Une avancée «historique» sur la défense européenne

Macron at his first presser [Georgi Gotev]

La mise en place d’une coopération permanente en matière de défense représente un pas en avant inédit. Emmanuel Macron, qui assistait à son premier sommet européen, a souligné le rôle de Jean-Claude Juncker en tant qu’architecte du projet.

Les dirigeants européens réunis à Bruxelles ont validé les conclusions sur la sécurité et la défense, dont la première partie est dédiée à de nouvelles mesures de lutte antiterroriste et la deuxième à la sécurité externe et à la défense.

La décision la plus importante est sans doute le lancement d’une coopération structurée permanente (PESCO). Cette « Belle au bois dormant» du traité de Lisbonne devrait changer la donne de la sécurité européenne.

Tweet de Natasha Bertaud (porte-parole de la Commission) : Juncker : « Pendant la campagne électorale de 2014, j’avais dit que nous devrions réveiller la Belle au bois dormant qu’est la coopération renforcée sur la défense. Aujourd’hui, c’est ce que nous faisons. »

Les chefs d’État et de gouvernement ont également vanté la communication de la Commission sur un Fonds européen de la défense, qui comportera un organe de recherche et un organe de capacité militaire.

Donald Tusk, le président du Conseil, a qualifié cette décision d’« étape historique », estimant que cette coopération permettra à l’UE de s’approcher d’une meilleure intégration en matière de défense. Tous les États membres sont invités à se joindre à cette initiative.

L'Europe de la défense suscite l'optimisme côté français

Le commissaire Pierre Moscovici estime que l’UE est politiquement prête pour avancer sur l’Europe de la défense. Un sujet sur lequel les États membres n’ont jamais réussi à s’accorder.

Dans les trois mois à venir, les États devront se mettre d’accord sur une liste de critères et d’engagements, ainsi que de projets capacitaires, afin de lancer concrètement la coopération.

Emmanuel Macron, qui participait à son premier sommet européen, a félicité Jean-Claude Juncker, président de la Commission, d’avoir présenté une proposition « forte » sur la défense le 7 juin dernier. Proposition qui a immédiatement obtenu le soutien de Paris et Berlin et a permis l’adoption d’un texte représentant un « vrai progrès » en termes de politique de défense lors du sommet.

Le président français a espéré que la rencontre gouvernementale franco-allemande du 13 juillet permettra encore d’avancer dans cette direction. Le Fonds européen de la défense, préparé en seulement cinq mois, a une ampleur inédite, s’est-il félicité, à la fois en ce qui concerne les financements prévus et le périmètre des activités. Pour lui, toute la phase de recherche et de développement pourrait bénéficier de financements européens, ce qui mènerait à une amélioration de l’harmonisation et de l’équipement dans l’UE.

Comme la Commission l’a répété à l’envi, ensemble, les pays européens représentent la deuxième entité mondiale en termes de dépenses militaires. Ils sont cependant bien loin de former la deuxième puissance militaire – conséquence de l’inefficacité des dépenses et du manque d’interopérabilité.

Le manque de coopération en matière de défense coûte cher aux pays européens

Le QG militaire que l’UE veut mettre en place dans le cadre de l’Union de la défense est une initiative qui prend de l’importance avec le changement de l’équilibre des forces dans le monde. Une interview d’Euractiv Allemagne.

Leçons du passé

Quand un journaliste a fait remarquer que l’UE était encore bien loin de constituer une Union de la défense, Emmanuel Macron l’a repris, assurant que les actions actuelles n’étaient pas une simple reprise du scénario de 1954, quand la France a saboté son propre projet d’armée européenne.

En 1950, le Premier ministre français René Pleven avait proposé un projet d’intégration ambitieux pour la défense. Il prévoyait notamment l’instauration d’une armée européenne et la nomination d’un ministre européen de la Défense. Après deux ans de négociations, les six membres de la Communauté du charbon et de l’acier signaient un traité créant  une communauté européenne de la défense, qui aurait permis une armée européenne comptant 40 divisions de 13 000 soldats portant un uniforme commun, dotée d’un budget et d’institutions propres.

En 1954, après la ratification du traité par le Benelux et l’Allemagne, le projet s’est cependant retrouvé dans une impasse politique en France, mettant un terme aux espoirs d’une défense commune.

Dans ses fonctions précédentes, et notamment en tant que ministre de l’Économie, Emmanuel Macron dit avoir observé une Europe qui « recule et bégaie ». Ce n’est aujourd’hui plus le cas pour la défense, a-t-il assuré. « Pendant des années, il n’y a eu aucune avancée sur la défense. Aujourd’hui, on avance. Est-ce un substitut aux efforts nationaux ? Non. Est-ce un progrès? Oui », a-t-il jugé.

L'UE veut consacrer 40 milliards d’euros à la défense

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