Des manifestants ukrainiens font pression sur Viktor Ianoukovitch

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Des milliers de partisans du mouvement de l’opposition revitalisé en Ukraine se sont rassemblés devant le parlement hier (2 avril). Ils appellent à des élections anticipées afin de désigner le maire de Kiev. Il s’agit de l’action la plus importante contre le président Viktor Ianoukovitch cette année.

Emmenée par les trois principaux dirigeants de l'opposition, la foule a défilé du centre-ville de la capitale jusqu'au parlement, sous des banderoles exigeant la libération de l'opposante Ioulia Timochenko et dénonçant la politique du chef de l'État.

Les manifestants visaient directement Olexander Popov, nommé par le président Ianoukovitch à la tête de la municipalité de Kiev et devenu en fait le maire de la capitale.

Le Parti des régions, au pouvoir, veut repousser de deux ans l'élection municipale à Kiev, après la présidentielle de 2015 où Viktor Ianoukovitch devrait briguer un second mandat.

Le maire précédent, qui a démissionné à la mi-2012, a été remplacé par M. Popov et les dirigeants de l'opposition plaident en faveur d'une élection au début du mois de juin.

Sur des banderoles, on peut lire « Popov au poste de maire = la mort de Kiev » et « Ne laissez pas Ianoukovitch voler les élections au peuple de Kiev », dans une épreuve de force de l'opposition, qui a obtenu de bons résultats lors des élections législatives en octobre 2012.

La manifestation a eu lieu alors que les dirigeants de l'Ukraine hésitent à forger des liens plus étroits avec l'Union européenne ou à s’aligner davantage sur la Russie, son ancien maître soviétique.

L'Union européenne a prévenu en février M. Ianoukovitch qu'un accord de libre-échange pourrait être en danger si l'Ukraine ne réalisait pas de progrès dans la réforme politique d'ici le mois de mai.

L'UE estime que l'accord dépend de l'amélioration de la situation des droits de l'Homme et de la suppression de la pratique de « justice sélective », c’est-à-dire l'emprisonnement d'opposants politiques comme l'ancienne première ministre Timochenko, la principale adversaire de Viktor Ianoukovitch, condamnée à 7 ans de prison pour abus de pouvoir. 

Nouvel appel à la révolution

L'ancien ministre de l'économie Arseni Iatseniouk, le nationaliste Oleh Tiahnibok et le champion de boxe de poids lourds Vitali Klitschko dirigent l'opposition unie.

Le groupe indique que M. Ianoukovitch, chassé par la « révolution orange » de 2004 à Kiev, qui lui fait perdre son premier mandat présidentiel, désire garder M. Popov au pouvoir jusqu'à la tenue de l'élection présidentielle de 2015.

« Ils [le camp de M. Ianoukovitch] ne veulent pas d'une élection maintenant, car ils la perdront », a déclaré Oleh Tiahnibok, le chef du parti nationaliste Svoboda (liberté), à la foule. M. Tiahnibok et d’ autres dirigeants ont auparavant incité le parlement à choisir une date pour l'élection municipale.

« Il n'en va pas que de l'élection municipale de Kiev. S'ils reportent l'élection, qu'adviendra-t-il de la présidentielle ? La même chose », a ajouté M. Iatseniouk.

Les partis d'opposition ont réagi en paralysant les procédures parlementaires, souvent pendant des semaines : ils ont bloqué le temps de parole de l'orateur.

L'une de leurs demandes principales consiste en la libération de Ioulia Timochenko et de ses alliés. Son maintien en prison pourrait à présent menacer les accords politiques et de libre-échange avec l'UE. Si cette situation est renversée, l'ancienne république soviétique se retrouverait dans le camp occidental.

L'appel de Iouri Loutsenko est ouvert

M. Ianoukovitch, malgré son engagement exprimé à plusieurs reprises vis-à-vis du rapprochement de son pays vers l'Europe, a jusqu'à présent refusé de céder à la pression de l'opposition ou des gouvernements occidentaux d'intervenir dans l'affaire de Ioulia Timochenko, sa plus grande rivale.

Même si l'Ukraine souhaite réduire sa dépendance envers la Russie, surtout en matière d'approvisionnement d'énergie, Kiev doit encore faire son choix entre une relation plus étroite avec l'UE ou avec Moscou.

De nombreuses spéculations entourent l'un des alliés emprisonnés de Mme Timochenko, l'ancien ministre de l'intérieur Iouri Loutsenko. Il est condamné à quatre de prison pour détournement et abus de pouvoir, mais pourrait recevoir un traitement plus clément.

Un tribunal à Kiev a entamé la procédure d'appel de M. Loutsenko contre sa condamnation et devrait obtenir un jugement bientôt.

Lorsque les procédures ont été lancées, M. Loutsenko a demandé au tribunal s'il était autorisé à sortir d'une cage en verre dans laquelle il était emprisonné et a déclaré : « Je ne suis pas fou. Je n'ai pas tué 10 personnes. Si je suis fou, alors je suis un [fou] politique, car je n'aime pas votre dirigeant. » Le tribunal a refusé sa demande. 

Au cours du dernier sommet entre l'UE et l'Ukraine le 25 février, le président du Conseil, Herman Van Rompuy, a répété les trois domaines dans lesquels  l'UE souhaite voir des progrès avant de signer un accord d'association avec Kiev.

Les trois conditions traiteront du problème de la « justice sélective », une référence à l'emprisonnement de l'ancienne première ministre Ioulia Timochenko et de son ministre de l'intérieur Iouri Loutsenko, et aborderont la lutte contre les problèmes en matière de démocratie qui découlent des élections nationales d'octobre 2012 ainsi que la promotion de réformes judiciaires.

M. Van Rompuy a expliqué que l'UE souhaitait constater des avancées « au plus tard en mai de cette année ».

Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a indiqué que les problèmes en suspens pourraient être résolus lors du sommet du Partenariat oriental en novembre à Vilnius, au cours de la présidence lituanienne du Conseil de l'UE.

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