La Slovaquie en crise après le meurtre du journaliste Jan Kuciak

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico. [Jakub Gavlak/EPA/EFE]

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue, le ministre de la Culture a démissionné. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, accuse de son côté le président du pays de complicité avec George Soros.

Une véritable crise politique traverse la Slovaquie depuis le meurtre brutal d’un journaliste d’investigation, Jan Kuciak et de sa fiancée le 26 février dernier.

Les médias slovaques ont publié les derniers textes inachevés du reporter, dans lesquels il identifie des personnes ayant des liens avec la mafia italienne dans le cercle immédiat du Premier ministre Robert Fico. Des suspects italiens ont été détenus puis relâchés.

Un journaliste d’investigation abattu chez lui en Slovaquie

Le journaliste Jan Kuciak enquêtait pour des affaires de fraude fiscale, impliquant des hommes d’affaires associés au membre du parti gouvernemental Smer. Un article de notre partenaire Euractiv Pologne

Motif du meurtre « probablement » lié à son travail

Le motif du meurtre ainsi que ses responsables ne sont pas encore connus et l’enquête est en cours. Le chef de la police et le procureur général ont déclaré que le meurtre de Jan Kuciak était « probablement » lié à son travail.

Les forces de l’opposition ont utilisé cette tragédie pour faire pression sur le gouvernement. Des citoyens sont descendus dans les rues des villes slovaques le 2 mars pour la plus grande manifestation depuis la chute du communisme en 1989.

Most-Híd, le petit parti de coalition a convoqué son comité interne la semaine prochaine pour décider s’il reste dans le gouvernement. Quant au Parti national slovaque (SNS), également petit partenaire de coalition, il n’a pas encore donné de réponse claire sur ce que seraient les prochaines étapes.

Le gouvernement de Robert Fico est sous le feu des critiques pour avoir créé des structures oligarchiques mêlées de politique et devenues incontrôlables.

À ce jour, le seul membre du gouvernement ayant démissionné est le ministre de la Culture, Marek Maďarič, qui a déclaré qu’il ne « pouvait pas supporter le meurtre » d’un journaliste.

Élections anticipées ou remaniement

Le 4 mars, après une semaine de silence, le président Andrej Kiska, qui a remporté les élections présidentielles au second tour face à Robert Fico en 2014, a fait une déclaration retransmise en direct.

« Quel que soit le motif du meurtre de ces deux jeunes personnes, même s’il n’a rien à voir avec l’enquête du journaliste, de nombreuses personnes sont convaincues que cette tragédie reflète à de nombreux égards la réalité slovaque en général », a-t-il déclaré.

Le président envisage deux scénarios pour la Slovaquie. Le premier est un « vaste et radical remaniement du gouvernement, pour que celui-ci ne divise pas la société et gagne la confiance du Conseil national [parlement] ».

Le deuxième scénario est une élection anticipée, mais elle devrait être votée par le parlement avec un minimum de 90 votes sur les 150 sièges qui constituent la chambre. Les négociations avec les chefs de file des partis politiques commenceront dans les prochains jours, a expliqué Andrej Kiska avant de conclure « je suis prêt à accompagner le pays dans cette situation difficile et complexe ».

Complicité avec Soros

La première réaction de Robert Fico a été de dire que la déclaration du président n’avait pas été écrite en Slovaquie. « Je veux poser une question simple à M. le président. Le 20 septembre 2017 à New York, sur la Cinquième avenue, pourquoi le chef d’État a-t-il rendu visite en privé à une personne, donc la réputation est discutable et dont le nom est George Soros. »

Certains journalistes présents dans la salle de conférence se sont alors mis à rire, et l’un a déclaré « vous êtes ridicule ».

« Vous pouvez rire autant que vous le souhaitez », a répondu Robert Fico, mais « pourquoi n’a-t-il pas été accompagné d’un représentant du ministère des Affaires étrangères pour cette réunion ? Le meurtre d’un journaliste démontre qu’il y a une tentative sérieuse de déstabilisation du pays. »

Enquête internationale

Robert Fico a également reproché au président d’avoir dit que quel que soit le motif du meurtre, celui-ci reflétait le climat du pays.

Des équipes du FBI, de Scotland Yard, d’Italie, d’Europol et de République tchèque assistent la police slovaque dans l’enquête.

Pendant ce temps, le Parlement européen doit envoyer une mission d’observation extraordinaire en Slovaquie pour examiner les potentielles fraudes dans l’utilisation des fonds européens pour l’agriculture, qui, selon les conclusions de Jan Kuciak, étaient au cœur des opérations de la mafia italienne dans l’est de la Slovaquie.

Pas de spéculation

La déclaration de Robert Fico a suscité une vague de réactions négatives. Selon le ministre des Affaires étrangères, Miroslav Lajčák, « George Soros est un homme qui a eu une influence majeure sur l’évolution de l’Europe centrale et de l’Est. Il n’y a pas de doute là-dessus. » Néanmoins, il a dit ne pas vouloir « spéculer sur son implication dans les problèmes actuels de la Slovaquie ».

Le magnat et philanthrope de 87 ans, George Soros, a versé 45 millions de dollars de financements à la Slovaquie ces 25 dernières années, précise Ján Orlovský, le directeur exécutif de la fondation financée par Soros, Open Society Fund, en Slovaquie.

« Nous avons donné 45 millions sans rien attendre en retour, la seule chose qu’il voulait c’est que nous vivions dans une société libre où chacun a les mêmes chances, où règne l’État de droit et où l’éducation et la justice sont accessibles à tous. »

George Soros a nié toute implication dans les affaires internes de la Slovaquie via son porte-parole.

«Aucun passe-droit n’est possible sur l’état de droit»

L’UE est une communauté de valeurs partagées selon le ministre allemand des Affaires européennes, Michael Roth (SPD), en référence à la campagne anti-Soros en Hongrie et à la procédure d’infraction de l’état de droit contre la Pologne.

 

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