Les ministres européens à la recherche d’une feuille de route « pratique » pour une PAC plus verte

Cet article fait partie de l'édition spéciale L’environnement dans la nouvelle PAC.

Si tous les ministres européens se sont accordés sur des objectifs climatiques plus élevés pour la Politique agricole commune post-2020, ils ne savent toujours pas comment mettre cette ambition environnementale en pratique.

Le verdissement de la prochaine Politique agricole commune était au centre du débat lors de la première réunion des ministres européens de l’Agriculture sous la présidence finlandaise, qui s’est tenue à Bruxelles le 15 juillet.

Les représentants des États membres ne semblent pas avoir fait de progrès depuis le dernier Conseil Agrifish, lors duquel ils avaient déjà échangé leurs points de vue sur les critères environnementaux de la réforme de la PAC.

Le concept d’architecture verte contenu dans le plan stratégique de la PAC divise toujours les États membres notamment sur la conditionnalité accrue et les mesures environnementales supplémentaires inscrites dans les éco-dispositifs (eco-scheme).

Les États membres n’ont pas encore trouvé d’accord sur les obligations et normes écologiques que les agriculteurs devront respecter pour recevoir les paiements directs. C’est ce qui constitue la conditionnalité de l’aide.

Le concept d’éco-dispositifs divise également les États membres européens. Ils représentent la nouvelle caractéristique du premier pilier de la PAC, remplaçant ainsi les paiements directs verts établis dans le programme précédent.

La source du conflit sur les éco-dispositifs réside dans le fait de les rendre volontaires ou obligatoires, comme le propose la Commission.

« Un éco-dispositif obligatoire est essentiel si nous voulons que la réforme ait lieu », a déclaré le ministre français de l’Agriculture, Didier Guillaume, à ses homologues de l’UE, appelant à un « outil simple » axé sur des incitatifs annuels pour tous les agriculteurs désireux d’adopter des pratiques écologiques.

Ce nouveau système crucial d’incitatifs nécessite un budget de la PAC à la hauteur de son ambition environnementale. « Nos agriculteurs assurent la transition agro-écologique et ils font beaucoup pour changer les pratiques agricoles, mais ils ont le sentiment qu’ils n’obtiennent rien en retour », a souligné Didier Guillaume.

Objections de l’Italie

L’Allemagne et l’Espagne soutiennent aussi la ligne française, contestée toutefois par le gouvernement italien. « Nous estimons que la simplification du système de la PAC est la priorité et qu’un éco-dispositif obligatoire n’aurait aucun effet sur l’environnement », a soutenu le ministre de l’Agriculture italien, Gian Marco Centinaio.

Pour la Grèce, il serait préférable que les mesures à mettre en place soient optionnelles, en prenant en compte les spécificités de chaque État membre, tandis que la République tchèque propose d’opter pour une approche plus souple d’un éco-dispositif comportant des éléments suffisamment équilibrés.

Miroslav Toman, ministre tchèque de l’Agriculture, a aussi souligné l’importance d’une mise en place des bons paramètres au moment de la phase de transition, afin de garantir la continuité des engagements pluriannuels.

L’Italie est en tête des États membres qui veulent exclure les petits agriculteurs de la conditionnalité renforcée, afin d’encourager les activités agricoles dans les zones rurales et défavorisées.

« Les petits agriculteurs sont déjà soumis à des contrôles sectoriels lorsqu’ils reçoivent des paiements directs, alors pourquoi compliquer davantage les choses ? » a déploré le ministre polonais, Jan Krysztof Ardanowski, en soutien de la position italienne.

La PAC doit se pencher sur les jeunes et les femmes

Lourdeurs administratives excessives, manque d’accès aux terres et infrastructures rurales inadéquates découragent les jeunes espagnols à se lancer dans l’agriculture. Un article d’EFE Agro.

Défi de la Finlande

La présidence finlandaise est plus prudente que la présidence roumaine de l’UE quant aux chances de parvenir à une position commune, et laisse entendre que son véritable objectif est de faire le plus de progrès possible dans les négociations de la PAC.

« Nous avons l’intention de présenter au moins une version actualisée des textes du règlement et, si possible, nous chercherons à avoir une approche générale du Conseil », a déclaré Jari Leppä, ministre finlandais de l’Agriculture et des forêts.

En tant que président du Conseil « Agriculture », il a également reconnu à quel point un accord sur le budget à long terme de l’UE était également crucial pour les discussions sur la PAC.

« Il subsiste de nombreuses incertitudes concernant les négociations sur le CFP et nous préférons donc ne pas nous engager sur des résultats précis », a expliqué Jari Leppä avant d’ajouter : « mais si le cadre financier pluriannuel (CFP) progresse, cela permettra également à la PAC d’avancer. »

Tous les pays de l’UE semblent toutefois s’accorder sur la nécessité de soutenir une ambition environnementale plus élevée dans le cadre de la PAC et de maintenir le même budget qu’au cours de la période précédente afin de permettre aux agriculteurs de mettre en pratique cette ambition.

« Une architecture verte et ambitieuse est la base de l’acceptation de nouvelles politiques agricoles par le grand public et les contribuables », a déclaré la ministre allemande de l’Agriculture Julia Klöckner.

 

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