Entretien : Le nouveau traité aidera l’Europe à « orienter la mondialisation » [FR]

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Répondre aux défis de la mondialisation par des réformes internes n’est pas suffisant, selon Maria Joao Rodrigues, l’une des figures qui a le plus contribué à la stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi. « Nous devons orienter la mondialisation, » ajoute-t-elle dans un entretien exclusif à EURACTIV.

  • Des décisions plus rapides pour les politiques relatives à la croissance et l’emploi

« Je pense que ce traité sera important tout d’abord parce que le vote à la majorité est étendu à beaucoup plus de domaines, ce qui permet d’accélérer le processus de prise de décision. L’autre raison est que le traité peut être utile pour la mise en oeuvre de l’agenda de Lisbonne », déclare Mme Rodrigues.

La femme à l’origine de la stratégie de Lisbonne, initiative phare de l’UE convenue en 2000 mais qui doit encore dévoiler les résultats escomptés, ne connaît que trop bien les défauts des politiques actuelles.

« Jusqu’ici, un des problèmes auxquels nous avons été confrontés est le suivi basé sur un Conseil européen annuel – le Conseil de printemps » des chefs d’Etats et de gouvernement, déclare-t-elle. « Mais le traité stimulera considérablement cette procédure de suivi, puisque nous aurons un Conseil des Affaires générales [au niveau ministériel] qui sera en mesure d’assurer un suivi permanent ».

Les implications pourraient être plus importantes que certains pourraient le croire. Mme Rodrigues estime que le traité pourrait créer les conditions pour une politisation accrue de l’Union européenne, longtemps critiquée comme étant trop technocratique. « Pas à pas, nous élaborons des mécanismes contraignants pour la mise en œuvre l’agenda de Lisbonne ». « Nous avons besoin d’une meilleure coordination, en particulier au sein de la zone euro », ajoute-t-elle.

  • Il faut davantage d’efforts en matière de recherche et de budget 

Selon Mme Rodrigues, ces mesures impliqueront à terme que l’UE devra allouer une plus grande part de son budget pour se concentrer sur des politiques comme la recherche, l’environnement et le transport. 

« Le nouveau traité a accompli des progrès (…). Dans la recherche nous avons des nouveautés en ce qui concerne la recherche spatiale, mais ce n’est pas suffisant. (…) Nous pouvons également aller plus loin en mobilisant de nouvelles ressources financières. C’est pourquoi, tôt ou tard, nous devrons encore aborder la question du budget communautaire ».

Dans le domaine de la recherche en particulier, Mme Rodrigues insiste sur la nécessité d’un engagement politique plus fort à l’heure où le budget européen pour la recherche représente « moins de 10 % de l’ensemble des ressources disponibles pour la recherche en Europe ».

« Cela signifie que la plupart de ces ressources se situent au niveau national et qu’elles devraient être coordonnées vers des priorités communes » déclare Mme Rodrigues. « C’est une première étape qui, je l’espère, peut être lancée lors du Conseil européen du printemps prochain – pour réaliser davantage de progrès en matière de recherche en Europe ».

Consciente que les discussions relatives au budget sont généralement ardues et reviennent à ouvrir des boîtes de Pandore, Mme Rodrigues semble néanmoins confiante et estime que le sens commun prévaudra parmi les nations européennes. « C’est aux Etats membres de comprendre que s’ils ne mettent pas leurs ressources en commun, le fossé entre l’Europe et les autres partenaires internationaux dans le domaine de la recherche se creusera considérablement ».

« Nous essayons d’avancer, mais les autres avancent plus vite ».

  • Les politiques internes et extérieures ne doivent plus être envisagées isolément

Néanmoins, le simple fait de réagir à la mondialisation ne suffit pas, selon Mme Rodrigues qui estime que les dirigeants européens sont de plus en plus conscients que les réformes internes doivent être complétées par des initiatives en matière de politique étrangères.

« Dorénavant – et c’est une nouveauté – nous comprenons qu’une [réforme interne] est importante, mais pas suffisante. Le monde évolue de plus en plus rapidement et réagir à la mondialisation ne suffit pas – nous devons orienter la mondialisation. C’est pourquoi nous devons également renouveler nos politiques extérieures pour qu’elles soient plus cohérentes avec nos politiques internes ».

Interrogée sur les domaines dans lesquels cette nouvelle approche pourrait être appliquée, Mme Rodrigues mentionne bien évidemment le commerce, mais également l’environnement et les transferts de technologie pour contribuer à la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement.

« L’enjeux est un jeu de donnant-donnant à long terme au niveau international. Et là, ce n’est pas uniquement le commerce et l’ouverture des marchés qui sont concernés, mais aussi l’amélioration des normes environnementales et sociales ainsi que les droits de propriété intellectuelle ».
« Nous entamons réellement une nouvelle phase ».

  • Un représentant de la politique étrangère pour que l’UE « parle d’une seule voix » 

Dans cette nouvelle phase destinée à orienter la mondialisation, le nouveau traité européen devrait offrir de nouvelles possibilités avec la création d’un Haut représentant en matière de politique étrangère.

« Nous avons besoin d’un acteur central ayant la capacité de représenter l’Union européenne dans les relations internationales et de coordonner l’action extérieure de l’Union. C’est essentiel si nous voulons orienter la mondialisation ».

Mais selon Mme Rodrigues, les institutions multilatérales comme le FMI et la Banque mondiale ont également un besoin urgent de réforme pour les rendre « plus efficaces et plus légitimes ».

« Si nous voulons orienter la mondialisation, nous devons travailler avec nos partenaires sur une base bilatérale, mais nous devons aussi nous doter d’institutions multilatérales plus fortes ».

« C’est pourquoi nous souhaitons nous engager et orienter la mondialisation, et pour ce faire, une Europe politique plus forte est indispensable. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’un traité. Nous voulons une Europe plus forte pour un monde meilleur ».

« C’est un nouvel objectif pour les années à venir ».

Pour lire l’entretien de Maria Joao Rodrigues dans son intégralité, cliquez ici.

Le 13 décembre, les chefs européens d’Etat et de gouvernement ont officiellement signé le traité de Lisbonne, approuvant ainsi un mécanisme simplifié pour l’adoption de la législation européenne et étendant les compétences de la Commission à de nouveaux domaines comme la coopération judiciaire.

L’accord fait suite à de rudes négociations lors d’un sommet européen de juin 2007, où la Pologne et le Royaume-Uni avaient obtenu des clauses de opt-out dans plusieurs domaines afin de calmer l’opinion publique eurosceptique.

Les experts politiques ont cependant averti que l’accord avait été obtenu aux dépens du principe de transparence, dans la mesure où les nombreux opt-outs, protocoles, déclarations et dispositions relatifs à une « intégration flexible » rendent le texte globalement illisible pour le citoyen moyen (EURACTIV 14/12/07). 

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