Le Parlement européen souhaite renforcer l’engagement du bloc à la non-prolifération nucléaire

Les législateurs européens ont appelé mercredi 21 octobre à un engagement européen plus fort en faveur de la non-prolifération nucléaire, notamment en soutenant un traité clé des Nations unies, dans un contexte d’incertitude mondiale sur le contrôle des armes nucléaires. [Shutterstock/kaprik]

Mecredi 21 octobre, les législateurs européens ont appelé à un engagement européen plus fort en faveur de la non-prolifération nucléaire, notamment en soutenant un traité clé des Nations unies, dans un contexte d’incertitude mondiale sur le contrôle des armes nucléaires.

Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), que les Nations unies s’apprêtent à réviser, a été retardé par la pandémie de Covid-19 et ce, alors que la méfiance règne entre les pays détenteurs des arsenaux nucléaires.

Dans leur résolution, adoptée par 641 voix pour, 5 contre et 47 abstentions, les députés ont demandé au chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, de réaffirmer le soutien total de l’Union et des États membres au traité et d’adopter une position commune en ce qui concerne la conférence d’examen du TNP.

Les législateurs européens ont averti que cette réunion se déroulera dans un contexte de sécurité internationale particulièrement difficile, car « plusieurs États dotés d’armes nucléaires prévoient de moderniser ou sont en train de moderniser leurs armes nucléaires ou leurs vecteurs ».

Certains de ces pays, ont-ils mis en garde, abaissent également les seuils d’utilisation des armes nucléaires dans leurs doctrines militaires nationales.

En outre, aucun progrès n’a été réalisé dans la dénucléarisation de la péninsule coréenne, les États-Unis se sont retirés de l’accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA) et les négociations visant à étendre le traité New Start entre Moscou et Washington sont dans l’impasse, ont-ils souligné.

Marqués par l’effondrement du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) au cours de l’été dernier, les députés recommandent, entre autres, aux représentants de l’UE d’inviter les États-Unis et la Russie à reprendre le dialogue et à s’orienter vers un nouvel accord juridiquement contraignant pour les missiles à courte et moyenne portée.

« Cette pandémie ne devrait pas nous empêcher de poursuivre notre engagement diplomatique et politique pour obtenir des résultats sur cette question cruciale concernant la non-prolifération des armes nucléaires et le désarmement nucléaire », a déclaré M. Borrell aux législateurs européens lors d’un débat mardi (20 octobre).

Il a assuré à ces derniers que l’UE « continuera de mettre en avant les positions communes avec les États membres » et essaiera de trouver « un terrain d’entente pour éviter d’attiser les divisions sur le sujet ».

Cependant, jusqu’à présent, Bruxelles peine à élaborer une position unifiée sur la non-prolifération nucléaire.

« Tous les États membres de l’UE qui sont également membres de l’OTAN abordent l’ensemble de la discussion avec beaucoup de prudence – évidemment, vous devez être très réaliste dans vos actes, c’est une question sensible de sécurité nationale », a déclaré le rapporteur Sven Mikser à Euractiv au début de l’année.

les projets européens de défense en temps de COVID-19

Au cours du deuxième semestre de 2020, l’UE devra s’accorder sur un train de mesures à prendre en matière de défense. En outre, le bloc tentera, une nouvelle fois, de répondre aux questions de sécurité sur la scène internationale.

La ratification du nouveau traité est-elle en vue ?

L’appel du Parlement européen intervient alors qu’un autre traité international interdisant les armes nucléaires est sur le point d’entrer en vigueur, les dernières ratifications nécessaires étant attendues dans les semaines à venir.

Le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TPNW), qui interdirait l’utilisation, le développement, la production, les essais, le stationnement, le stockage et la menace d’utilisation de ces armes, a été adopté par l’Assemblée générale des Nations unies en 2017 avec l’approbation de 122 pays.

Depuis, 84 États ont signé le traité, qui compte actuellement 47 ratifications et en nécessite 50 pour entrer en vigueur dans 90 jours.

« Un tel accomplissement, malgré la pandémie et l’énorme pression exercée par les États dotés d’armes nucléaires, est vraiment très impressionnant », a déclaré Beatrice Fihn, directrice exécutive de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN), aux journalistes des Nations unies à Genève.

« [L’obtention des 50 ratifications] serait vraiment un jalon historique. Ce traité complétera les interdictions des armes de destruction massive. Il viendra s’ajouter à l’interdiction des armes biologiques et chimiques », a-t-elle ajouté.

Son organisation, qui regroupe plusieurs organisations non gouvernementales, a reçu le prix Nobel de la paix en 2017 pour son rôle dans la mise en œuvre du traité.

Le retrait des États-Unis du traité « Ciel ouvert » prend les Européens par surprise

Les États-Unis ont annoncé qu’il se retireraient du traité « Ciel ouvert », qui autorise les vols de surveillance non armés au-dessus des États signataires. Une nouvelle initiative de l’administration Trump pour sortir le pays d’un accord mondial majeur.

Les États-Unis appellent à l’alignement

Les nations possédant des armes nucléaires, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Chine et la Russie, n’ont pas signé le traité TPNW.

Dans le même temps, les autorités américaines ont exhorté les pays qui ont ratifié le TNP à retirer leur soutien, tandis que le TPNW pourrait aboutir à 50 ratifications d’ici à la fin de la semaine.

Une lettre de l’Oncle Sam aux signataires, obtenue par The Associated Press, indique que les cinq puissances nucléaires – les États-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France – et les alliés de Washington au sein de l’OTAN « sont unis dans leur opposition face aux répercussions potentielles » du traité.

Celui-ci « n’est pas en phase avec la situation actuelle et met en péril » le TNP, vieux d’un demi-siècle, considéré comme la pierre angulaire des efforts mondiaux de non-prolifération.

« Bien que nous reconnaissions votre droit souverain de ratifier le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TPNW) ou d’y adhérer, nous pensons que vous avez commis une erreur stratégique et que vous devriez retirer votre instrument de ratification ou d’adhésion », indique la missive.

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