Heiko Maas : l’UE ne doit pas copier l’ « America First » de Donald Trump

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas à Athènes le 25 août 2020. [EPA-EFE/YANNIS KOLESIDIS]

Pour le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas (SPD), le caractère attrayant de l’Union européenne en tant qu’alliée des États-Unis d’Amérique dépend de la capacité du bloc à résorber ses conflits de voisinage.

« La souveraineté européenne ne signifie pas la mise en place d’une approche faisant passer l’Europe avant tout », a indiqué le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas, lors d’un discours à l’occasion d’une réunion à Paris.

Au côté du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, M. Haas a déclaré que l’UE se fondait sur la nécessité de la coopération internationale – c’est la raison pour laquelle le bloc ne devrait pas copier l’« America First » du président américain Donald Trump.

À Berlin, les enjeux sont décisifs pour les relations entre l'UE et la Turquie

L’exacerbation des tensions concernant les frontières maritimes et les réserves de gaz naturel entre la Turquie et le reste de l’UE, en particulier la Grèce, met à rude épreuve la politique étrangère fragmentée et sinueuse du bloc.

« Nous ne pouvons surmonter les grands défis actuels, comme les pandémies, le changement climatique, la numérisation et la migration, qu’en développant une coopération transfrontalière », a-t-il ajouté.

Toutefois, L’UE ne s’éloignera pas de l’alliance transatlantique pour autant, a encore souligné le ministre allemand des Affaires étrangères, ajoutant que « cette sensibilisation fait du multilatéralisme la pierre angulaire de la politique étrangère européenne ».

Le retrait de la Maison-Blanche d’organisations et traités internationaux et les agissements chinois et russes dans les organisations multilatérales laisseront « des traces profondes ». Par conséquent, l’UE doit s’impliquer davantage sur la scène internationale.

« Le caractère attrayant de l’UE en tant qu’alliée des États-Unis d’Amérique dépend de la capacité du bloc à résorber ses conflits de voisinage », a-t-il indiqué.

D’après le ministre allemand, les relations avec la Russie devraient connaître quelques turbulences, Moscou devant « apporter des clarifications » au sujet de l’affaire Navalny.

En outre, aux yeux de M. Maas, davantage de pays devraient s’engager dans la politique étrangère européenne, notamment l’Italie, la Pologne et l’Espagne.

« Le groupe de Visegrad, les pays baltes, et les pays méditerranéens, les Pays-Bas et les pays nordiques devraient également s’impliquer dans ce que [le chef de la diplomatie européenne] Josep Borrell appelle “l’équipe Europe” ».

Ces déclarations font suite à l’exacerbation des tensions concernant les frontières maritimes et les réserves de gaz naturel entre la Turquie et le reste de l’UE, en particulier la Grèce ; des contentieux qui ont mis à rude épreuve la politique étrangère fragmentée et sinueuse du bloc.

Vendredi 28 août, les États membres de l’UE ont décidé d’imposer des sanctions contre la Turquie si Ankara ne retirait pas sa flotte de la Méditerranée orientale.

À Berlin, la Turquie et la Biélorusse définissent l'équilibre fragile de la crédibilité européenne

Les ministres européens des Affaires étrangères peinent à s’accorder sur les sanctions prévues du bloc envers la Biélorussie, tout en réfléchissant aux mesures adéquates à prendre afin d’apaiser les tensions en Turquie.

Toutefois, certains représentants européens reprochent au bloc d’avoir attendu trop longtemps pour prendre des mesures punitives, et ce, par crainte de s’éloigner d’un voisin stratégique important.

Dans une tribune publiée dans Le Journal du dimanche, M. Borrell tient des propos virulents à l’encontre de la Turquie, la Chine et la Russie, « qui entendent faire revivre la mémoire des grands empires du passé ».

Face à ces « nouveaux empires », Josep Borrell appelle à l’émergence d’une « Europe géopolitique ».

« Pour pouvoir négocier et régler pacifiquement les conflits, il nous faut nécessairement apprendre nous aussi à parler le langage de la puissance », explique-t-il.

Les propos d’Heiko Maas pourraient être perçus comme un rappel à la France. Longtemps à la recherche d’un rôle clé au sein de la politique étrangère et de sécurité européenne, l’Hexagone a envoyé ses navires de guerre en Méditerranée orientale sur fond de tensions entre la Grèce et la Turquie, tandis que Berlin cherchait le dialogue avec Ankara.

Au fil du week-end, les autorités turques ont rejeté l’ultimatum de l’UE et ont proféré des menaces de guerre.

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À période inédite, rentrée inédite. Les crises se sont succédées ces derniers mois et l’Union européenne est attendue sur tous les fronts : économique, diplomatique, sanitaire et climatique.

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