Eskola Futura, exemple de coopération européenne pour la formation d’enseignants bilingues

Libe Otxoa de Alda, une jeune femme de Getxo (province de Biscaye) qui a participé à Eskola Futura et qui a obtenu un emploi d'enseignante en éducation de la petite enfance au Liceo Larrun de San Sebastian, en Espagne. [EFE/Javier Etxezarreta]

L’absence d’un niveau suffisant de basque ou de français n’a pas constitué un obstacle pour des étudiants qui, des deux côtés de la frontière franco-espagnole, ont saisi l’opportunité offerte par le projet européen Eskola Futura de devenir des enseignants bilingues. Un article d’Euroefe.

Cette initiative transfrontalière a permis à des étudiants espagnols du Pays basque et de Navarre, qui suivaient une formation d’enseignants, d’approfondir leur connaissance du français grâce à une expérience d’immersion linguistique à Bordeaux. Des étudiants français ont pu en faire de même avec la langue basque, ou euskera, lors d’un séjour en Biscaye, au nord de l’Espagne.

Eskola Futura fait partie de la séquence 2014-2020 du programme de coopération européen POCTEFA, qui vise à promouvoir le développement durable du territoire frontalier situé entre l’Espagne, la France et Andorre.

Répondre à un besoin

Si le projet Eskola Futura a été proposé, c’est en raison de l’augmentation de la demande pour des enseignants bilingues en français et en basque, dans les écoles publiques primaires du Pays basque français.

« Pendant plusieurs années, nous avons eu besoin de 12 ou 15 enseignants présentant ces caractéristiques. Seuls 7 ou 8 candidats postulaient et finalement seules 4 ou 5 places étaient pourvues », explique à Eurofe Arola Urdangarin, directrice de l’Eurorégion Nouvelle Aquitaine-Euskadi-Navarre.

C’est l’Office public de la langue basque (OPLB), l’entité française chargée de la politique linguistique liée à l’euskera, qui a identifié « ce besoin » et l’Eurorégion « a été en mesure de répondre à cette requête », assure-t-elle.

« Comment ? Il y a beaucoup d’étudiants en formation d’enseignants dans la Communauté autonome basque et en Navarre qui parlent le basque mais pas le français, il est donc possible de les former (…) pour qu’ils puissent passer les concours en France et obtenir un poste d’enseignant dans l’enseignement primaire au Pays basque français », explique Arola Urdangarin.

La concrétisation de cette proposition n’a pas été facile en raison des différences entre les systèmes éducatifs espagnol et français.

En Espagne, il existe un diplôme d’enseignement qui s’obtient en quatre ans, suivi d’un master d’un an, alors qu’en France, toute licence obtenue en trois ans donne accès à l’enseignement primaire, pour autant qu’elle soit ensuite complétée par un master de deux ans.

Dès le départ, les promoteurs du projet ont souhaité que les étudiants bénéficient de « toute la sécurité juridique » au moment de valider leurs diplômes. Pour cela, ils ont bénéficié de l’aide de l’Université publique du Pays basque (UPV/EHU), de l’Université publique de Navarre (UPN), de l’Université de Bordeaux et de Bordeaux-Montaigne, avec lesquelles ils ont signé une convention.

L’étape suivante a consisté à sélectionner dix étudiants du Pays basque et de Navarre, récemment diplômés en enseignement de l’UPV/EHU ou de l’UPN, qui, durant l’année universitaire 2018-2019, ont suivi le module d’apprentissage du français spécifiquement préparé pour eux par l’Université de Bordeaux. Ils ont pu disposer d’une enveloppe de 600 euros par mois pour payer leur logement ou subvenir à d’autres besoins.

L’autre volet du projet a consisté à sélectionner 10 étudiants de Nouvelle-Aquitaine qui souhaitaient passer les concours d’enseignants, mais qui n’avaient pas un niveau suffisant en basque.

Ces élèves ont étudié au sein du « barnetegi » (internat dédié à l’enseignement intensif du basque) de Zornotza (Amorebieta), situé en province de Biscaye, en Espagne.

Après cette première année, tous devaient passer un master à Pau pour se préparer au concours de l’enseignement public français durant l’année scolaire 2019-2020.

Mais en mars 2020, le confinement décrété pour freiner l’expansion du COVID-19 a anéanti ces plans, les étudiants ont dû rentrer chez eux et les examens ont été reportés.

Finalement, quatre d’entre eux ont réussi à passer le concours français et ont obtenu une place dans des écoles du Pays basque français. Parallèlement, deux autres étudiantes ont été engagées comme enseignantes au Liceo Larrun, la nouvelle école plurilingue français, espagnol et basque de San Sebastian, et plusieurs autres ont intégré des ikastolas (écoles du Pays basque où l’enseignement est principalement dispensé en basque) privées, situées en France.

Une expérience enrichissante

Libe Otxoa de Alda, est l’une de ces étudiantes. Cette jeune femme de Getxo (Biscaye) a participé au projet Eskola Futura et a obtenu un poste d’enseignante en éducation de la petite enfance au Liceo Larrun de San Sebastian.

Cet établissement, qui propose des cours en basque et en français, a commencé cette année avec des enfants de 2 et 3 ans. L’objectif est cependant d’intégrer progressivement des élèves jusqu’au niveau du baccalauréat.

Libe Otxoa de Alda est ravie car en plus de la possibilité de maîtriser une langue, Eskola Futura lui a offert un moyen de trouver un emploi, ainsi qu’à d’autres de ses camarades qui travaillent désormais dans des écoles privées au Pays basque français. [EFE/Javier Etxezarreta]

Libe Otxoa de Alda suivait sa quatrième année de formation des enseignants sur le campus Leioa de l’UPV, lorsque le coordinateur du programme d’échange Erasmus lui a parlé de l’existence d’Eskola Futura. Elle a ensuite assisté à une conférence explicative donnée par Arola Urdangarin et son équipe au centre universitaire.

Les conditions d’accès étaient d’avoir terminé le diplôme d’enseignement au mois de juin et d’avoir un niveau de français minimal. Libe Otxoa de Alda disposait pour sa part de compétences plus étendues en français, en raison de son séjour Erasmus à Bordeaux pendant sa troisième année d’études.

Elle a passé l’année 2018-19 à Bordeaux, où elle a suivi des cours de quatre heures par jour, ce qui lui a permis d’acquérir une bonne maîtrise de la langue. Elle a ensuite entamé le master permettant de préparer le concours sur le campus que l’université de Bordeaux possède dans la ville de Pau.

Mais son parcours a été brutalement interrompu en mars 2020, lorsque les étudiants ont dû rentrer chez eux.

« Cela a été un coup très dur parce que chez nous, nous avons dû passer des mois sans parler un mot de français », raconte la jeune femme à Euroefe. Cela signifie qu’aucun des candidats de ce côté de la frontière n’a passé le concours pour le système public français.

Quoi qu’il en soit, Libe Otxoa de Alda est ravie car en plus de la possibilité de maîtriser une langue, Eskola Futura lui a offert un moyen de trouver un emploi, ainsi qu’à d’autres de ses camarades qui travaillent désormais dans des ikastolas privées au Pays basque français.

« C’est une opportunité qu’aucun d’entre nous n’avait envisagée car nous n’en avions pas tenu compte et cela s’est révélé très intéressant », souligne-t-elle.

Le projet est arrivé à son terme, le problème du manque d’enseignants bilingues dans les écoles publiques du Pays basque français n’étant plus aussi pressant. Il a cependant posé un jalon en matière de coopération entre les universités.

Eskola Futura a lancé une dynamique de promotion de l’éducation dans les trois langues, afin que le multilinguisme de fraie naturellement un chemin dès le plus jeune âge, assure Arola Urdangarin.

Premiers pas en occitan

Dans le cadre du programme POCTEFA, il a aussi été envisagé de mettre en œuvre une stratégie similaire avec l’occitan, mais l’ancienne langue d’Oc se trouve à un niveau de pénétration et de diffusion différent, de sorte qu’une étape préalable a été nécessaire, consistant à réaliser une étude sur sa transmission et son usage.

Après la réalisation de l’étude, l’Office public de la langue occitane sera chargé d’élaborer la stratégie la plus appropriée pour promouvoir la diffusion de cette langue romane européenne.

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