Les mesures prises par le gouvernement proeuropéen du Premier ministre polonais Donald Tusk pour libérer les médias publics de l’emprise du parti Droit et Justice (PiS), qui était au pouvoir depuis 2015, relèvent de « l’anarchie » et d’une violation « flagrante » de la constitution, selon le président Andrzej Duda.
Le parlement polonais a adopté mardi soir (19 décembre) une résolution appelant à l’indépendance, à l’impartialité et au pluralisme des chaînes de télévision et des radios publiques. Le lendemain, le nouveau ministre de la Culture, Bartłomiej Sienkiewicz, a limogé les dirigeants de la chaîne publique TVP et de Polskie Radio et les a remplacés.
Ces mesures soudaines ont été rapidement critiquées par le président Andrzej Duda, ancien membre du PiS considéré par beaucoup comme encore proche du parti conservateur. Au cours de son mandat présidentiel, il a souvent été accusé de violer le principe d’impartialité en soutenant son ancien parti et en favorisant ses politiques.
En début de semaine, Donald Tusk avait déclaré compter sur « une collaboration » avec le président et l’opposition au sujet des mesures concernant les médias, que M. Duda a finalement qualifiées d’illégales.
« C’est l’anarchie », a déclaré le président à la chaîne de télévision Polsat News, expliquant que cette décision revenait à « omettre des lois existantes ».
En effet, il a insisté sur le fait qu’il n’interdisait pas au nouveau Premier ministre d’introduire des changements, mais que cela devait se faire en modifiant la loi sur les médias publics et non en remplaçant simplement les conseils d’administration de ceux-ci.
Il a déclaré qu’il souhaitait des changements « comme beaucoup de Polonais », mais que le gouvernement doit respecter les lois existantes et la constitution, au lieu de « rompre ouvertement [son engagement] […] en appelant cyniquement cela rétablir l’ordre ».
Au cours de ses huit années à la tête du pays, le PiS (Conservateurs et Réformistes européens) est parvenu à modifier la législation sous l’étiquette de la « repolonisation » des médias, afin de renforcer considérablement son contrôle sur le secteur audiovisuel public.
Suite à ces changements, la TVP est devenue, aux yeux de beaucoup, une machine de propagande pour le gouvernement conservateur, se moquant régulièrement de l’opposition et l’accusant d’agir à l’encontre des intérêts polonais et de soutenir les politiques du gouvernement.
En 2020, Reporters sans frontières (RSF) avait notamment souligné dans un rapport que « le discours partisan et l’incitation à la haine sont toujours la règle dans les médias publics [polonais], qui ont été transformés en porte-voix de la propagande gouvernementale [du PiS] ».
De nouveaux médias publics
Après le limogeage de la direction de la TVP mercredi, ses principales chaînes ont cessé d’émettre. La diffusion a ensuite repris, mais à la place du programme d’information habituel intitulé « Wiadomości » (« Actualités »), les téléspectateurs ont pu voir une déclaration du nouveau présentateur du JT, Marek Czyż.
Soulignant qu’aucun citoyen polonais qui finance les médias publics n’est obligé d’écouter de la propagande, il a annoncé qu’à partir de jeudi, « Wiadomości » — renommé « le 19 h 30 » — présenterait une « image objective du monde ». « Au lieu d’une soupe propagandiste, nous voulons vous offrir de l’eau cristalline. »
En réaction, les responsables politiques du PiS ont occupé le siège de la TVP à Varsovie pour défendre le « pluralisme des médias » et, pendant longtemps, M. Czyż et ses collègues ont eu du mal à accéder aux salles de diffusion.
Les députés du parti conservateur ont protesté contre ce qu’ils qualifient de « putsch », comparant la suspension soudaine de la diffusion à l’époque communiste, lorsque la loi martiale avait été introduite en décembre 1981. Ils ont déclaré qu’ils continueraient à protester jusqu’à ce que les décisions du nouveau gouvernement qui est entré en fonction il y a une semaine soient annulées.
Le président a appelé à un débat politique sur les médias publics, auquel le PiS, principal parti d’opposition désormais, pourrait participer.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



