Hamon : «Macron est un accélérateur d’extrême-droite»

Pour le président du mouvement Génération.s, le gauche européenne doit se régénérer grâce à l'écologisme et faire front uni contre l'extrême droite. [Sarantis Michalopoulos]

La stratégie de Jean-Luc Mélenchon laisse courir le risque d’une sortie de l’UE, contrairement au principe d’internationalisme, fondamental pour la gauche, regrette Benoît Hamon, qui voit en Emmanuel Macron un accélérateur d’extrême-droite.

Dans les coulisses du Forum européen des forces progressistes, écologistes et de gauche, à Bilbao, Benoît Hamon a répondu aux questions d’Euractiv.

Le leader de la France insoumise ne participait pas à la rencontre. Selon les organisateurs, il n’a même pas répondu à leur invitation. Nombre des personnalités présentes estiment que son refus de chercher des compromis avec les autres acteurs de la gauche est pour le moins « problématique ».

« Jean-Luc, c’est Jean-Luc. Il aime la gauche quand elle tourne autour de lui. Mais justement, cette tradition française de l’homme providentiel n’est ni dans la tradition ni dans la culture politique de beaucoup d’autres pays européens », souligne Benoît Hamon, qui a été candidat aux dernières présidentielles sous l’étiquette du Parti socialiste et a depuis lancé son propre mouvement, Génération.s.

Selon lui, les rhétoriques de la France insoumise « laissent courir le risque d’une sortie de l’UE » pour la France. Or, « cette stratégie voudrait dire que la gauche cesse de penser que la coopération est plus forte que la compétition, que la gauche abdique une idée fondamentale de la gauche : celle de l’internationalisme ».

En outre, une sortie de l’Europe reviendrait à « revenir à une forme de concurrence, de conflit potentiel avec nos voisins ». Une idée qu’il juge « totalement détestable », ajoutant qu’il ne peut y avoir que des solutions européennes à la crise européenne. « Et quiconque à gauche pense qu’il y a une solution nationale verra que ce discours, non seulement ne portera pas la gauche au pouvoir, mais portera l’extrême droite au pouvoir. »

Udo Bullmann qualifie Mélenchon de nationaliste rétrograde

L’Europe a besoin d’une nouvelle vision et de nouveaux objectifs, et tous les véritables Européens doivent défendre des valeurs européennes, a déclaré Udo Bullmann, chef de file des sociaux-démocrates au Parlement européen.

Les belles paroles de la gauche

Le candidat malheureux à la présidentielle de 2017 assure que son objectif est à présent de faire passer la gauche aux actes. « Parce qu’à gauche on parle, on parle, on parle, mais les autres à l’extrême droite, et les libéraux, eux, agissent », prévient-il.

« Le problème de la gauche, c’est qu’il y a beaucoup de chefs, mais pas beaucoup d’idées.  Les citoyens, eux, ont beaucoup d’idées il me semble. C’est le message que j’ai voulu porter auprès des membres de la gauche radicale européenne : il faut qu’on sorte de notre zone de confort, qu’on arrête de parler entre nous », estime-t-il. « Il faut aller chercher sur le terrain les solutions qui existent déjà sur la transition écologique, sur la question du travail, sur le financement de la protection sociale, sur la question démocratique. »

Pour lui, l’écologie est le moyen de régénérer la gauche. Cela revient à accepter le fait que l’amélioration des conditions de vie des Européens nécessitera un changement du modèle de développement actuel.

« On ne peut plus penser au bonheur de l’Europe en faisant de la croissance », martèle-t-il. « D’ailleurs même quand on en fait, cette croissance est tellement mal répartie que les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. On peut avoir un fort taux de croissance avec un fort taux de pauvreté. C’est par exemple le cas en Allemagne, même s’ils ont un taux de chômage extrêmement bas. »

Macron, accélérateur d’extrême droite

En ce qui concerne le rôle d’Emmanuel Macron dans les européennes à venir, Benoît Hamon est toujours aussi critique : « je pense qu’Emmanuel Macron un accélérateur pour l’extrême droite ».

Il dénonce le « dogmatisme » du président français sur le recul des services publics, sur le soutien aux riches et sur le sacrifice des pauvres, qui favorise la montée de la droite extrême, faisant de lui un « complice de Matteo Salvini » et de Viktor Orbán.

« Le vrai rempart au fascisme, c’est la gauche. Il faut encore que la gauche assume intellectuellement, culturellement, qu’elle est le rempart au fascisme », conclut-il. « Ce n’est pas Macron le rempart au fascisme. Macron c’est l’accélérateur de la prise du pouvoir du fascisme. »

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Manfred Weber représente la CSU, un parti proche de Poutine, d’Orbán, et des forces anti-UE affirme la cheffe de file du groupe de la gauche radicale au Parlement européen.

 

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