Dénouement attendu dans le feuilleton de la nomination de Sylvie Goulard

Sylvie Goulard [EPA-EFE/FLORIAN WIESER]

Le Parlement européen auditionne de nouveau Sylvie Goulard ce 10 octobre. Malgré la défiance des Verts et de la droite, le soutien de dernière minute des sociaux-démocrates devrait sauver la candidate française.

Les auditions des commissaires européens ont pris une tournure compliquée pour la cuvée Von der Leyen. Épisode relativement formel habituellement, ce grand oral des candidats à l’exécutif européen s’est à la fois professionnalisé et politisé cette année. « Un exercice qui renforce la démocratie au sein de l’Union », souligne Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Delors, dans une tribune au Monde.

Mais sous des dehors vertueux, les auditions ont aussi fait ressortir les travers de cette nouvelle Commission : mal élue, avec seulement 9 voix d’avance lors de sa confirmation par le Parlement européen en juillet dernier, Ursula von der Leyen n’a pas le luxe de ses prédécesseurs de pouvoir s’appuyer sur une grande coalition ultra-majoritaire.

Et en l’absence de coalition, la discipline de parti n’existe pas. Les auditions ont largement montré la volonté d’indépendance des députés, que ce soit par rapport à leur famille politique ou à leur pays. Les candidats de la Hongrie et de la Roumanie ont été retoqués avant même de pouvoir passer une audition, et les auditions ont été relativement rudes avec les autres.

Paris et Berlin s’impatientent

Au point que les exécutifs français et européens ont du s’en mêler : dans les couloirs du Parlement européen à Bruxelles, des eurodéputés se plaignent des pressions exercées par Berlin, mais aussi par Paris, sur les élus des partis PPE et PS. Berlin a tenté de calmé les esprits en rappelant que la crédibilité de cette nouvelle commission était celle de l’Allemagne, au travers d’Ursula von der Leyen.

Le Premier ministre Édouard Philippe a de son côté invité à dîner les questeurs du Parlement européen à Versailles, le 3 octobre dernier.

Les tensions se sont cristallisées autour de deux candidats, le Polonais et la Française qui ont tous deux du repasser des oraux de rattrapage. Pour le candidat polonais, les eurodéputés ont mis en avant son incompétence, le prétendant au poste répétant à l’envi qu’il étudierait les dossiers quand il serait commissaire.

Mélo anti-Macron

La Française s’est vue surtout attaquée sur des motifs éthiques, notamment par d’autres élus français comme Geoffroy Didier (LR), alors que ses compétences étaient moins remises en question. Le sujet a ensuite fait flores chez les Scandinaves, plus en avance sur les questions d’éthique, et notamment les socialistes scandinaves et français. S’en est suivi un véritable mélo.

La candidate s’est vu demander de répondre à une série de questions, ce qu’elle a fait au sein d’une réponse de quasiment 50 pages.

Après lui avoir reproché des réponses très courtes lors de son audition orale, certains élus ont assuré lors de la réunion de coordination des commissions, le 9 octobre au matin, que les réponses « étaient trop longues, trop détaillées », si bien qu’on ne pouvait savoir qui des services de la Commission ou de la candidate commissaire avait répondu.

Et après avoir principalement reproché à la candidate ses activités passées, des élus sont revenus à la charge sur la dimension de son portefeuille.

« Nous ne voulons pas que le portefeuille de la défense fusionne avec celui de l’industrie. Nous souhaitons qu’il figure parmi celui des Droits de l’homme et celui de la sécurité, » assure la vice-présidente du groupe des Verts Terry Reintke, qui assure son groupe ne votera pas pour elle.

Autant d’arguments qui ont motivé les différents partis à demander, « par consensus » une nouvelle audition pour jeudi 10 octobre à 9h30.

De fait, cumuler les questions de marché intérieur, de défense, du numérique et de la culture représente un énorme portefeuille. «  Il y a visiblement une forte pression de l’audiovisuel allemand qui souhaite rapatrier les sujets audiovisuels dans le portefeuille de Marya Gabriel, candidate pour le poste de commissaire à l’économie numérique, parce que la présidente de la commission Culture a l’habitude de travailler avec elle », avance-t-on chez Renew.

Petits arrangements entre partis

Reste que les sociaux-démocrates se sont mis d’accord pour soutenir la candidate, dans un esprit d’apaisement, selon une source européenne. Traduction : en échange du soutien du ou de la candidate social-démocrate qui sera présenté par la Roumanie, qui aura sans doute besoin du soutien de Renew. Ce qui devrait en théorie sauver à la candidate française du retour à Paris. Après le nouvel oral, la candidate aura besoin d’une majorité à 50 % des commissions qui l’auditionnent pour être confirmée.

Semaine décisive pour la candidature de Sylvie Goulard

La candidate doit tenter de convaincre les eurodéputés par des réponses écrites à de nouvelles questions. Une nouvelle audition est envisageable en fin de semaine.

Des négociations entre partis assez classiques au Parlement européen, mais que certains déplorent.

« On a pu entendre de vives critiques envers certains candidats pendant la première semaine de la part des députés européens, mais ces critiques ont baissé d’intensité depuis, » relève Terry Reintke. Et de citer l’exemple de la candidate croate Dubravka Šuica qui sera en charge du portefeuille « Démocratie et Démographie ».

« Certains élus au sein du groupe du S&D et des Libéraux qui s’étaient clairement positionnés en faveur des droits des femmes et LGBTi mais qui n’ont pas formulé de critiques envers Dubravka Šuica alors qu’elle restait évasive sur ces questions. Mon impression est bien qu’il y a eu des transactions entre les trois principaux groupes, » souligne-t-elle.

Les divisions affichées lors des auditions ne sont pas du meilleur augure pour la suite : entre la haine anti-Macron exprimée par ses opposants politiques, et la défiance exprimée à l’égard de candidats proposés par Ursula von der Leyen, le vote définitif pour la confirmation de l’équipe de la Commission européenne ne s’annonce pas de tout repos.

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