L’Allemagne met sur pied une cyberarmée pour contrer la Russie

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, pendant la cérémonie d'ouverture de la nouvelle unité de cyberdéfense du Bundeswehr à Bonn, le 5 avril. [Sascha Steinbach/ EPA]

L’armée allemande a fait l’objet de 284 000 attaques informatiques au premier trimestre 2017. Pour y remédier, la première unité de cyberdéfense du pays est désormais officiellement en fonction. Un article d’Euractiv Allemagne.

Le nouveau commando de lutte contre les cyberattaques comptera 13 500 hommes d’ici juillet. À titre de comparaison, la marine allemande emploie 16 000 soldats et l’armée de l’air 28 000. L’Allemagne espère inspirer d’autres forces armées européennes pour que celles-ci s’attaquent également aux cyberattaques.

Les législateurs allemands ont indiqué que la nouvelle unité se concentrera sur la lutte contre le piratage informatique russe. Elle sera dirigée par Ludwig Leinhos, vétéran chevronné de l’armée et général spécialiste de l’informatique le plus compétent du pays.

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Les experts du Conseil de sécurité informatique allemand ont salué le progrès. Son président, Philipp Saldern, a confié à Euractiv Allemagne que la nouvelle unité était « absolument nécessaire » et pouvait servir de modèle pour d’autres programmes gouvernementaux.

Une cyberarmée européenne ?

Il y a en revanche peu de chances que l’idée soit reprise dans l’immédiat pour créer une cyberarmée européenne. En effet, cela semble utopique à l’heure actuelle étant donné que les pays européens utilisent des infrastructures et programmes technologiques différents.

Il en vaut de même au sein de l’Allemagne, puisque les régions, les municipalités et les autorités au niveau fédéral éprouvent des difficultés à échanger des informations. Les blocages rencontrés dans le dossier des meurtres commis par le groupe terroriste Nationalsozialistischer Untergrund (« Parti national-socialiste souterrain ») au début des années 2000 illustrent parfaitement la situation.

Si le but principal de la nouvelle unité sera de défendre l’Allemagne face aux cyberattaques, ses membres seront également formés à lancer des offensives et des attaques eux-mêmes. C’est un aspect du programme qui a déjà été critiqué par les députés allemands.

Konstantin von Notz, membre du parti écologiste allemand, a souligné que « l’armée aurait besoin d’un mandat parlementaire pour mener des cyberattaques ». Son parti a reproché au gouvernement de ne pas avoir traité la question avec assez de transparence. Hans-Peter Bartels, du SPD, a également indiqué que la force de défense fédérale (Bundeswehr) devrait obtenir une permission spécifique du Bundestag.

Les forces armées doivent aussi affronter le problème du recrutement. Rien que pour cette année, 1 000 nouveaux soldats et 800 administrateurs informatiques devront être embauchés. Or, la compétition avec le secteur privé, où les salaires offerts sont beaucoup plus élevés, est rude. Les experts du piratage et de la défense peuvent gagner près de dix fois plus dans le secteur privé que dans l’armée.

Philipp Saldern a reconnu qu’il était « difficile de convaincre » des spécialistes expérimentés à rejoindre les rangs de l’armée. Il a donc proposé que l’armée forme son propre personnel. Un modèle européen en la matière pourrait être l’armée estonienne, qui forme ses propres spécialistes informatiques.

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François Hollande a demandé un rapport circonstancié sur les menaces de cyberattaques pesant sur la présidentielle, alors que que le Kremlin, déjà soupçonné d’avoir perturbé l’élection américaine, a dû démentir des accusations d’ingérence dans la campagne d’Emmanuel Macron.