Les régions portuaires redoutent les effets du Brexit

Le Brexit va fortement perturber les activités du port de Zeebrugge, en Belgique. [EPA/MAURITZ ANTIN]

Les ports comme Zeebrugge, en Belgique, qui échangent énormément avec le Royaume-Uni, seront particulièrement affectés par le Brexit. Un article d’Euractiv Allemagne.

De grands paquebots entrent dans le port de Zeebrugge, sur la côte belge, tous les jours. Plus de 17 millions de tonnes de marchandise ont quitté le port en direction du Royaume-Uni en 2017. Pas moins de 78 % de toutes les exportations britanniques y passent.

À partir du 29 mars 2019, le jour du Brexit, les choses vont changer à Zeebrugge. Les études sur l’effet de la sortie du Royaume-Uni de l’Union estiment que les régions avant tout tournées vers le commerce, et particulièrement les ports, seront fortement touchées.

Député belge et représentant de la Région flamande au Comité des régions de l’UE, Karl Vanlouwe est très inquiet de l’impact qu’aura le Brexit sur la Flandre. « Pour le gouvernement flamand, l’objectif principal est d’assurer un Brexit ‘soft’. Nous dépendons des taxes faibles, personne ne veut qu’une frontière comme celle qui existait avant soit réinstaurée », souligne-t-il.

Les villes portuaires seront celles qui ressentiront de plein fouet les conséquences du Brexit. Si des contrôles douaniers sont réintroduits, elles devront fournir des efforts non négligeables en termes d’aménagements logistiques et spatiaux. Ce sera particulièrement le cas pour les biens de production à flux tendus, comme les composants des quelques 2,8 millions de nouveaux véhicules qui passent tous les ans par Zeebrugge, et qui devront faire un passage rapide aux douanes avant d’être transportés.

Plus de 140 nouveaux fonctionnaires des douanes seront engagés et formés à Zeebrugge l’automne prochain, a déjà annoncé le ministre des Finances, Johan Van Overtveldt.

Le Brexit en pratique

De l’autre côté de la Manche, au pays de l’humour noir, les blagues apparaissent déjà : la route d’accès au port de Douvres deviendrait ainsi un parking pour des milliers de voitures. Il n’y a tout simplement pas assez d’espace pour augmenter la capacité du port si la frontière est réintroduite et que les véhicules commencent à se multiplier.

« Toutes ces questions régionales et industrielles ne sont pas encore vraiment abordées. Bien sûr, il s’agit de sujets importants dans les salles de conférence des entreprises, mais le public a absolument besoin d’un rappel à la réalité », estime Sir Albert Bore, conseiller municipal de Birmingham et membre du Comité des régions.

« Si les gens étaient conscients des conséquences innombrables et compliquées du Brexit, je ne pense pas qu’ils auraient voté en sa faveur », juge-il.

De part et d'autre de la Manche, les entreprises se préparent au "hard Brexit"

Côté business, les appels à préparer à l’après Brexit se multiplient. Mais le flou qui entoure encore la probable période de transition rend le projet délicat.

La région de Birmingham a aussi beaucoup à craindre d’un Brexit dur, la ville étant un centre industriel dans les secteurs automobile et aérospatial. La société allemande BMW y produit par exemple des moteurs Jaguar Land Rover, alimentant environ 800 emplois directs. Si aucun accord commercial n’est conclu après le Brexit, les règles douanières de l’Organisation mondiale du commerce s’appliqueront entre le Royaume-Uni et l’Allemagne.

Selon la Banque allemande de développement, KfW, des droits de douane à l’importation de 10 % pour les voitures et plus de 4 % pour les pièces détachées des fournisseurs seraient alors prélevés. Il s’agirait alors d’un coût majeur pour la chaine de production basée à Birmingham, d’autant plus qu’il existe de nombreux fournisseurs dans l’UE. Le marché britannique pourrait donc être délaissé.

« Cela va probablement faire monter les prix. Et qui sait si BMW continuera à produire avec nous à long terme », explique Albert Bore. « Nous nous excluons de tous les avantages du marché intérieur. »

Communication sincère

Aujourd’hui, la question est de savoir ce que les régions peuvent faire pour protéger leur économie. Albert Bore donne un exemple de Birmingham : lorsque BMW a délocalisé une grande partie de sa production à Oxford en 2001, le conseil municipal a réalisé une étude d’impact économique et a localisé tous les acteurs de la chaîne de production. Grâce à des formations et des programmes ciblés, la ville a été en mesure d’amortir assez bien l’impact. Et c’est exactement ce que les régions devraient faire pour leurs industries clés, conclut-il.

Il est donc nécessaire de créer un cadre pour les entreprises locales et, dans la mesure du possible, de mettre en place des programmes d’aide. Certaines régions, comme la Flandre, ont déjà effectué des analyses sur les conséquences du Brexit. Toutefois, selon le Comité des régions, au maximum un tiers des régions de l’UE ont fait ce processus.

« Avant tout, les politiciens doivent communiquer de manière sincère et sans fioritures ce que cela signifiera pour l’économie régionale », exige le député. « Jusqu’à présent, je ne vois pas de débat public à ce sujet. Nous sommes en train de marcher les yeux bandés vers une possible catastrophe économique. »

De retour en Flandre, Karl Vanlouwe et une délégation de représentants régionaux de l’UE ont visité le port de Zeebrugge. « L’humeur des employés du port est claire : nous nous préparons au pire – et espérons le meilleur », indique-t-il.

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