Selon les collaborateurs d’Alexei Navalny, l’UE doit « frapper Vladimir Poutine là où ça fait mal »

L’UE devrait cibler les proches du président Vladimir Poutine et « le frapper là où ça fait mal », ont déclaré lundi (22 février) deux proches collaborateurs d’Alexei Navalny, principal adversaire du Kremlin emprisonné par la justice russe. [Alexandra Brzozowski]

L’UE devrait cibler les proches du président Vladimir Poutine et « le frapper là où ça fait mal », ont déclaré lundi (22 février) deux proches collaborateurs d’Alexei Navalny, principal adversaire du Kremlin emprisonné par la justice russe. Ils ont également mis en garde contre l’influence croissante des pots-de-vin russes en Europe.

Leonid Volkov, chef de cabinet d’Alexei Navalny, et Ivan Zhdanov, directeur de la Fondation anticorruption, se sont adressés aux journalistes à Bruxelles alors que les ministres des Affaires étrangères de l’UE se réunissaient pour discuter de la portée d’un nouveau lot de sanctions à Moscou.

Les diplomates s’attendent à ce que l’UE impose des interdictions de voyage et des gels d’actifs aux alliés de Vladimir Poutine le mois prochain, dès que les experts auront réuni les preuves nécessaires pour résister à toute contestation juridique.

S’adressant aux journalistes, les militants russes, qui avaient déjà rencontré un groupe de ministres des Affaires étrangères de l’UE dimanche (21 février), ont qualifié cette réunion de « fructueuse », précisant une fois de plus la différence politique entre sanctions personnelles et sanctions économiques.

« Les sanctions contre les oligarques et les alliés de Vladimir Poutine ne sont pas des sanctions contre la Russie, elles n’aideront pas la propagande du Kremlin contre l’Occident, de la même manière que Vladimir Poutine ne pourra pas vendre son discours habituel sur les sanctions personnelles et non sectorielles », a soutenu M. Volkov.

« Ceux qui exercent la répression ne pourraient pas exister sans le soutien des oligarques, pour nous, il est très clair que ce sont deux parties du même puzzle », a-t-il ajouté.

M. Volkov a admis qu’il y avait un risque que des mesures de portée limitée et visant un cercle restreint de personnes soient moins efficaces « s’il s’agit de fonctionnaires du Kremlin qui ne voyagent pas et n’ont pas de biens à l’étranger ».

L’UE a mis six fonctionnaires sur une liste noire en octobre dernier à la suite de l’empoisonnement d’Alexei Navalny au Novichok, et selon les diplomates de l’UE, l’option actuelle inclurait à nouveau une demi-dizaine de fonctionnaires russes.

« Peut-être que cette fois les oligarques ne seront pas sur la liste, mais nous essaierons d’être patients et nous expliquerons pourquoi ils constituent des éléments tout aussi essentiels du régime de répression que les fonctionnaires du FSB », a poursuivi Leonid Volkov.

Néanmoins, tous deux ont déclaré qu’ils continuaient à croire que ce type de pression était crucial, car Vladimir Poutine « verra que l’Europe nous écoute ».

« Tisser des liens et amorcer le dialogue ne nous aide pas. Il [Vladimir Poutine] considère que c’est un signe de faiblesse », a expliqué M. Volkov à propos de l’approche franco-allemande envers la Russie.

« Il parle des droits de l’homme et de questions similaires, mais quand les Européens viennent encore chercher son gaz, il se conforte dans son approche. Tout ce qui le réaffirme dans sa position est très dangereux parce qu’alors il étend les frontières et se demande : que pourrais-je faire ensuite ? »

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Parmi les exemples cités figure la lutte de l’UE afin de condamner la figure de proue du Belarus, Alexandre Loukachenko, pour avoir réprimé les manifestations après les élections présidentielles en août dernier qui, selon l’opposition, avaient été truquées.

« M. Loukachenko a appris au bloc qu’en Europe, en 2021, il était possible de réprimer les manifestations, d’arrêter des milliers de personnes et de s’en tirer presque impunément », a-t-il renchéri.

Interrogé sur la visite désastreuse du diplomate européen Josep Borrell à Moscou début février, M. Volkov a déclaré que cette réunion avait été « une illustration claire de la façon dont le Kremlin anticipe la politique européenne de rapprochement ».

« Ils [les Russes] ont perçu cette visite comme un signe de faiblesse et ont agi en conséquence », a-t-il expliqué aux journalistes à Bruxelles.

Alors que Josep Borrell rencontrait son homologue russe, Moscou a annoncé – dans ce que beaucoup ont considéré comme une attaque orchestrée – l’expulsion de trois diplomates européens, tandis que M. Lavrov le coinçait sur ce qu’il a décrit comme des manquements démocratiques de l’Occident.

À propos des nouvelles attentes de l’Europe, Leonid Volkov a fait savoir que « le plus important maintenant est que l’Europe se débrouille seule, car Vladimir Poutine est le plus grand exportateur de corruption vers l’Europe ».

« Vladimir Poutine finance l’extrême droite dans de nombreux pays européens pour contribuer à l’instabilité », a soutenu M. Volkov, ajoutant que la « lutte contre l’argent sale russe » devrait être le principal objectif de l’Europe, outre les sanctions.

« Si on ne l’arrête pas maintenant, l’arrêter plus tard coûtera plus cher. »

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Luttes intérieures

Les activistes russes ont également averti que le Kremlin s’apprêtait à falsifier les résultats des élections générales de septembre.

« Notre priorité absolue est nationale, nous organiserons des manifestations au printemps, une campagne électorale en été et nous voulons être élus en septembre », a souligné M. Volkov.

Dans le même temps, à la question de savoir si l’Occident devrait soutenir financièrement l’opposition russe – question également soulevée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE lors de leur réunion de dimanche avec les militants – M. Volkov a appuyé que cela serait contre-productif.

Notre réponse a été un « “non” strict et ferme », a-t-il déclaré.

« Premièrement, c’est tout simplement dangereux, car on peut passer quelques années en prison en Russie pour avoir été considéré comme un agent étranger. Et deuxièmement, la société civile russe est plus forte que jamais », a-t-il fait valoir.

« Nous n’avons pas besoin de financement, nous avons besoin de soutien politique, nous avons besoin que l’Europe, en vertu de sa supériorité, s’entretienne avec Vladimir Poutine », a souligné M. Volkov.

En outre, à ses yeux, Vladimir Poutine essaie de vendre l’idée d’une « Europe malfaisante », mais sans succès. « Ceux qui n’ont pas connu la Guerre froide voient l’Europe comme une amie, ils veulent tisser des liens. »

« La propagande anti-américaine de Vladimir Poutine a eu un certain succès parce que l’Amérique est loin […] l’Europe, en revanche, est relativement proche pour les Russes », a-t-il conclu.

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