Exclue d’une réunion sur l’Ukraine, la Slovaquie est de plus en plus isolée

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Manifestation contre le Premier ministre slovaque Robert Fico en République tchèque lors d’un sommet du Groupe de Visegrad qui s’est tenu le 27 février à Prague. « Fico, rentre chez toi, en Russie », peut-on lire sur un panneau. [TASR/Barbora Vizváryová]

La France a organisé la semaine dernière une conférence de suivi réunissant les ministères des Affaires étrangères et de la Défense occidentaux pour discuter de la guerre en Ukraine. Elle a toutefois « retenu la leçon » et n’a pas convié la Slovaquie à la rencontre.

Des représentants de 28 pays, dont ceux de l’Ukraine et des États-Unis, ont tenu une téléconférence ministérielle ad hoc jeudi dernier (7 mars) pour assurer le suivi du sommet sur l’Ukraine qui s’est tenu la semaine précédente à Paris.

Toutefois, aucun représentant slovaque n’a été invité à cette réunion, une information confirmée par le ministre slovaque des Affaires étrangères, Juraj Blanár lors d’un débat télévisé dimanche (10 mars).

« Le fait que nous n’ayons pas été invités est compréhensible, car nous ne sommes pas disposés à soutenir ce bellicisme », a affirmé M. Blanár.

Deux sources ont confié au journal slovaque Denník N. que « les Français ont retenu la leçon », faisant référence aux commentaires controversés du Premier ministre slovaque Robert Fico, qui ont avaient fait beaucoup de bruit en amont du sommet sur l’Ukraine organisé par la France.

M. Fico avait en effet critiqué la stratégie de l’Occident à l’égard de l’Ukraine, affirmant que le sommet de Paris serait « la confirmation que la stratégie de l’Occident à l’égard de l’Ukraine est un échec total » et qu’il craignait que les dirigeants prennent la « pire décision » possible à l’issue de leurs discussions, à savoir envoyer des soldats se battre en Ukraine.

Il avait également déclaré qu’il « ferait tout pour empêcher la participation directe des soldats slovaques à la guerre ».

Les propos de M. Fico avaient semé la panique parmi les représentants des différents pays lors du sommet, et la question de l’envoi de troupes occidentales en Ukraine avait finalement été celle qui avait suscité le plus de débats durant la rencontre.

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Alors que les chefs d’État et gouvernement de l’UE se rendent à Paris pour un sommet extraordinaire consacré à l’Ukraine lundi (26 février), le Premier ministre slovaque a critiqué la stratégie de l’Occident à l’égard du conflit, affirmant que ses dirigeants avaient opté pour une « escalade totale des tensions ».

Une position « pro-russe » qui dérange

Selon Richard Sulík, leader de l’un des principaux partis d’opposition, Liberté et Solidarité (SaS), l’absence de la Slovaquie à la réunion est une véritable honte pour le pays.

« Nous ne serons plus invités en Europe occidentale. Au moins, il nous reste la Biélorussie et la Russie, n’est-ce pas ? », a ironisé M. Sulík dans un message publié sur les réseaux sociaux.

« La diplomatie du gouvernement Fico et du ministre des Affaires étrangères Juraj Blanár est une honte terrible », a-t-il ajouté.

Jaroslav Naď, ancien ministre slovaque de la Défense pro-occidental, a rappelé que M. Fico n’avait au départ même pas été convoqué au sommet de Paris, mais que la France lui avait envoyé une invitation après qu’il l’ait spécifiquement « demandée ».

M. Naď a également déclaré que depuis que M. Fico avait pris le pouvoir, la Slovaquie n’est plus invitée à divers forums au sein de l’UE et de l’OTAN en raison de sa position pro-russe.

« D’anciens collègues ministres m’ont dit que les alliés craignaient les fuites d’informations. Ils ont l’impression que la Slovaquie adopte une approche non constructive. En d’autres termes, la politique étrangère slovaque est actuellement en très mauvaise posture et nous embarrasse », a indiqué M. Naď à la presse la semaine dernière.

La décision de ne pas inviter les représentants slovaques à la téléconférence est tombée juste un jour après que le gouvernement tchèque a suspendu la coopération intergouvernementale avec la Slovaquie, en raison de « divergences importantes sur les questions de politique étrangère ».

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Un isolement croissant

L’isolement de la Slovaquie pourrait être encore accentué par la nomination de Pavol Gašpar à la tête de la principale agence de renseignement du pays, le Service d’information slovaque (SIS).

Pour le nommer, le gouvernement de M. Fico a dû modifier le statut de l’agence afin de contourner la présidente slovaque pro-UE Zuzana Čaputová, normalement chargée de nommer le directeur de l’agence.

Pavol Gašpar est le fils de Tibor Gašpar, député du parti SMER — social-démocratie de M. Fico et ancien chef de la police, actuellement en procès pour avoir formé et dirigé un groupe de criminalité organisée.

Pavol Gašpar est réputé être un fervent admirateur de son père. Il est accusé d’avoir fait de fausses déclarations, d’avoir menti sous serment et d’avoir versé un pot-de-vin de 60 000 euros à des officiers de police.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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