Politique allemande : Olaf Scholz est sur la sellette

La politique allemande, théâtre de scandales financiers. Tandis que le ministre des Finances et candidat social-démocrate (SPD) à la chancellerie Olaf Scholz est empêtré dans l’affaire Wireward, il est également en tête d’affiche du scandale CumEx. [EPA-EFE/HAYOUNG JEON]

La politique allemande, théâtre de scandales financiers. Tandis que le ministre des Finances et candidat social-démocrate (SPD) à la chancellerie Olaf Scholz est empêtré dans l’affaire Wirecard, il est également en tête d’affiche du scandale CumEx. Un article d’Euractiv Allemagne.

Olaf Scholz, ministre allemand des Finances, regrette-t-il d’avoir été nommé si tôt candidat SPD à la chancellerie ? Début août, arborant alors un sourire malicieux, celui-ci était apparu sous le feu des projecteurs de la Willy-Brandt Hause où siègent les sociaux-démocrates pour annoncer sa candidature.

Les autres partis ne se sont certes pas encore prononcés à ce sujet, mais la stratégie du SPD semble faire mouche : tandis que les sociaux-démocrates offrent une vision claire et mettent donc en avant la stabilité de leur parti, l’Union (CDU/CSU) et les Verts demeurent dans le flou. Il était clair qu’après la douche froide des dernières élections fédérales en 2017, le parti avait besoin de cet aplomb.

Néanmoins, cette façon de faire présente aussi plusieurs inconvénients : celui qui s’expose si tôt doit pouvoir tenir jusqu’aux élections. Un risque qu’Olaf Scholz était vraisemblablement prêt à prendre. Cependant, le ministre fait actuellement l’objet d’enquêtes politiques sur fond de fraude financière dans l’affaire Wirecard et le scandale CumEx. Dans les deux cas, le doute plane autour de sa responsabilité, mais l’opposition a identifié des preuves significatives l’incriminant pour négligence grave. Il a lui-même indiqué vouloir clarifier la situation.

Olaf Scholz, en route pour les élections fédérales allemandes de 2021

Olaf Scholz doit emmener les sociaux-démocrates (SPD) jusqu’aux élections fédérales allemandes de 2021. Au vu de concurrence verte à l’horizon, la tâche ne sera pas facile pour ce parti à la dérive. Un article d’Euractiv Allemagne.

Qui surveille ?

L’affaire Wirecard est sans aucun doute devenue le plus gros scandale financier d’Allemagne ces dernières années. Pourtant, autrefois, le prestataire de services financiers était la fierté de l’industrie numérique allemande, un véritable « champion national ».

L’entreprise a commencé sa chute en juin 2019, après avoir admis que 1,9 milliard d’euros, bien qu’inscrits à son bilan, n’avaient jamais existé. À l’heure actuelle, les responsables sont soit derrière les barreaux, soit toujours en cavale. Qui était alors chargé de surveiller et de lutter contre ces malversations ? Réponse : Olaf Scholz.

Jusqu’à présent, celui-ci disposait de deux lignes de défense : d’une part, les auditeurs d’Ernst & Young étaient responsables, d’autre part, l’autorité dont il était chargé n’avait pas les compétences nécessaires pour intervenir. D’après l’opposition, ces justifications sont de la poudre aux yeux. Sa responsabilité politique doit maintenant être clarifiée par une commission d’enquête.

Trop de rendez-vous

En outre, Olaf Scholz est personnellement impliqué dans le scandale CumEx, une fraude sur les dividendes à hauteur de plusieurs milliards d’euros. Grâce à un dispositif ingénieux d’optimisation fiscale, des banques avaient permis à des investisseurs étrangers d’alléger leurs impôts aux dépens du fisc. Parmi celles-ci figurait la Warburg Bank à Hambourg. Elle aurait dû rembourser 90 millions d’euros à la ville portuaire allemande, mais la municipalité y avait renoncé en 2016 et toute action était forclose. En 2017, le gouvernement fédéral avait contraint les autorités municipales à récupérer 43 millions d’euros.

Le maire de l’époque, Olaf Scholz, s’était entretenu à plusieurs reprises avec le chef de M. M. Warburg & CO Christian Olearius, avant de prendre la décision de renoncer au paiement des impôts. Devant le Bundestag, M. Scholz avait déclaré qu’il ne l’avait rencontré qu’une fois, en 2017. Des propos qu’il a corrigés à la suite d’une enquête sur l’agenda de M. Olearius, faisant état d’au moins trois réunions entre les deux hommes. Bien qu’il n’y ait pas de preuve d’influence sur les procédures, « le fait même qu’un maire rencontre à maintes reprises une personne accusée dans une enquête et qu’ils échangent des informations sur ses procédures fiscales constitue un conflit d’intérêts », a indiqué Fabio De Masi, représentant de la Gauche à la commission des finances du Parlement fédéral allemand. La crédibilité du candidat à la chancellerie est mise à mal par ses manquements.

Le SPD relance le débat sur les armes nucléaires américaines en Allemagne

L’Allemagne devrait « exclure le stationnement d’armes nucléaires américaines », estime Rolf Mützenich, le leader des sociodémocrates (SPD) au Bundestag. D’autres membres du SPD remettent en question le rôle de l’Allemagne dans la stratégie nucléaire de l’OTAN.

Une campagne électorale prématurée ?

Ces scandales financiers pourraient bien entraver la réputation de M. Scholz, un homme pourtant rationnel, réfléchi et pointilleux ; le genre de personne pouvant gérer d’une main de maître la crise que traverse l’Allemagne. Une attitude lui ayant longtemps valu le surnom de « Scholzomat », une allusion à son sérieux digne d’un robot qu’il avait lui-même approuvée lors d’un entretien avec le Zeit.

C’est pourquoi la campagne du SPD devrait se concentrer sur ses compétences et son professionnalisme, suppose le représentant des libéraux-démocrates à la commission des finances Florian Toncar. Dans ce contexte, les reproches à l’encontre de M. Scholz pourraient toucher un point sensible. S’il était sérieux, ces fraudes financières n’auraient pas eu lieu, et s’il était réfléchi, il aurait été transparent au sujet de ses rencontres avec Christian Olearius.

Par ailleurs, une commission d’enquête devrait examiner la responsabilité politique du ministre des Finances dans l’affaire Wirecard à partir d’octobre. Voilà une situation particulièrement délicate alors que ce dernier prépare sa course à la chancellerie.

Une autre commission d’enquête devrait être établie dans le cadre du scandale CumEx, non pas au Bundestag, mais au parlement de Hambourg, où les procédures pour ce faire ont jusqu’à présent été bloquées par la CDU/CSU, qui siège dans l’opposition.

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