L’affaire Orban, tactique des socialistes et libéraux ?

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Socialistes et Libéraux crient au loup face au Premier ministre hongrois Viktor Orbán pour dissimuler leurs propres problèmes, selon une source du Parti populaire européen. Entre l’état de droit en Roumanie ou les visas dorés de Malte, tous les partis ont leurs moutons noirs.

Certains membres voudraient voir le parti de Viktor Orbán quitter le PPE. Un processus qui exige une procédure spécifique et complexe. Selon l’article 9 du règlement du PPE, la suspension ou l’exclusion d’un membre ne peut être décidée que par l’Assemblée politique, qui n’est pas obligée de divulguer ses motifs.

« Une proposition d’exclusion d’un membre ne peut être soumise que par la présidence, ou par sept partis membres ordinaires ou associés de cinq pays différents », indique le règlement. L’Assemblée politique se réunit tous les six mois à huis clos.

Plusieurs responsables du PPE sont mal à l’aise avec l’idée d’être dans le même groupe que le Premier ministre hongrois.

À ce jour, le parti d’opposition grec Nouvelle démocratie a publiquement soutenu l’activation de l’article 7, tout comme le parti du chancelier autrichien Sebastian Kurz (ÖVP) et les membres scandinaves du groupe.

À l’inverse, d’autres responsables conservateurs, comme le Premier ministre bulgare Boyko Borissov, du parti GERB, ont ouvertement soutenu Viktor Orbán.

La Bulgarie vole au secours d’Orbán

Le gouvernement bulgare s’est positionné sans surprise contre l’éventuelle procédure de l’article 7 demandée par le Parlement européen à l’encontre de la Hongrie de Viktor Orbán.

« Ils doivent envoyer une lettre à la présidence et faire une demande officielle. La demande sera envoyée devant l’Assemblée politique et fera l’objet d’un vote », indique une source interne au PPE, avant d’ajouter : « pour l’instant, pas l’ombre d’une lettre. »

Lors du prochain congrès du parti le 7 novembre à Helsinki, le PPE votera une résolution sur « les valeurs du parti ». L’objectif étant de faire une petite piqure de rappel aux membres qui dépassent les limites du parti.

« D’ici là, nos partis ont le temps de discuter le texte, d’échanger les points de vue et de l’approuver. »

« Nous ne détournons pas le regard de ce que fait Orbán mais sérieusement, regardez un peu ce qui se passe dans les autres partis », a commenté la source.

Hypocrisie du S&D face à la Roumanie

Une référence claire à l’affaire des « visas dorés » et aux affaires de blanchiment d’argent à Malte, pays dirigé par un gouvernement socialiste. Mais ce que le PPE trouve plus dérangeant encore, c’est « l’hypocrisie » vis-à-vis de la situation roumaine.

En Roumanie, le gouvernement socialiste essaye de modifier les lois anti-corruption afin de protéger les responsables politiques de toute poursuite. Il a aussi organisé un référendum pour interdire les mariages de même sexe dans la Constitution. Des décisions qui ont déclenché des réactions virulentes et des manifestations dans tout le pays.

La Roumanie suit les traces de la Pologne sur l'état de droit

La Roumanie pourrait se voir infliger des sanctions similaires à celles enclenchées contre la Pologne, si Bucarest poursuit les réformes de son système judiciaire, a prévenu le président du pays. Un article d’Euractiv Roumanie.

En début de semaine, la Première ministre socialiste roumaine, Viorica Dăncilă a fait l’objet des critiques d’eurodéputés S&D, qui lui mettent la pression pour respecter les valeurs progressistes du parti.

La Commission de Venise, un organe de conseil sur le droit constitutionnel du Conseil de l’Europe, examinera bientôt la situation des lois anti-corruption en Roumanie.

Si la Commission de Venise trouve une violation, il semblerait que plusieurs eurodéputés S&D soient prêts à soutenir une résolution du Parlement européen pour activer l’article 7 contre Bucarest.

PES, le Parti des socialistes européens, dirigé par Sergei Stanishev, veut quant à lui soutenir les socialistes roumains, à tout prix.

Euractiv a demandé au président du S&D, Udo Bullmann, si le groupe envisageait une résolution du Parlement européen contre la Roumanie.

« Notre groupe est et sera à l’avant-garde de la lutte pour la démocratie et l’État de droit en Europe. Nous avons eu une discussion franche et ouverte avec la Première ministre roumaine cette semaine, notamment sur des questions cruciales concernant l’évolution de la situation dans son pays », a déclaré le chef de file allemand du S&D.

Il a expliqué qu’au cours de la discussion, il a été très clairement indiqué que le groupe n’évitait aucun sujet critique, quel que soit le pays.

« À notre connaissance, aucune institution européenne ou indépendante n’a encore soulevé la question de l’article 7 concernant la Roumanie. »

« La Commission de Venise examine actuellement l’affaire. Nous estimons qu’il est tout à fait raisonnable et juste d’attendre les résultats de cette enquête avant de tirer d’autres conclusions », a-t-il souligné.

Baiser de main à Tsipras

La source du PPE souligne aussi que peu d’attention est accordée aux agissements de d’Udo Bullmann, qui, selon lui, a « ouvert la porte » à l’extrême gauche.

« Il s’est récemment rendu à Athènes pour baiser la main du Premier ministre grec Alexis Tsipras », a déclaré la source du PPE.

L’ancien Premier ministre grec de gauche, Alexis Tsipras, dont le parti est affilié au GUE-NGL, a cultivé des liens étroits avec certains grands partis socialistes en Europe et est toujours invité en tant qu’observateur aux pré-sommets du PSE.

Les socialistes européens, les gauchistes et les Verts se sont en effet rapprochés après l’effondrement de la grande coalition et une discussion est en cours pour former une « coalition progressiste ».

Selon l’eurodéputé Syriza Dimitris Papadimoulis, l’objectif est de bloquer l’entente entre la droite du PPE et l’extrême droite en formant une coalition pro-UE de « Macron à Tsipras ».

Appel à l'unification des gauches européennes face à l'extrême-droite

Le rapprochement entre conservateurs et extrême droite devrait pousser les démocrates à créer une grande alliance pro-européenne rassemblant à la fois Alexis Tsipras et Emmanuel Macron, estime l’eurodéputé Dimitris Papadimoulis.

 

Verhofstadt « aveuglé par les chiffres »

La source du PPE s’en est pris à Guy Verhofstadt, le leader des libéraux et démocrates européens (ADLE), ainsi qu’au président français Emmanuel Macron.

« Il [Verhofstadt] change de trajectoire avec le vent, il est aveuglé par les chiffres », estime-t-il, suggérant que le chef de file de l’ADLE est prêt à tout compromis pour faire grandir son groupe.

Guy Verhofstadt veut collaborer avec le parti d’Emmanuel Macron, La République en Marche, avant les élections européennes de mai.

Actuellement, Emmanuel Macron n’a pas de groupe politique au Parlement européen et s’est publiquement opposé au processus de Spitzenkandidaten, qui est soutenu par le PPE et a été appliqué lors des dernières élections européennes.

Emmanuel Macron a toutefois soutenu l’idée de listes transnationales, rejetée par le PPE.

« Lors des dernières élections, Guy Verhofstadt a soutenu le processus des Spitzenkandidats sans listes transnationales (…) maintenant il s’y oppose parce qu’il n’y a pas de listes transnationales, désolé, mais j’appelle ça être opportuniste », a souligné la source PPE.

Une autre preuve de l’opportunisme politique, selon la source, a été la première tentative de Guy Verhofstadt de collaborer avec le mouvement populiste italien 5 étoiles. « Ses agissements ont tendance à diviser l’ADLE », souligne la source.

L’élection d’Antonio Tajani (PPE) à la présidence du Parlement européen serait le résultat d’un accord de dernière minute entre Guy Verhofstadt et Manfred Weber, chef du groupe PPE, qui a récemment annoncé sa candidature à la présidence de la Commission européenne.

En outre, la tentative de Guy Verhofstadt d’approcher le Mouvement 5 étoiles a été faite quelques semaines avant qu’il ne s’allie finalement avec le PPE.

En ce qui concerne Emmanuel Macron, la source du PPE estime que le président français opterait pour le processus des Spitzenkandidats s’il avait un groupe politique au Parlement européen.

« En ne participant pas au débat démocratique avant les élections, il prive la France d’un poste de haut niveau au sein de l’UE », a déclaré la source.

Le Président français veut créer une « coalition progressiste » au prochain Parlement européen et les analystes pensent qu’il attirera des membres du PPE et du S&D.

LREM part en campagne contre les « ennemis de l'Europe »

Le parti présidentiel a lancé sa campagne pour les élections européennes en rendant compte d’un consultation sur l’Europe effectuée au printemps dernier auprès de 71.000 Français. LREM veut se poser en seul parti véritablement pro-européen.

 

 

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