L’Europe lance son QG militaire

Sigmar Gabriel, ministre allemand des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, ministre française des Affaires étrangères et du Développement, et Ursula Von der Leyen, ministre allemande à la Défense. [European Council]

Les ministres de la Défense et des Affaires étrangères européens ont décidé de créer un centre de commandement commun pour les missions militaires, baptisé MPCC. Un premier pas vers une plus grande coopération en matière de sécurité et de défense.

Le 6 mars, les 28 ont décidé de la mise en place d’une capacité militaire de planification et de conduite (MPCC), qui sera chargée de la planification et de la conduite de missions militaires à mandat non exécutif, probablement au printemps.

En décembre dernier, les dirigeants européens s’étaient accordés sur le renforcement de leurs capacités à répondre aux crises et conflits extérieurs, la consolidation des capacités de leurs partenaires et la protection stratégique des Européens. L’accord prévoyait aussi d’examiner des moyens d’établir « des capacités permanentes de planification et de conduite opérationnelles, au niveau stratégique, des missions militaires ».

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La Commission européenne se dit prête à perdre de son influence dans certains secteurs politiques en échange d’un renforcement de ses pouvoirs dans les domaines de la défense, de la protection de frontières, de l’immigration, de l’anti-terrorisme et du commerce.

Le Royaume-Uni, plus grande puissance militaire de l’UE, s’est longtemps opposé à la création de cet embryon de quartier général militaire, mais l’idée a été reproposée par l’Allemagne et la France après le référendum du Brexit.

Les missions militaires à mandat non exécutif des États membres seront donc commandées par l’État-major de l’UE existant dans le cadre du Service européen pour l’action extérieure. Il s’agit par exemple des trois missions de formation déployées actuellement par l’UE en République centrafricaine, au Mali et en Somalie.

« Ces missions sont importantes pour le maintien de la paix, mais aussi pour la sécurité de la région », assure Carmelo Abela, ministre des Affaires étrangères de Malte, pays actuellement à la présidence tournante de l’UE.

À l’avenir, l’UE pourrait également mettre sur pied des missions de soutien des pays partenaires, de surveillance ou de démobilisation et désarmement.

« Nous progressons de manière régulière vers une coopération renforcée en matière de défense et nous continuerons à en faire davantage », a pour sa part conclu Federica Mogherini, Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères, à l’issue de la réunion, qui précise toutefois qu’« il ne s’agit pas d’une armée européenne, je sais que cette expression est utilisée, mais d’une  gestion plus efficace de nos travaux militaires ».

Guy Verhofstadt s’est félicité de la création de la MPCC, un premier pas dans la bonne direction, selon lui. L’eurodéputé estime en effet que l’UE devrait s’orienter de manière progressive vers la mise en place d’un quartier général militaire à part entière.

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S’il s’agit d’une décision symbolique, la MPCC n’impliquera en pratique qu’une trentaine de personnes et devrait être dirigée par le chef de l’État-major du Service européen pour l’action extérieure. Après de longues délibérations, il a été convenu que celui-ci porterait le titre de « directeur » et non « commandant ».

La création de la MPCC a pour but de renforcer la coopération européenne sans affaiblir l’OTAN. La Pologne, qui a longtemps basé sa propre sécurité sur les garanties de Washington et de l’alliance militaire transatlantique, craint en effet que la consolidation de la collaboration européenne en matière de défense ne nuise à l’engagement de l’organisation en Europe.

« Quand on regarde l’environnement international perturbé actuel, il est évident que l’Europe doit en faire davantage pour assurer sa propre défense et sa propre sécurité. La mise en place d’un quartier général pour les opérations militaires est importante, autant pour organiser et mener à bien les opérations de l’UE que pour faciliter la coopération avec l’OTAN », a indiqué Urmas Paet, eurodéputé estonien (ALDE) rapporteur sur l’Union de la défense.

« C’est une première étape », a confirmé Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères. Et pour ce qui est d’une armée européenne : « peut-être plus tard », a-t-il déclaré.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, avait appelé à l’instauration d’un quartier général dédié à la défense l’an dernier, juste après le référendum sur le Brexit. L’idée circule cependant de manière régulière au sein de l’UE.

Jean-Claude Juncker veut une armée européenne

L’Union européenne a besoin d’une armée pour faire face aux menaces, notamment celles qui émanent de la Russie, ainsi que pour restaurer la position de force du bloc dans le monde, a indiqué Jean-Claude Juncker, le président de la Commission. 

Dans le Livre blanc sur l’avenir de l’UE que la Commission vient de publier, l’exécutif souligne que « l’OTAN continuera à fournir une sécurité militaire à la plupart des États membres de l’UE, mais l’Europe ne peut pas être naïve et doit prendre en main sa propre sécurité. Être une ‘puissance douce’ ne suffit plus dans un contexte où la force peut l’emporter sur les règles. »

Michael Fallon, ministre britannique de la Défense, a pour sa part assuré qu’il pousserait Bruxelles à « coopérer plus étroitement avec l’OTAN afin d’éviter la mise en place de structures et répétitions inutiles ».

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Avec le Brexit, la création d’une « armée européenne » est de plus en plus évoquée. Mais malgré les déclarations solennelles, les analystes n’y croient pas. Un article du réseau EURACTIV.