre choix que d’accepter la démission du chef du gouvernement.

« Le président Kiska a exigé lui-même un remaniement en profondeur du gouvernement », a observé Jan Baranek, du groupe de réflexion Polis Slovakia.

« Un nouveau Premier ministre devrait calmer jusqu’à un certain point la situation, tendue après que des dizaines de milliers de manifestant ont demandé la démission de Robert Fico et Andrej Kalinak », a-t-il ajouté.

Un analyste de l’Institut des Affaires publiques de Bratislava, Grigorij Meseznikov est du même avis. « Il ne devrait pas forcer quelqu’un à rester Premier ministre. D’un autre côté, il devra tenir compte de la crédibilité en chute du gouvernement actuel. Il lui appartient de juger si la coalition actuelle est en mesure de continuer à faire fonctionner un gouvernement », estime-t-il, ajoutant que « des élections anticipées seraient une meilleure solution ».

Selon un récent sondage réalisé par l’institut Focus, 62% des Slovaques sont favorables à la démission du Premier ministre, contre 13% qui estiment qu’il devrait garder son poste.

Vendredi, plusieurs dizaines de milliers de Slovaques ont manifesté dans tout le pays pour protester contre la corruption et réclamer cette démission.

À Bratislava, 40 000 personnes se sont rassemblées, selon le quotidien SME, ce qui constituerait le plus grand rassemblement populaire dans ce pays depuis la Révolution de velours qui a scellé la chute du communisme en Tchécoslovaquie en 1989.

Enquête

L’Union européenne a demandé mercredi à la Slovaquie de faire rapidement la lumière sur le meurtre du journaliste Jan Kuciak et de coopérer avec l’Office européen de lutte anti-fraude.

« La priorité première pour nous tous doit être de mener une enquête indépendante et rigoureuse sur les faits et de traduire en justice les responsables. Nous appelons les autorités slovaques à faire cela rapidement », a déclaré Julian King, le commissaire européen à la Sécurité, devant les députés européens réunis à Strasbourg.

Europol, l’agence européenne spécialisée dans la lutte contre la criminalité a dépêché une équipe le 28 février « pour apporter son assistance à l’enquête slovaque », a indiqué le commissaire, tandis qu’une délégation de députés européens s’est également rendue en Slovaquie les 8 et 9 mars.

Le dernier article de Jan Kuciak, inachevé, portait sur des relations entre des hommes d’affaires italiens soupçonnés d’être liés à la mafia calabraise – la ‘Ndrangheta – et des hommes politiques slovaques.

« Nous appelons les autorités slovaques à collaborer pleinement avec l’Olaf [Office de lutte antifraude de l’Union européenne] pour déterminer si ce cas implique un détournement de fonds européens à travers les frontières », a réclamé Julian King.

Pendant la session plénière du Parlement européen qui a débuté lundi, nombre d’eurodéputés avaient devant eux dans l’hémicycle une affichette avec le visage de Jan Kuciak et de Martina Kusnirova proclamant « All for Jan » (Tous pour Jan).

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