Vers un embargo sur les ventes d’armes à la Turquie ? Le doute plane

Mardi (7 décembre), le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a évité de se prononcer sur la possibilité d’imposer un embargo sur la vente d’armes européennes à la Turquie. EPA-EFE/JOHN THYS / POOL [EPA-EFE/JOHN THYS]

Mardi (7 décembre), le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a évité de se prononcer sur la possibilité d’imposer un embargo sur la vente d’armes européennes à la Turquie, une démarche perçue comme un moyen de convaincre Ankara à apaiser les tensions dans la Méditerranée orientale.

Le politique espagnol s’exprimait à l’occasion d’une conférence de presse faisant suite à une réunion des ministres européens des Affaires étrangères. Ceux-ci s’étaient alors retrouvés pour définir les prochaines étapes à suivre concernant la situation turque, et ce à l’aube d’un sommet européen crucial prévu dans le courant de la semaine.

La possibilité d’imposer un embargo sur les armes à la Turquie a été introduite par la Grèce lors du sommet d’octobre , une demande qui avait été finalement bloquée par l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Hongrie.

D’après Stelios Petsas, porte-parole du gouvernement grec, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis devrait à nouveau formuler la requête lors du sommet les 10 et 11 décembre, qui abordera plus en profondeur les relations entre l’UE et la Turquie.

M. Mitsotakis a récemment souligné que les nations européennes ne devraient pas fournir d’armes à un pays qui pourrait les utiliser à leur encontre.

Par ailleurs, la possibilité d’un embargo mettrait certains États membres du bloc dans de beaux draps, notamment l’Espagne qui figure parmi les principaux fournisseurs d’armes de la Turquie.

D’après les données officielles de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), les armuriers principaux d’Ankara entre 2015 et 2019 étaient les États-Unis (38 % d’importations d’armes), l’Italie (24 %) et l’Espagne (19 %).

En septembre, le Parlement européen a adopté une résolution sur les exportations d’armes, déclarant que la législation européenne devait prévaloir sur n’importe quel intérêt économique, social, commercial ou industriel des États membres.

Dans ce contexte, la députée européenne Hannah Neumann (Verts/ALE), membre de la sous-commission «  sécurité et défense  » au Parlement européen, a maintenu que l’UE devait s’assurer que ses membres résilient leurs accords sur les armes avec la Turquie tant que le pays exacerbait les tensions dans la région méditerranéenne.

Tensions avec la Grèce : nouvelles critiques de Berlin à l'encontre d'Ankara

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a regretté mardi soir (12 octobre) à Athènes qu’Ankara aille à l’encontre du « climat de confiance » nécessaire pour restaurer le dialogue entre la Turquie et la Grèce, avec le déploiement d’un navire d’exploration turc au large des îles grecques.

«  L’Allemagne devrait, par exemple, prendre les mesures nécessaires, car elle exporte toujours des armes vers la Turquie. Au vu du conflit maritime en Méditerranée orientale, la Grèce est particulièrement inquiète des exportations allemandes de sous-marins  », a indiqué la politique allemande dans un entretien avec Euractiv.

«  Nous voulons entamer le dialogue, mais tant qu’Ankara continue à dépasser les limites, nous devons être très clairs sur notre position et les répercussions qu’entraîneront les agissements turcs  », a-t-elle renchéri, avançant que l’UE devait trouver des solutions là où la Turquie tente de la faire chanter.

Il y a peu, le média grec OPEN TV a repris les propos du ministère allemand des Affaires étrangères arguant que Berlin suivait une stratégie d’exportation «  restrictive et responsable  » en matière d’équipements de défense.

«  La politique étrangère et de sécurité est toujours prise en compte dans les processus décisionnels, avant que les permis d’exportations ne soient délivrés […] Leur nombre est d’ailleurs extrêmement bas pour la Turquie. Aucune autorisation n’a été octroyée au pays pour des équipements pouvant être utilisés dans les opérations militaires  », a appuyé le ministère.

Néanmoins, dans sa déclaration, Berlin n’a pas fait référence aux six sous-marins allemands de classe 214TN commandés par la Turquie , un oubli qui a quelque peu irrité Athènes.

Les détracteurs à Berlin donnent à croire que la commande avait été faite bien avant l’exacerbation des tensions entre Ankara et Athènes. Mais, pour la Grèce, ce n’est pas suffisant.

« Ces sous-marins peuvent saper l’équilibre dans la région », a fait savoir un diplomate européen la semaine dernière.

L'UE a besoin de relations ouvertes avec la Turquie, et non de "mauvais compromis" avec Recep Tayyip Erdogan

La chancelière allemande Angela Merkel souhaite maintenir le dialogue avec la Turquie, tandis que les forces de l’opposition privilégient une approche différente vis-à-vis de l’UE, a déclaré le député européen social-démocrate Udo Bullman dans un entretien avec Euractiv.

Lundi (7 décembre), le média allemand Deutsche Welle a paraphrasé le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas, déclarant que l’unanimité était nécessaire pour introduire un embargo sur les armes.

Par ailleurs, il semblerait que des «  sanctions légères  » contre des individus, similaires à celles imposées à la Turquie en raison de ses forages gaziers illégaux à Chypre, ne soient pas exclues – des sanctions qui n’avaient pas impressionné Ankara.

D’après Athènes, dans l’idéal, les leaders européens devraient charger le chef de la diplomatie européenne de rédiger une liste «  de sanctions écrites  » si l’escalade continuait avec la Turquie. Reste à voir quelle en serait leur portée.

Au cours de la réunion du ministère allemand des Affaires étrangères à la fin août, le HR/VP Josep Borrell a présenté des «  options  » pour gérer la situation turque. Cependant, celles-ci n’étaient qu’orales et n’ont jamais été retranscrites. Un manquement qui perdure à l’heure actuelle et ne devrait pas être rectifié lors du sommet de cette semaine.

Une liste pourrait être adoptée lors d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères en janvier, mais il y a de force chance pour que le sujet ne soit abordé que lors du sommet européen en mars. Autrement dit, le cas échéant, Ankara bénéficierait d’une période de grâce supplémentaire.

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