Zizanie à la Commission européenne sur l’accord macédonien

Dimitris Avramopoulos [Shutterstock]

Dans un volte-face inattendu, Dimitris Avramopoulos, le commissaire grec, s’oppose à l’accord historique entre Athènes et Skopje sur le changement de nom la Macédoine, dit accord de Prespa, qui doit être ratifié cette semaine au parlement grec.

« L’accord de Prespa n’est pas équilibré, et donc problématique », a déclaré Dimitris Avramopoulos, commissaire grec issu du centre-droit, dans une déclaration diffusée dans les médias en Grèce.

Cette affirmation contraste avec la position officielle de la Commission européenne, qui a pleinement soutenu l’accord en affirmant qu’il s’agissait d’un moment historique pour l’avenir européen des Balkans occidentaux.

« Notre position est claire : l’Union européenne soutient l’accord historique signé par les Premiers ministres Alexis Tsipras et Zoran Zaev en juin dernier », a déclaré un porte-parole de l’UE à Euractiv.

Par le passé, Dimitris Avramopoulos a été ministre du gouvernement du parti d’opposition, Nouvelle Démocratie (affilié au Parti populaire européen), qui s’est engagé à bloquer l’accord sur le nom de la Macédoine au parlement grec.

Un accord historique réconcilie Grèce et Macédoine

Grèce et  Macédoine ont signé un accord préparant un changement de nom historique, qui clôt un conflit bilatéral et ouvre la voie de l’OTAN et de l’UE à Skopje.

 

Dimitris Avramopoulos, considéré comme un membre très libéral de Nouvelle Démocratie, aurait donc subi des pressions de la part de son parti à Athènes pour prendre position sur la question, quelques heures avant le vote du parlement grec sur l’accord.

Il a été nommé commissaire européen par l’ancien Premier ministre Antonis Samaras, également farouchement opposé à l’accord de Prespa.

L’opposition conservatrice en Grèce accuse le gouvernement de céder l’identité et la langue macédoniennes, héritage important de la Grèce antique, à son voisin du nord, la Macédoine. Le petit pays a fait partie de l’Empire ottoman, avant de rejoindre la Yougoslavie, jusqu’à l’effondrement de celle-ci, en 1991.

Le gouvernement Syriza assure avoir négocié en fonction de l’intérêt national, qui est d’inclure une distinction géographique – la Macédoine du Nord – qui s’appliquera erga omnes, c’est-à-dire, à tous les usages.

Le gouvernement rappelle également que la langue macédonienne a été reconnue lors d’une conférence de l’ONU à Athènes en 1977, sous un gouvernement de Nouvelle démocratie.

Dans sa déclaration, Dimitris Avramopoulos déclare que tous les gouvernements grecs du passé s’étaient mis d’accord sur la distinction géographique, en l’occurrence le mot « Nord » qui accompagne le mot Macédoine, mais pas sur la « définition historique que l’on tente de donner à l’accord ».

« L’ethnicité et la langue représentent la nationalité et cèdent la place à des politiques nationalistes irrédentistes », a ajouté le commissaire grec.

Dimitris Papadimoulis, eurodéputé syriza et vice-président du Parlement européen, a attaqué Dimitris Avramopoulos et l’a accusé d’hypocrisie.

« Après des mois de silence, le commissaire Dimitris Avramopoulos a publié une déclaration sur l’accord de Prespa qui s’apparente à la prophétie de la Pythie. S’oppose-t-il à la position positive de la Commission sur l’accord ? Sinon, quel est son objectif ? Il doit choisir son camp ! », s’insurge l’eurodéputé.

Ce n’est pas la première fois qu’un commissaire prend position à Bruxelles et une autre dans son pays. Le commissaire hongrois Tibor Navracsics a déclaré qu’il avait voté « non » lors du référendum d’octobre 2016 contre les quotas de migration proposés par la Commission pour l’ensemble de l’UE, bien qu’il ne se soit pas opposé à cette proposition au niveau du collège des commissaires.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.