Les élections en Espagne n’augurent pas la fin de l’instabilité politique

Pays Basque, avril 2019 EPA : Etxezarreta [EPA-EFE/Javier Etxezarreta]

L’Espagne se prépare à ses troisièmes élections générales en seulement trois ans dans un climat politique d’instabilité et d’incertitude jamais vu depuis 40 ans. Un article d’Efe-Epa.

La volatilité ambiante est telle en Espagne que les partis politiques continuent d’implorer les électeurs encore indécis – soit 30 ou 40 % de l’électorat selon les sondages d’opinion – et les abstentionnistes déclarés, et ce, afin d’obtenir leur soutien.

« Quiconque finit au gouvernement y parviendra grâce à une poignée de votes seulement », explique María José Canel, professeur de communication politique à l’université Complutense de Madrid.

Le système électoral espagnol a tendance à faire obstacle aux partis recevant peu de votes dans les petites provinces, où seulement cinq députés ou moins sont élus. Ce qui contribue à l’instabilité.

Peu de choses semblent certaines. L’une d’elles est que le parti socialiste au pouvoir, selon tous les sondages, remportera les élections avec une majorité simple, ce qui ne lui garantit pas de rester au gouvernement.

Une autre chose est sure : le nouveau parti d’extrême droite Vox sera pour la première fois représenté au parlement, qui sera par ailleurs très fragmenté. Et la clé d’une possible coalition gouvernementale réside peut-être dans le ralliement de petits partis décisifs, comme les pro-indépendance basque, les catalans ou Vox.

« Le niveau de fidélité des électeurs a chuté et c’est comme ça que s’explique la volatilité électorale », commente Irene Delgado, professeur de sciences politiques à l’UNED, l’université espagnole d’éducation à distance.

Du bipartisme au multipartisme

Pendant plusieurs décennies, deux grandes forces politiques – le parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE, et le parti populaire de centre droit, PP – se sont succédé au gouvernement, avec le soutien sporadique des minorités basques et catalanes.

Cette tendance bipartite imparfaite a pris fin de manière soudaine lors des élections de décembre 2015 quand deux nouveaux partis sont entrés au Congrès des députés : Podemos (gauche) et Ciudadanos.

Les négociations et alliances parlementaires se sont avérées être un casse-tête, si bien que de nouvelles élections ont dû être organisées en juin 2016. Le PP avait pourtant remporté ces deux élections, mais sans majorité absolue comme cela avait été le cas en 2011.

En fin de compte, le responsable conservateur de l’époque, Mariano Rajoy, est resté Premier ministre en 2016 grâce à un pacte avec Ciudadanos et l’abstention d’une majorité de députés socialistes.

L’instabilité a toutefois fait son grand retour le 1er juin 2018 lorsque le député socialiste Pedro Sánchez s’est emparé du pouvoir en proposant et remportant une motion de censure contre Mariano Rajoy, grâce à Podemos, aux séparatistes catalans et nationalistes basques.

Mariano Rajoy renversé par le Parlement espagnol

Le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy, coulé par un scandale de corruption, a été renversé vendredi par le Parlement, après plus de six ans au pouvoir en Espagne, et remplacé par le socialiste Pedro Sanchez.

Campagne houleuse, alliances incertaines

La chambre basse espagnole a rejeté en février la proposition de budget des socialistes pour 2019 et Pedro Sánchez a donc été obligé de convoquer des élections générales prévues le 28 avril. Étant donné que seuls 84 députés sur 350 le soutiennent, il n’avait pas le choix.

Le jeu d’échec électoral avait toutefois commencé des mois auparavant avec des attaques perpétuelles entre la droite et la gauche, dues notamment aux tensions séparatistes de la région prospère de Catalogne. « Ce fut l’une des campagnes électorales les plus intenses, notamment pour une raison fondamentale : la grande incertitude entourant les résultats potentiels », souligne María José Canel.

C’est aussi la première fois que cinq partis nationaux : le PP, le PSOE, Podemos, Ciudadanos et Vox jouiront d’une présence concrète au parlement, selon tous les sondages d’opinion. « La seule chose qui est sure c’est que le PSOE est le parti qui aura le plus de voix et que Vox sera suffisamment représenté pour fragmenter la droite », poursuit la professeure.

Les alliances entre les libéraux et l’extrême droite divisent en Europe

À quatre mois des élections européennes, la question des alliances de circonstance avec l’extrême droite divise la famille des libéraux. Exemples comparés de la Suède et de l’Espagne.

Les sondages prévoient en effet que les socialistes obtiendront environ 30 % des votes et plus de 100 députés dans la chambre basse. Reste donc à savoir combien de sièges en plus seront nécessaires pour s’assurer une majorité absolue de 176 députés, ou pour s’en approcher grâce à des alliances.

Une possibilité est un accord entre le PSOE et Podemos, bien que les deux partis auront probablement besoin des séparatistes catalans, qui exigent un référendum sur leur auto-détermination.

Une autre inconnue à l’équation est de savoir où terminera le principal parti d’opposition, le PP, jusqu’à présent majoritaire avec 134 sièges, étant donné la division du vote de droite due à la présence de Ciudadanos et l’émergence de Vox. Le nombre de votes que ces trois partis pourraient réunir est incertain. « Certains analystes leur attribuent 99 sièges », rapporte María José Canel.

« Il est trop tôt pour dire que l’Espagne sera ingouvernable », affime Irene Delgado, « différents scénarios peuvent permettre de former un gouvernement à long terme, notamment si une force politique forme une coalition gouvernementale logique. »

« Car la seule chose qui est sure c’est qu’une force politique ne pourra pas à elle seule obtenir une majorité absolue », conclut-elle.

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