Au moins six eurodéputés sur les 18 de la délégation du Rassemblement national (RN) au Parlement européen ont déjà ou vont signer ce jeudi (8 février) une résolution pour « abolir » le Green Deal. Une résolution sans grande portée, semblerait-il.
Les députés européens de tous bords ont reçu cette semaine un mail de leur collègue Tom Vandendriessche du parti d’extrême droite belge, Vlaams Belang, leur proposant de signer sa résolution visant à « abolir » le Green Deal.
Surfant sur la colère des agriculteurs européens exprimée ces derniers jours, l’élu flamand considère que le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal, en anglais) et ses « stratégies sous-jacentes affectent négativement le fonctionnement quotidien et les perspectives d’avenir du secteur agricole européen ».
Le Green Deal est un paquet législatif lancé en 2019 visant à ce que l’UE atteigne la neutralité carbone en 2050. Certains des agriculteurs qui ont manifesté ces derniers jours dans toute l’Europe accusent certains textes du Green Deal, adoptés ou en cours d’examen, d’entraver leur travail.
Le Green Deal ferait également encourir des risques à l’industrie européenne et au pouvoir d’achat des ménages. Risques démultipliés par la situation géopolitique du continent, peut-on lire dans la résolution.
Dès lors, « au lieu d’étendre le Green Deal avec encore plus de réglementation comme proposé, [il] devrait être renégocié afin d’abolir le cadre tel qu’il existe actuellement », confie M. Vandendriessche à Euractiv France.
Ainsi, dans sa résolution, l’élu demande « instamment au Conseil, à la Commission et au Parlement d’engager des renégociations afin d’abolir le Green Deal ».
Soutiens au RN
Une demande visiblement partagée par une partie de ses collègues, puisque six eurodéputés du RN vont signer ou ont déjà signé la résolution, confie à Euractiv France la présidence de la délégation au Parlement européen.
Ainsi, mercredi 7 février au soir, avaient ou allaient signer les eurodéputés Aurélia Beigneux, Catherine Griset, Gilles Lebreton, Eric Minardi, le président du RN au Parlement européen Jean-Paul Garraud et la référente « environnement » du groupe Mathilde Androuët.
« Je signe cette résolution parce que les objectifs fixés [dans le Green Deal] sont irréalistes qu’ils procèdent d’une logique décroissante […] alors qu’il devient urgent de trouver un juste milieu entre les écologistes radicaux et les tenants du statu quo », explique Mme Androuët à Euractiv France.
« D’autres [eurodéputés RN] devraient normalement la cosigner », assure la présidence. Et « s’ils ne cosignent pas, cela ne signifie pas qu’ils sont en désaccord, mais qu’ils ont peut-être déjà déposé une résolution dans le mois ». Dans ce dernier cas, les traités interdisent en effet qu’ils signent deux résolutions de type « individuelles », comme celle-ci, en un mois.
Et Jordan Bardella ?
L’échéance limite pour signer est fixée à ce jeudi midi. À l’heure actuelle, il n’est pas certain que l’eurodéputé, et président du RN, Jordan Bardella signera la résolution.
Néanmoins, ses intentions contre le Green Deal sont claires : fin janvier, l’élu a déclaré attendre du gouvernement français qu’il y « renonce ».
Pour la coprésidente du groupe de La Gauche (GUE/NGL) au Parlement européen, Manon Aubry, cette résolution ne fait donc que confirmer que « Jordan Bardella et ses amis méprisent l’environnement et sèment le chaos climatique », a-t-elle déclaré sur X.
Néanmoins, des sources au sein de la délégation RN tempèrent la portée de cette résolution.
La commission parlementaire compétente devra juger de sa pertinence ; décider souverainement de la porter en plénière du Parlement européen pour un vote ou, à l’inverse, tout simplement ne pas lui donner suite.
Dès lors, une telle résolution permet surtout de faire de la « communication et des statistiques politiques », dit-on à Euractiv France.
Des raisons pour lesquelles certains membres du RN pourraient ne pas la signer.


