Donald Trump : ses derniers jours à la Maison-Blanche font froid dans le dos

Chaque fois les motivations de Trump visent un même but : handicaper au maximum les débuts de ce successeur élu à la Maison Blanche qu’il se refuse toujours à reconnaître : Joe Biden. [Joseph Sohm_Shutterstock]

Contestations persistantes des résultats de l’élection présidentielle, veto répétés contre des lois cruciales, reprise des exécutions fédérales, bruits de bottes en Iran… Les derniers jours du président américain à la Maison Blanche sont à hauts risques. À ce rythme, le 20 janvier, date de la prestation de serment de Joe Biden, semble dangereusement loin. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Enough is enough ! (« Trop c’est trop ! »). C’est ce que semblent avoir voulu dire au président américain sortant Donald Trump les sénateurs républicains, son propre camp, qui ont rallié vendredi les démocrates pour permettre, malgré le veto présidentiel, le vote par le Congrès du budget américain de la Défense, lourd de 700 milliards de dollars, par 81 voix pour et 13 contre.

Depuis son élection en 2016, Donald Trump avait fait usage neuf fois de son droit de veto contre des textes de loi adoptés dans les deux chambres, mais jamais le Congrès n’avait réussi à atteindre la majorité des deux tiers nécessaire pour l’outrepasser.

Menaces de blocage

Déjà, sous la pression de l’ensemble des parlementaires, une semaine auparavant, Donald Trump avait finalement retiré un autre de ses veto, cette fois sur le plan de relance économique de 900 milliards de dollars, qui menaçait aussi de bloquer le financement de l’État fédéral.

Chaque fois les motivations de Trump visent un même but : handicaper au maximum les débuts de ce successeur élu à la Maison Blanche qu’il se refuse toujours à reconnaître : Joe Biden.

Les recours déposés contre ce qu’il désigne comme une fraude électorale « massive » ont beau, les uns après les autres, être rejetés par les juridictions même parmi les plus hautes comme la Cour Suprême, et même constituées majoritairement de juges qu’il a nommés, il ne se résigne pas.

Vraisemblablement plus pragmatiques que lui – Trump dénonce désormais un « leadership républicain faible et fatigué » – les républicains qui avaient un temps soutenu sa contestation du vote, sont de plus en plus nombreux à se ranger du côté des institutions.

Caprices d’un mauvais perdant

Donald Trump focalise désormais toute son énergie sur le 6 janvier, date à laquelle le Congrès doit ratifier le vote des grands électeurs qui ont élu Joe Biden président par 306 voix contre 232 à Trump. Mais sa tentative en justice pour permettre à son vice-président Mike Pence de remettre en cause devant le Congrès le vote du collège électoral a été rejetée samedi à son tour.

Ce qui ne décourage toujours pas le dernier carré des fidèles trumpistes qui compte, malgré ce nouveau revers, tenter une fronde parlementaire. Le secrétaire général de la Maison Blanche, Mark Meadows, a appelé dimanche les parlementaires à la rébellion (fight back) contre la certification de la victoire de Joe Biden. Selon lui, une centaine de représentants et une douzaine de sénateurs républicains objecteront aux votes des grands électeurs, conformément au souhait de Trump, jugeant donc Biden comme un président illégitime et faussement élu :

Une obstination qui, même si elle n’empêchera pas l’élection de Joe Biden d’aboutir, dessine ce que pourrait être l’ambiance délétère des derniers jours de Trump à la Maison Blanche, mais aussi des mois et années qui suivront.

Avec une division profonde des Américains, entre des « pro Trump quoi qu’il en coûte », et ceux, quel que soit leur parti, qui choisiront la défense des institutions démocratiques américaines. Ce samedi les domiciles des deux plus hauts parlementaires américains, le chef des Républicains au Sénat Mitch McConnell et la patronne des Démocrates à la chambre des représentants, Nancy Pelosi, ont tous deux été vandalisés.

Le réveil progressif et bien réel du parti Républicain montre que l’obstination de Trump a fini par réveiller des craintes jusque dans son propre camp. Qui semble désormais préférer préserver les institutions américaines plutôt que les caprices d’un mauvais perdant.

Donald Trump dispose néanmoins encore de la totalité de ses pouvoirs de président en exercice et poursuit ce qui ressemble à une croisade personnelle dans tous les autres domaines possibles.

Partisan farouche de la peine capitale, il a mis fin en juillet à 17 ans de moratoire sur les exécutions au niveau fédéral. Depuis lors, 10 exécutions fédérales ont eu lieu dans des prisons américaines. Le tout en dérogeant en outre à une autre tradition, vieille de 130 ans : celle de stopper les exécutions durant la transition entre deux présidents. À l’inverse, cela n’a pas empêché le président américain de gracier, un de ses privilèges, des salariés de la société privée de mercenaires Blackwater, pourtant condamnés pour meurtres de civils en Irak.

Dossier nucléaire iranien

Sur le front de la politique étrangère, ses derniers choix inquiètent aussi : taxation de nouveaux produits européens dans le vieux conflit Boeing Airbus et, particulièrement dangereux, les craintes de relance de conflit autour du dossier nucléaire iranien. Fragilisé par l’assassinat fin novembre d’un physicien nucléaire iranien – dont les Iraniens accusent Israël -, l’avenir de l’accord sur le nucléaire iranien, victime des nombreux coups de boutoirs de Trump depuis qu’il a décidé unilatéralement de s’en retirer et de rétablir des sanctions contre l’Iran, est suspendu à l’arrivée de Joe Biden aux commandes. À moins que des incidents ne précipitent la situation avant le 20 janvier, la rendant irrattrapable, ce que de nombreux observateurs redoutent.

Les plaintes répétées de Joe Biden et de son équipe, à trois semaines de la passation, sur la rétention d’information des équipes présidentielles de Trump en matière de sécurité nationale, alors qu’elles devraient activement et en toute transparence préparer la transition, ne rassurent pas.

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