Le Premier ministre géorgien démissionne à la suite de la mise en détention du leader de l’opposition

La Géorgie s’enlise un peu plus dans la crise politique tandis que son Premier ministre Georgi Gakharia a démissionné jeudi (18 février) sur fond de désaccord concernant l’arrestation du leader de l’opposition. EPA-EFE/ZURAB KURTSIKIDZE [Zurab Kurtsikidze/EPA/EFE]

La Géorgie s’enlise un peu plus dans la crise politique tandis que son Premier ministre Georgi Gakharia a démissionné jeudi (18 février) sur fond de désaccord concernant l’arrestation du leader de l’opposition.

Georgi Gakharia a annoncé sa démission du poste de Premier ministre jeudi (18 février) arguant qu’il désapprouvait la décision du gouvernement d’appliquer l’arrêt rendu par un tribunal géorgien ordonnant l’arrestation du chef de l’opposition Nika Melia.

« Il est inadmissible d’appliquer une décision judiciaire […] si celle-ci pose un risque à la santé ou à la vie de nos citoyens ou si elle entraîne la possibilité d’une escalade politique dans le pays. »

D’après plusieurs sources, Nika Melia, chef du parti majeur de l’opposition en Géorgie – le Mouvement national unifié (MNU) – a été arrêté à la suite d’une décision judiciaire rendue par un tribunal géorgien le 17 février ordonnant son placement en détention.

Cet opposant est accusé par la justice d’avoir organisé des « violences de masse » les 20 et 21 juin 2019, de même qu’il aurait encouragé une insurrection au parlement. Ces événements marquent le début des manifestations en Géorgie qui ont duré pendant un an.

Le site JamNews rappelle que l’affaire Melia est en cours depuis 2019. La dernière décision prise à cet égard consistait en la libération du politique sous caution. Désormais, le juge compétent du Tribunal de Tbilissi, Nino Chakhnashvili, a octroyé la permission au Bureau du procureur général de remplacer la caution par des mesures de détention.

Chakhnashvilia est cité dans plusieurs autres affaires de haut rang, dans lesquelles beaucoup soupçonnent des motifs politiques.

En juin 2019, le parlement a suspendu l’immunité dont jouissait M. Melia. Le Bureau du procureur avait alors prononcé sa libération sous caution à hauteur de 30 000 lari (approximativement 10 000 euros) et mis en place des mesures restrictives supplémentaires ; l’homme politique était contraint de porter un bracelet électronique.

L’affaire a pris un nouveau tournant lorsque M. Melia a qualifié le bracelet de « symbole d’injustice », avant de l’enlever et le jeter dans la foule lors d’un rassemblement de grande ampleur à Tbilissi le 1er novembre 2020. Les milliers de personnes présentes manifestaient contre le truquage des élections législatives du 31 octobre.

Conformément à la décision du tribunal, la caution de M. Melia a été élevée à 70 000 lari.

Une décision à laquelle Nika Melia a marqué son opposition, arguant que le Bureau du procureur était sous la mainmise de l’oligarque et de facto leader Georgia Bidzina Ivanishvili.

Le 31 octobre 2020, l’opposant est devenu député au sein du nouveau parlement élu. Son immunité a une nouvelle fois suscité plusieurs questions.

Depuis lors, M. Melia et une cinquantaine de députés élus dans le bloc de l’opposition pratiquent la politique de la chaise vide au sein du parlement.

Nika Melia a repris les rênes du MNU le 25 décembre 2020.

« Homme de Moscou »

Melia est accusé d’être à l’origine d’actes de violence lors des manifestations qui ont éclaté à Tbilissi en juin 2019, à la suite d’un incident au parlement lors duquel un législateur russe a adressé la parole à l’assemblée depuis le siège du président ; un évènement qui avait suscité la controverse au sein d’un pays dont les relations avec Moscou demeurent tendues depuis la guerre brève de 2008.

Les mouvements de foules ont débouché sur des affrontements avec les forces de police. Des agents avaient alors utilisé du gaz lacrymogène et tiré des balles en caoutchouc sur les manifestants.

Le ministre intérieur à l’époque, M. Gakharia menait ces répressions policières, et il avait été nommé Premier ministre en septembre de la même année.

Surnommé l’« Homme de Moscou », Georgi Gakharia, 45 ans, avait étudié à l’Université Lomonosov à Moscou avant d’être embauché, toujours en Russie, pour la compagnie aérienne allemande Lufthansa.

Dans une déclaration peu de temps avant le procès de M. Melia, l’envoyé de l’Union européenne en Géorgie avait décrit les circonstances de l’affaire Melia comme étant une « trajectoire dangereuse pour la Géorgie et sa démocratie ».

L’ambassade américaine à Tbilissi a déclaré sur Twitter que la crise « devait être résolue de façon pacifique », appelant le gouvernement et l’opposition à œuvrer dans ce sens.

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