Huawei lance une opération séduction du secteur numérique européen

EPA-EFE/ROBERT GHEMENT [EPA-EFE/ROBERT GHEMENT]

La présence d’Huawei en Europe a généré 12,8 milliards d’euros en 2018. Ces chiffres, publiés par le géant chinois, confirment que l’entreprise des télécoms est devenue un acteur principal du secteur numérique de l’UE.

Les chiffres de l’entreprise chinoise des télécoms, Huawei, ont été publiés à l’intention de la vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de l’Europe à l’ère du numérique, Margrethe Vestager, qui a promis d’adapter l’UE à l’ère numérique pendant sa nouvelle mandature au sein de l’exécutif européen.

La publication des données économiques de l’entreprise en Europe survient alors que la pression américaine sur le géant chinois semble s’atténuer. Wilbur Ross, le secrétaire américain au Commerce, a déclaré que des autorisations provisoires permettant aux entreprises américaines de négocier avec Huawei feraient « très bientôt » l’objet de discussions, démontrant ainsi que les tensions commerciales avec la Chine s’apaisaient.

Huawei tente de rassurer l’UE

Il n’y a jamais eu aucun vrai « problème de cybersécurité » à Huawei, assure un représentant de la firme chinoise.

L’Europe, elle, reste encore sur ses gardes. Le mois dernier, la Commission européenne a publié un rapport sur la cybersécurité des réseaux 5G, indiquant que les « menaces posées par des États ou des opérateurs qu’ils soutiennent sont considérées comme de la plus haute importance ». Ses inquiétudes faisaient écho aux accusations de l’administration américaine à l’égard de Huawei.

Les gouvernements européens travaillent avec la Commission européenne et l’Agence européenne chargée de la sécurité des réseaux et de l’information (ENISA), afin de mettre en place des plans de suivi pour amoindrir les risques identifiés dans le rapport — des plans qui seront prêts d’ici à la fin décembre de cette année.

« Une Europe adaptée à l’ère numérique »

Huawei tente, dans ce contexte, de conserver son influence en attirant l’attention sur les impacts positifs que la société a eus en Europe.

« Nous contribuons de façon considérable à l’économie de l’UE, nous l’aidons à améliorer sa capacité de production, et nous nous assurons qu’aucune de ses entreprises et industries ne soit dépassée par le rythme de la transformation numérique », a affirmé Abraham Liu, le représentant en chef d’Huawei auprès des institutions européennes.

« Notre objectif est d’aider l’exécutif européen à atteindre son objectif d’“Europe adaptée à l’ère numérique” », a-t-il ajouté.

La contribution du géant chinois au PIB de l’UE a atteint 12,8 milliards d’euros en 2018, selon les chiffres publiés par le cabinet d’étude Oxford Economics. Ces résultats reprennent les impacts directs, indirects et secondaires, notamment ceux émanant de l’achat de biens et de services d’entreprises européennes et le paiement des salaires, ce qui stimule les dépenses des consommateurs.

Le rapport reprend aussi les paiements des impôts de la société en Europe, soit 1,8 milliard d’euros en 2018

La souveraineté numérique

Lors du « Huawei European Innovation Day » à Paris, l’eurodéputée maltaise, Josianne Cutajar (S&D) a souligné l’importance de garantir la souveraineté de l’Europe, ce qu’Ursula von der Leyen, présidente élue de la Commission européenne, avait déjà affirmé lors de la présentation de ses orientations politiques pour la prochaine législature.

« La souveraineté numérique européenne est l’instrument le plus efficace que nous ayons pour nous créer une place dans le monde moderne », a précisé l’eurodéputée, ajoutant que le rêve devenir souverain en la matière ne réalisera pas, à moins que l’UE soit capable d’implanter ses champions numériques dans « les pays tiers ».

Selon Mme Cutajar, les entreprises technologiques européennes devraient être sujettes aux mêmes traitements et conditions sur les grands marchés étrangers que ceux et celles des entreprises des pays tiers sur les marchés européens. »

« La réciprocité est la clé. »

Le géant Huawei voudrait devenir l’une des parties prenantes de la souveraineté numérique européenne. « À l’heure où les données numériques se téléportent partout dans le monde, la souveraineté numérique devient de plus en plus importante afin de soutenir le développement national. Nous soutiendrons fortement ce concept », a déclaré William Xu, directeur du conseil d’administration de Huawei, lors du discours inaugural du « Huawei Innovation Day 2019 » à Paris.

Se présenter sous son meilleur jour auprès de l’Europe

À l’heure où l’avenir d’Huawei en Europe demeure incertain, la société fait de son mieux pour se présenter sous son meilleur jour auprès de l’Europe. Ainsi, les intervenants ont mis en avant les investissements de l’entreprise en Europe, ils ont également exprimé leur soutien à la nouvelle Commission européenne et ont attiré l’attention sur la nouvelle génération de réseaux mobiles, la 5G.

D’après Guo Ping, président par rotation de Huawei, « la 5G et l’intelligence artificielle (IA) représentent un tournant pour les technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette technologie deviendra monnaie courante dans tous les secteurs, comme l’électricité il y a plus d’un siècle ».

L’I.A. chinoise bluffe-t-elle pour se développer en Europe ?

L’UE a établi de nouvelles normes en matière de protection des données et de la vie privée en s’opposant à la domination de la Silicon Valley. Mais avec l’arrivée des applications basées sur l’intelligence artificielle, les entreprises chinoises s’efforcent à leur tour d’avoir une part du gâteau. Un article de EDJnet et VoxEurope. 

« Les TIC seront alors un élément essentiel pour le développement de l’industrie », a-t-il soutenu.

Reste à voir si cette offensive de charme convaincra l’Europe, alors que les États membres pèsent le pour et le contre et que la pression américaine perdure.

En août, les ambassadeurs de la Roumanie et des États-Unis ont signé un mémorandum pour le développement des réseaux 5G, incluant des critères de sélection des sociétés autorisées à participer à la mise en place de l’infrastructure de la 5G.

En septembre, le États-Unis et la Pologne ont signé une déclaration conjointe pour collaborer sur la sécurité de la 5G, un acte qui, selon le vice-président américain Mike Pence, « constitue un exemple crucial pour le reste de l’Europe ».

L’accord, signé à Varsovie par Mike Pence et le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, soutient des projets mentionnés dans « Les propositions de Prague » — un train de mesures imaginées en mai afin de garantir la sécurité des réseaux 5G.

Une Europe divisée

Mais la porte polonaise n’est pas complètement fermée pour Huawei. La semaine dernière, Varsovie a signé un accord avec les entreprises télécoms du pays pour créer une nouvelle société, Polskie 5G, qui permettrait de mettre en place une nouvelle infrastructure du réseau pour la 5G dans tout le pays.

Reste à voir si Huawei sera inclus dans ce projet, mais un porte-parole a révélé que la société restait optimiste à ce sujet.

Au Royaume-Uni, le Premier ministre Boris Johnson, donnera accès aux parties « non litigieuses » du réseau 5G britannique.

Une déclaration à ce propos était attendue cet automne, mais elle pourrait être reportée après les élections générales du 12 décembre.

« La sécurité des réseaux de télécoms du Royaume-Uni est cruciale et une décision sera prise en temps voulu », a annoncé un porte-parole du gouvernement britannique.

Par ailleurs, les équipements du géant chinois seront très probablement présents dans des éléments fondamentaux de la nouvelle infrastructure du réseau 5G », avait indiqué le fondateur d’Huawei Ren Zhengfei en juillet.

Juhan Lepassaar, le nouveau chef d’ENISA, a récemment mentionné l’approche divisée de l’Europe à l’égard d’Huawei lors d’un entretien avec Euractiv.

« Les avis des pays divergent sur la 5G, les fournisseurs, la mise en place et la structure de leur système actuel », a-t-il déclaré.

« Il n’y pas qu’une seule façon de voir les choses. »

Alors que les États membres de l’UE préparent leurs mesures de réduction des risques pour la fin de l’année, Huawei s’apprête à poursuivre sa stratégie de communication – en essayant de convaincre les décideurs politiques et les régulateurs de l’UE d’utiliser leurs équipements dans toute une série de secteurs.

Mais Margrethe Vestager, la nouvelle vice-présidente de la Commission chargée de la politique numérique et antitrust, a été claire jusqu’à maintenant : toute décision future sur Huawei serait une décision qui concernerait uniquement le bloc, dans un esprit de sauvegarde de la souveraineté européenne.

Dans une interview accordée à Business Insider au début de cette année, elle avait déclaré que l’UE devait déterminer si l’utilisation des produits Huawei  « pouvait présenter un danger » et que la « discussion devait être être basée sur des faits » qui demeuraient encore « incomplets ».

A propos de la pression exercée sur les régulateurs de l’UE par leurs homologues américains, Margrethe Vestager a déclaré que toute décision future sur l’implication de Huawei dans l’UE serait déterminée uniquement par les fonctionnaires européens, « quels que soient les pressions ou les conseils que nous recevons ».

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