L’amitié entre Polonais et Allemands résiste à la campagne anti-Allemagne du PiS

Malgré une campagne anti-allemande menée par le gouvernement du parti Droit et Justice (PiS) et les médias qui le soutiennent depuis près de deux ans, l’entente entre Polonais et Allemands reste solide. Un article de Gazeta Wyborcza.

« La réconciliation germano-polonaise est un miracle », disait le regretté Bronisław Geremek, homme d’État polonais et ancien ministre des Affaires étrangères, qui a fait entrer une Pologne libre dans l’OTAN.

Bronisław Geremek avait six ans quand Hitler a attaqué la Pologne et en 1940, sa famille est envoyée dans le ghetto de Varsovie. Deux ans plus tard, ils réussissent à s’échapper. Le futur ministre des Affaires étrangères se cache avec son frère et sa mère près de Sandomierz, mais son père meurt dans le camp de concentration d’Auschwitz, comme la grande majorité de ses proches.

Quand un homme qui a perdu ses proches aux mains des Allemands pendant la guerre parle du miracle de la réconciliation avec l’ancien ennemi, impossible d’ignorer de telles paroles.

La réconciliation n’a pas été facile pour les Polonais qui ont pleuré des centaines de milliers de personnes tuées, mutilées, expulsées de leurs maisons et de leur pays en ruines, ni pour les Allemands qui n’ont pas pu accepter la perte de Gdańsk, Wrocław et Szczecin – d’où ils ont été déportés.

Le geste des évêques polonais qui, en 1965, ont contacté leurs homologues allemands en leur disant « nous pardonnons et demandons pardon » n’a pas donné de résultats immédiats. L’importance du geste du chancelier Willy Brandt, qui, cinq ans plus tard, s’est mis à genoux devant le monument aux défenseurs du ghetto de Varsovie, n’a pas non plus été immédiatement saisie.

Une génération entière a dû passer avant de surmonter l’hostilité mutuelle, le mépris et les stéréotypes. Il a fallu le grand choc géopolitique que fut l’effondrement du communisme.

La réconciliation germano-polonaise fait partie du programme officiel des gouvernements des deux pays depuis 1989. La Pologne et l’Allemagne sont officiellement alliées au sein de l’OTAN depuis 2004, année où la Pologne a rejoint l’Allemagne au sein de l’Union européenne.

En l’espace d’un quart de siècle, les changements opérés sont immenses. Pas de contrôles aux frontières entre la Pologne et l’Allemagne, et difficile de marcher dans le centre-ville de Berlin pendant le week-end sans entendre parler polonais. Ou à travers le centre de Varsovie, Wrocław ou Gdańsk sans rencontrer des touristes allemands.

Le commerce entre la Pologne et l’Allemagne dépasse le commerce de l’Allemagne avec la Russie. Plus d’un million de jeunes se sont rencontrés dans le cadre du programme d’échanges.

« L’aile dure du PiS déteste les femmes »

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues des villes polonaises le 23 mars pour protester contre une proposition de loi visant à durcir la législation sur l’avortement. Un article d’Euractiv Pologne.

Des problèmes existent, bien entendu : L’Allemagne n’est pas un marché aussi facile pour les entreprises polonaises que la Pologne l’est pour les entreprises allemandes. Les Polonais en Allemagne ont plus de mal à s’organiser que les Allemands en Pologne, où ils ont le statut officiel de minorité nationale.

Avec la bénédiction du gouvernement d’Angela Merkel, Gazprom et des entreprises allemandes construisent la deuxième branche d’un gazoduc au fond de la mer Baltique qui contourne la Pologne et l’Ukraine. L’Allemagne n’accepte pas les arguments de la Pologne selon lesquels elle donne à la Russie les moyens de faire chanter la région en fermant les robinets des autres gazoducs.

Les Polonais et les Allemands ordinaires eux, se traitent les uns les autres comme des voisins ordinaires. Après l’énorme tragédie du XXe siècle, après le génocide, la destruction des villes, les déportations, ils vivent normalement, comme des Européens.

Puis, à l’automne 2015, le PiS a fait son apparition dans l’histoire germano-polonaise pour jouer la carte anti-allemande. Le parti a accusé les Allemands d’inonder la Pologne de réfugiés musulmans et le parti d’opposition d’être des marionnettes de Berlin.

Puis le PiS est allé plus loin et a commencé à jouer la carte de l’histoire. Il y a un an, le chef de file du parti, Jarosław Kaczyński, a officiellement exigé que les Allemands versent à la Pologne des réparations pour les dommages subis durant la Seconde Guerre mondiale. Selon les calculs de la presse pro-gouvernementale, la Pologne pourrait réclamer des milliards de dollars.

Un projet de loi polonais réécrit l'histoire de la Shoah

Le gouvernement polonais a mis sur la table un projet proposant des peines de prison pour toute personne attribuant une responsabilité à la nation ou l’État polonais dans la Shoah.

La propagande dans les médias d’État noie constamment le public sous des images de destruction en temps de guerre. Le parti est silencieux sur le fait que la Pologne a renoncé aux réparations en 1953 et il n’a pas la moindre idée de la façon de contraindre les Allemands à payer. Mais il ne s’agit que de propagande, de tirer parti du capital politique que pourrait leur apporter un sentiment antiallemand.

Est-ce que cela fonctionne ? Après une campagne de propagande de deux ans, les Polonais devraient détester les Allemands. Des recherches récentes menées par l’Institut des affaires publiques montrent cependant que 56 % des Polonais ont une bonne opinion des Allemands (en hausse de trois points de pourcentage par rapport à 2016) tandis que 29 % des Allemands ont une opinion positive sur les Polonais (une augmentation d’un point).

Subscribe to our newsletters

Subscribe