Efficaces, les fonds européens manquent de visibilité en banlieue

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La région Île-de-France veut développer les projets financés par les fonds européens. Mais les Franciliens bénéficiaires de l’argent de Bruxelles se plaignent des lourdeurs administratives.

Lorsque Joël Ndombasi, fraîchement diplômé, vient présenter son projet de livraison à domicile en décembre 2014 auprès de l’association Initiactive 95, cette dernière lui octroie deux prêts de 7 500 euros pour se lancer. Trois ans plus tard,  You Order salarie une centaine de personnes.

Cette succes story, son fondateur la doit en grande partie aux fonds européens que reçoit Initiactive 95. En effet, depuis le début des années 2000, l’association, qui aide des personnes éloignées de l’emploi et de l’emprunt bancaire à créer leur entreprise, reçoit chaque année 370 000 euros du FSE (fonds social européen). « Ces fonds représentent 25 % de notre budget total », assure le directeur, Cyril Baraban. Un cofinancement ultra-productif puisque selon lui, un euro d’argent public génère 20 euros d’investissement privé.

À plus ou moins grande échelle, le succès de Joël Ndombasi n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. En 2016, 235 entreprises ont été créées grâce à l’association. Des entreprises qui ont elles-mêmes généré 400 emplois, qui créent eux-mêmes d’autres emplois en cascade. « C’est donc environ 800 € de FSE par emploi créé », explique Cyril Baraban.

Les bénéficiaires sont généralement des demandeurs d’emploi, des femmes, des jeunes, et des receveurs de minima sociaux. « Avez-vous conscience que vos projets ont été créés grâce à de l’argent européen ? », demande Stéphanie Von Euw, vice-présidente de la région Île-de-France en charge des affaires européennes, aux créateurs d’entreprise. Silence dans l’assemblée.

Une Europe utile

En effet, si Stéphanie Von Euw a décidé de se rendre sur le terrain en compagnie de deux eurodéputés le 23 février c’est principalement pour montrer concrètement à quoi servent les fonds européens dans la région Île-de-France. « L’Europe est utile et il faut montrer ce que l’UE fait pour des territoires comme celui-là, ce qu’elle fait sur des thématiques d’actualité comme l’emploi chez les jeunes ou la création d’entreprises durables », assure-t-ell.

Les deux eurodéputés présents lors de la visite de terrain, Constance Le Grip et Alain Lamassoure, participent à leur première visite de projets financés par l’UE en banlieue. « Quand on dit que l’Europe finance, il ne faut pas oublier que c’est le contribuable d’autres pays, beaucoup plus pauvres que la France, comme la Croatie et même la Grèce, qui participent au financement d’actions comme celles-ci. Nous avons donc l’obligation d’atteindre un objectif et c’est rassurant de voir que cette inventivité et ce courage peuvent déboucher sur de la créativité », estime l’eurodéputé Alain Lamassoure.

Lourdeurs administratives

Cyril Baraban, directeur général d’Initiactive 95, regrette la complexité du traitement administratif nécessaire à l’obtention de  fonds. « Cela donne une image très complexe des fonds européens, et comme premier contact ce n’est pas très commercial. Il faut simplifier les règles d’éligibilité des dépenses et alléger le traitement administratif », plaide-t-il.

Ce son de cloche, Stéphanie Von Euw l’entend souvent. Selon elle, les critiques se concentrent sur les lourdeurs administratives et notamment sur la rétroactivité des procédures, « c’est-à-dire qu’entre le début et la fin du processus, les documents demandés ne sont pas les mêmes ».

Mais Stéphanie Von Euw est bien décidée à faire de la région Île-de-France la première région de France dans l’utilisation des fonds européens. Pour cela, elle veut rendre la politique européenne plus tangible avec un panel d’initiatives tournée vers l’UE. « Je veux sortir du club très privé des utilisateurs des fonds européens, je veux mettre en place une meilleure communication pour que les personnes hors des réseaux d’initiés soient mises dans la boucle des appels d’offres ».

« Réflexe européen »

Pour Alain Lamassoure, « le problème c’est que les bénéficiaires ne savent pas du tout que tout cela vient de l’UE, que ces projets ont été financés par des fonds européens ». Il se désole aussi que « les prescripteurs de l’Europe ne soient que des élus nationaux ». « Il n’y a pas de communication au niveau régional, pas de logo. La Commission n’est pas organisée pour communiquer à l’extérieur. »

Pour la vice-présidente en charge des affaires européennes, Stéphanie Von Euw, c’est la même chose au niveau régional. Son objectif est donc de créer un « réflexe » européen, c’est-à-dire de faire en sorte que les appels à projets soient relayés à tous les niveaux et par tous les interlocuteurs de la région.

Lorsque le comité régional de programmation décide à qui seront attribués les fonds européens, la vice-présidente convie quinze jours plus tard tous les porteurs de projet à une réunion. « Ce n’est pas qu’un processus administratif et ces réunions permettent de le rendre plus humain, plus réel. Programmées au départ pour une heure, elles durent finalement toute une matinée et tout le monde partage ses bonnes pratiques ou ses mauvaises expériences », explique-t-elle.

Son objectif à court terme est de créer une plateforme interactive sur laquelle les porteurs de réseaux pourront échanger, se poser des questions, expliquer comment faire pour avoir le plus de chances d’obtenir des fonds, etc. « L’Europe a toujours eu cette image bureaucratique, mais maintenant que les régions sont les gestionnaires directs des fonds, nous pouvons les mettre en pratique de manière concrète » assure-t-elle.

Contexte

L’Ile de France est la région qui reçoit la plus petite enveloppe de France. Au total, pour la période 2014-2020, la France reçoit de l’Union européenne 27 milliards d’euros, dont 15,5 milliards sont destinés au FSE et au FEDER. À titre de comparaison, c’est la région Hauts-de-France qui reçoit la plus grosse enveloppe. La région reçoit trois milliards d’euros de fonds européens, alors que l’Ile de France en reçoit 540 millions. Le Fonds européen de développement régional (FEDER) et le Fonds social européen (FSE), aussi appelés fonds structurels, ont pour objectif de mettre en œuvre la politique de cohésion économique, sociale et territoriale de l'UE. L’un de leurs principaux objectifs est de réduire les inégalités entre les régions les plus développés et les moins développés. À eux deux, ils représentent 15,5 milliards d’euros de l’enveloppe de 27 Md d’€ dédiée à la France.