Green deal : Paris veut « une véritable souveraineté écologique de l’Europe »

La France espère « aboutir à de premiers compromis » dans les négociations autour du paquet Fit for 55. Mais en ce qui concerne l'économie circulaire, « nous n’irons pas aussi loin qu’espéré » indique l'entourage de Barbara Pompili. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Alors que s’ouvrent trois jours de réunions informelles entre les ministres européens de l’énergie et de l’environnement, Paris met en exergue l’objectif d’une plus grande souveraineté européenne dans ces domaines.

Barbara Pompili, la ministre française de la Transition écologique, garde en ligne de mire un objectif : établir « une véritable souveraineté écologique de l’Europe » selon son cabinet, en phase avec le concept d’autonomie stratégique souhaité par le président Emmanuel Macron.

Dans cette optique, Paris compte inscrire son travail dans la lignée des efforts déjà lancés par la Commission européenne en la matière, notamment pour l’approvisionnement en matières premières, la production d’énergie décarbonée, ou le développement des technologies vertes.

Organisés à Amiens du 20 au 22 janvier dans le cadre de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne, ces trois jours de réunions auront comme priorités la décarbonation de l’économie et de la société, la protection de la biodiversité, la lutte contre les pollutions liées aux produits chimiques, et le développement de l’économie circulaire.

Plusieurs sessions de travail vont avoir lieu en ce sens sur les thèmes de :

  • la transition agro-écologique : cohérence et harmonisation européenne en matière de produits phytopharmaceutiques
  • la lutte contre la déforestation importée
  • le rôle de la forêt et du bois dans les politiques environnementales, énergétiques et climatiques
  • les prix de l’énergie pour les consommateurs européens
  • l’efficacité énergétique

Des déjeuners de travail vont également se dérouler à Amiens, autour des produits chimiques, de la transition juste, et de l’hydrogène en Europe.

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Avancer, « mais pas aussi loin qu’espéré »

Concrètement, la France espère « aboutir à de premiers compromis » dans les négociations autour du paquet ‘Fit for 55’, visant à atteindre une réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre en Europe d’ici 2030.

Concernant la biodiversité, les ministres sont dans l’attente de propositions de la Commission, prévues fin mars. En ce qui concerne l’économie circulaire, un certain nombre de textes ont été renvoyés à mars/avril, « donc nous n’irons pas aussi loin qu’espéré » indique l’entourage de Barbara Pompili.

Tous ces sujets ont trait, de près ou de loin, au Green deal ou Pacte vert, un ensemble législatif dont le but est de rendre l’Europe climatiquement neutre d’ici 2050.

« Faire avancer les négociations » du Green deal, mais aussi « maintenir haut dans l’agenda politique les autres sujets comme celui des produits chimiques » sont les objectifs de la France pendant la PFUE, souligne le cabinet de Barbara Pompili.

Un déjeuner de travail des ministres de l’Environnement est ainsi prévu sur le thème de « la mise en œuvre de la stratégie européenne pour la durabilité dans le domaine des produits chimiques ». Cette stratégie vise notamment à interdire les substances dangereuses jusqu’à ce que leur innocuité soit prouvée. La Commission européenne organise, le 22 mars prochain, un atelier pour discuter du sujet avec les parties prenantes.

Préparer la COP27

Lors de ces premières réunions informelles des ministres de l’Environnement et de l’Energie européens, le règlement batterie, la mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et la lutte contre la déforestation importée seront, par ailleurs, des sujets omniprésents.

« La souveraineté, c’est aussi imposer nos normes au-delà de nos frontières » et utiliser « la puissance commerciale européenne comme un levier politique », selon le cabinet de Barbara Pompili.

La France a à coeur de défendre les intérêts de l’UE, tout en prenant en compte « les contraintes des Etats membres » dans les décisions. L’entourage de la ministre de la Transition écologique a notamment cité en exemple l’importance du charbon en Pologne. Une mention qui n’est en rien due au hasard, la Pologne étant l’un des principaux alliés de la France pour intégrer le nucléaire dans la taxonomie verte européenne.

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Le cabinet de Barbara Pompili a annoncé que la ministre souhaite organiser, en mars, d’autres rencontres pour échanger avec des représentants de l’ONU, du G20, des prochaines présidences du Conseil de l’UE (Tchèque et Suédoise), ainsi qu’avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour discuter de la COP27, qui aura lieu cette année à Charm el-Cheikh.

« Dans ce cadre multilatéral, l’Europe a un rôle de leadership à jouer » souligne le cabinet de la ministre. La PFUE sera peut-être l’occasion de renforcer ce rôle, si l’Union parvient à s’accorder sur une position commune d’ici là.

[Edité par Frédéric Simon]

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