En quête d’une « nouvelle réalité » : quels défis pour la cohésion européenne post-crise ?

La politique de cohésion doit s’adresser aux « Européens oubliés » et placer « la joie » et de la redécouverte au cœur de la relance post-crise, selon Mathieu Lefèvre (Destin Commun). [WorldStockStudio/Shutterstock]

Quel effet la pandémie aura-t-elle eu sur la cohésion au sein de l’Union européenne ? Quelles sont les leçons à tirer de la crise pour renforcer le bloc à l’avenir ? Jeudi (18 février), le European Policy Centre a fait le point sur l’état de la cohésion européenne un an après le début de la pandémie du Covid-19.

Lors d’une conférence en ligne organisée en partenariat avec le Conseil européen des relations internationales (ECFR) et Connecting Europe, le European Policy Centre est revenu sur les forces et faiblesses de la cohésion européenne révélées par la crise. Avec ses invités, il s’est également interrogé sur les défis de la transition à venir et les possibles solutions pour y répondre.

D’abord, un constat positif : « l’UE a géré cette crise mieux que les crises du passé, et mieux que ce que les gens espéraient », selon Janis Emmanouilidis, directeur de recherche au European Policy Centre. « On a très tôt pris conscience des possibles conséquences négatives de cette crise », explique-t-il. L’UE aurait fait preuve d’une résilience inattendue justement parce que « s’attendre au pire est la meilleure façon de l’éviter ».

« La réaction était rapide et solide, c’est très important et cela montre qu’il y a de la cohésion et de la détermination » au sein de l’UE, estime aussi Rui Vinhas, directeur général pour les affaires européennes au sein du ministère portugais des Affaires étrangères.

La cohésion au sein de l’UE aurait même été à son plus fort depuis des années juste avant la crise, selon Jana Puglierin, directrice du bureau de l’ECFR à Berlin. S’appuyant sur les résultats du moniteur de la cohésion européenne de l’ECFR, elle affirme que « la cohésion européenne a été plus forte en 2019 qu’à tout autre moment depuis 2007 » (le début de la période analysée par le moniteur).

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« Appétit pour le changement » chez les Européens

Mais, la crise aurait aussi dévoilé des fractures au sein de l’Union. Mathieu Lefèvre, co-fondateur et PDG de Destin Common (More in Common France) – un organisme qui analyse les fractures au sein des sociétés démocratiques et développe des initiatives pour y répondre – tire la sonnette d’alarme. « Il n’y a pas d’opinion « française » ou « allemande » », explique-t-il, mais différents blocs d’opinion au sein de chaque État membre de l’UE : les pro-européens et les eurosceptiques, mais aussi, plus important encore, ce qu’il appelle les « invisibles » ou les « oubliés » de l’Europe.

Ces derniers, pas moins de quatre personnes sur dix, selon un rapport publié par Destin Commun en septembre dernier, se sentiraient tout simplement perdus, et oubliés par l’UE autant que par leurs États. Ainsi, il y aurait ce que Mathieu Lefèvre appelle un « hope gap » – un « appétit pour du changement au sein de l’UE » déclenché par la crise, mais sans que les citoyens croient vraiment en la capacité de leurs États de réaliser ces aspirations.

Au niveau européen aussi, la crise aura mis au grand jour des défis sur le plan de la cohésion – certes déjà existants avant la pandémie, mais accentués par cette dernière, selon Jana Puglierin. La chercheuse en dénombre trois majeurs : celui du Sud, celui du Nord et celui de l’Europe de l’Est et Centrale.

Dans les pays du Sud de l’Europe (comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne), la pandémie aurait augmenté les vulnérabilités économiques, menaçant de creuser les écarts avec les pays plus riches.

Au sein des pays aisés du Nord (Suède, Pays-Bas, Autriche), paradoxalement, les populations seraient parmi les plus pessimistes en Europe concernant leurs perspectives d’avenir. Frustrés vis-à-vis des pays du Sud, perçus comme des freins à leurs économies, ces pays aussi pourraient donc se détourner progressivement de l’Union européenne.

Enfin, Jana Puglierin souligne le risque d’aliénation entre les pays d’Europe de l’Est et Centrale – qui comptaient déjà avant la crise parmi les moins engagés à découvrir d’autres pays et cultures européennes – et le reste de l’Europe, lui aussi aiguisé par la crise.

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Les « Européens oubliés », quelles solutions ?

Pour répondre à ces défis, il est important de noter, selon Mathieu Lefèvre, que la cohésion n’est pas uniquement un terme technocratique désignant la politique européenne, mais aussi un sentiment d’appartenance individuel. Et que si l’UE investit dans la cohésion, elle devrait à ce titre s’adresser aux « Européens oubliés » et placer « de la joie » et de la redécouverte mutuelle au cœur de la relance post-crise.

Cet après-crise ne pourra en outre pas ressembler à l’avant-crise, souligne Janis Emmanouilidis. « Nous ne retournerons pas au statut quo ante et en tout cas, ce n’est pas non plus ce que les gens souhaitent », explique-t-il. Un défi central de la sortie de crise sera donc de préparer la voie vers la « nouvelle normalité » qui suivra la transition – et dont un certain état de « crise permanente » fera sans doute partie. Pour cela, « nous devons nous concentrer sur la dimension sociale » de la relance, selon Emmanouilidis.

Dans tous les cas, pour répondre à la crise sanitaire comme à la crise économique, la première étape consiste à permettre aux plans de relance de se mettre en place, selon Rui Vinhas. « Le temps est essentiel maintenant », déclare-t-il, « c’est pourquoi la présidence portugaise vise à accélérer la ratification des régulations budgétaires et l’approbation des plans de relance par les États membres ». « Dans notre estimation la plus optimiste », les premières tranches des fonds de cohésion pourraient ainsi être appliquées dès le mois de juin. Reste à espérer que la suite donnera raison à Jana Puglierin qui affirme que « la cohésion est le ciment de l’UE » et la condition sine qua non pour « la capacité de l’Europe d’agir ».

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