En Allemagne, la stratégie bioéconomie s’appuie sur la technologie

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Cet article fait partie de l'édition spéciale La bioéconomie au cœur des objectifs de la PAC.

Cet article est également disponible en italien, espagnol et portugais.

La nouvelle stratégie de bioéconomie adoptée par le gouvernement fédéral allemand à la mi-janvier est déjà source de critiques. Plutôt que d’aborder la réforme globale de l’agriculture, elle se concentre en effet sur la technologie. Un article d’Euractiv Allemagne.

« Des pneus en pissenlits, des portes de voitures en fibre de chanvre, ou encore des bottes en blé et non en caoutchouc » : tels sont  les rêves que la ministre allemande de l’Agriculture, Julia Klöckner, aimerait voir devenir réalité.

C’est avec ces mots que Mme Klöckner a défini la nouvelle stratégie allemande en matière de bioéconomie approuvée le 15 janvier par le conseil des ministres allemands. Celle-ci vient ainsi remplacer les versions précédentes de 2010 et 2013.

La logique de la nouvelle stratégie parait simple : le pays devrait davantage se tourner vers les matières premières renouvelables et donc se rendre moins dépendant du charbon, du pétrole et du gaz. D’après la ministre de l’Agriculture, alors que nous importons beaucoup de carburants fossiles, nos contrées recèlent de sources d’énergie renouvelables énormes.

La stratégie générale à ce propos, imaginée par son ministère en collaboration avec le ministère de la Recherche, repose sur deux piliers : elle accorde une attention toute particulière à la biotechnologie et à la recherche, mais aussi à la création de matières premières biogènes. Les plantes, les microorganismes, les algues et les champignons microscopiques constituent, entre autres, les matières mises en avant.

La stratégie allemande ne constitue toutefois pas un cas isolé, car environ 60 pays du monde entier ont adopté des mesures similaires pour transformer leur économie et privilégier les principes de durabilité et de circularité. De plus, pour la ministre allemande de la Recherche, Anja Karliczek, ce changement de cap offre sans aucun doute des opportunités commerciales, étant donné qu’une économie durable garantirait au pays « une place de leader à long terme sur les marchés du futur ».

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Certains experts vantent le caractère futuriste de cette stratégie, qui fait aussi l’objet de critiques. L’ONG environnementale Nabu, qui a minutieusement analysé la feuille de route, déplore qu’elle mette de côté les aspects sociaux et soit trop axée sur la biologie : « le développement durable nécessite aussi des changements culturels, économiques et institutionnels, qui ne s’opéreront pas sans encombre », avertissent les défenseurs de l’environnement.

Nabu regrette qu’aucun changement institutionnel, notamment de la PAC, ne figure dans la stratégie. L’amélioration des conditions de vie des agriculteurs et des pêcheurs constitue pourtant l’un des objectifs de la stratégie européenne de bioéconomie présentée par la Commission européenne en 2018, et de la PAC 2021-2027.

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Néanmoins, ni la PAC, ni ses objectifs, notamment ceux qui visent à rééquilibrer les pouvoirs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, préserver les paysages et la biodiversité, et garantir la qualité des denrées alimentaires et la santé, ne sont évoqués dans la stratégie allemande en matière de bioéconomie. L’ONG environnementale désapprouve ces nouvelles dispositions, car elles se concentrent sur une optimisation numérique qui repose trop sur la technologie et l’optimisation végétale.

Bioéconomie vs production alimentaire ?

Les arguments défendus par l’opposition sont aux antipodes de ceux présentés par Nabu. Pour le parti libéral-démocrate allemand (FDP), passionné de technologie, les objectifs de la stratégie ne sont ni concrets ni analysables. Mais le plus gros problème demeure le « manque d’engagement pour saisir les opportunités liées à l’ingénierie génétique » dans le secteur agricole. Afin de profiter pleinement des opportunités offertes par la bioéconomie, l’Allemagne doit modifier sa loi sur le génie génétique vieille de 20 ans et l’adapter aux nouvelles techniques de reproduction, a indiqué Mario Brandenburg, le porte-parole de groupe parlementaire du FDP pour les questions de politique technologique. Son parti a d’ailleurs introduit une motion à cet effet au Bundestag.

La bioéconomie favorise-t-elle la production durable de denrées alimentaires ou l’entrave-t-elle ? La création à grande échelle de matériaux réutilisables pour l’économie signifie également que les surfaces utilisées pour la culture et l’élevage seront limitées.

Pour pallier ces problèmes, la nouvelle stratégie prévoit d’élargir le champ d’action du conseil sur la bioéconomie actuellement en place au sein du gouvernement fédéral allemand. Les représentants de l’industrie et de la société allemande doivent, notamment, discuter de la façon dont la bioéconomie peut garantir la sécurité alimentaire.

En revanche, les nouvelles technologies n’offrent pas, à elles seules, de solution à ce dilemme, comme le laisse entendre le gouvernement allemand, a affirmé le patron de Nabu, Leif Miller. De plus, l’exécutif doit faire preuve de clarté avec tous ceux concernés par la stratégie, étant donné qu’« une transition de notre économie n’est possible qui si nous consommons moins. »

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