L’Université d’Europe centrale appelle l’UE à l’aide en Hongrie

Michael Ignatieff, Bruxelles, le 25 avril 2017. [European Commission]

Le président d’une université de Budapest appelle Bruxelles à l’aide face aux pressions du Premier ministre, Viktor Orbán, un jour avant l’annonce du lancement d’une procédure d’infraction contre la Hongrie par la Commission européenne.

Le président de l’Université d’Europe centrale (CEU), Michael Ignatieff, ancien dirigeant du Parti libéral canadien, a annoncé au Parlement européen sa détermination à défendre l’institution fondée par le millionnaire américain George Soros. Ce dernier n’a cependant pas été cité pendant l’audience de 40 minutes, organisée par le S&D, le PPE, l’ADLE, le groupe GUE/GVN et les Verts/ALE.

L’université, qui défend la vision de « société ouverte » prônée par le millionnaire d’origine hongroise et critiquée par Viktor Orbán, a déjà reçu le soutien de personnalités politiques aux États-Unis et ailleurs. « J’ai besoin du soutien de l’Europe. J’ai le soutien de Washington, de Berlin, de Budapest, de Munich », a indiqué Micheal Ignatieff. « J’ai maintenant besoin du soutien de Bruxelles. »

Depuis sa création en 1991 après l’effondrement du communisme dans la région, l’université est devenue un véritable pilier de la liberté d’expression en Hongrie.

La Hongrie défend la légalité de sa loi sur les universités

Pour le ministre hongrois de l’Éducation, la nouvelle loi sur les universités du pays qui devrait provoquer la fermeture de l’Université Soros, ne pose aucun problème juridique.

Le chef du groupe ADLE, Guy Verhofstadt, a déclaré que la « menace existentielle » perpétrée contre cette université importante en Europe avait été lancée par un dirigeant hongrois autoritaire, qui voit l’institution comme un obstacle à sa « démocratie non libérale ».

Ce sont en particulier les nouvelles lois visant à contrôler plus étroitement les universités étrangères en Hongrie qui ont menacé la CEU, des lois adoptées malgré des manifestations de masse dans les rues du pays.

D’après le gouvernement de Viktor Orbán, des changements juridiques étaient nécessaires pour empêcher les universités étrangères de délivrer des diplômes douteux. Or, les critiques de Viktor Orbán soulignent que les mesures contre la CEU s’inscrivent dans un mouvement plus vaste visant à faire taire les opposants et à placer les institutions indépendantes, y compris la justice, les médias et les ONG, sous le contrôle du gouvernement.

Michael Ignatieff a indiqué qu’aucun État membre de l’UE n’avait fermé les portes d’une université libre depuis 1945 en Europe.

Fusil sur la tempe

« Mon établissement a un fusil sur la tempe », a indiqué Michael Ignatieff. Il a ajouté que la CEU avait lancé un recours contre la nouvelle loi sur l’enseignement, qui, d’après lui, viole le droit hongrois, qui garantit explicitement la liberté universitaire et scientifique. L’une des clauses de la nouvelle loi vise les chercheurs et les universitaires non européens. Michael Ignatieff a qualifié cette initiative de « contrariante ».

« L’une des libertés garanties par l’acquis communautaire est la libre circulation des chercheurs non européens, et cet acquis a été révoqué par cette loi. Dorénavant, nous devrons soumettre des demandes de permis de travail pour tous les ressortissants non européens, et nous pensons que cela réduira notre liberté de recrutement », a déploré Michael Ignatieff.

La Commission européenne devrait annoncer le 26 avril une potentielle procédure d’infraction contre la Hongrie, en raison de cette nouvelle loi sur l’enseignement. Des sanctions plus lourdes, telles qu’une procédure d’« État de droit », ne devraient toutefois pas être imposées.

Bruxelles envisage des sanctions réduites contre la Hongrie

La Commission européenne va statuer d’ici la fin du mois sur le lancement éventuel d’une procédure d’infraction contre la Hongrie. Mais n’envisage pas de mesures  sévères, comme en Pologne.

Le champ d’action de l’UE contre la Hongrie reste limité, étant donné que toute sanction sévère nécessiterait l’accord unanime des tous les autres États membres. Et Viktor Orbán peut compter sur ses alliés du gouvernement polonais pour s’opposer au vote de telles mesures.

Orbán va s’adresser aux eurodéputés

Viktor Orbán défendra sa position au Parlement européen le 26 avril, ont confirmé des sources du Parlement. La représentation permanente du gouvernement hongrois à Bruxelles a confirmé la visite du Premier ministre, mais n’a pas donné plus de détails. Cependant, d’après Margaritis Schinas, Viktor Orbán ne s’entretiendra pas avec le président de la Commission, Jean-Claude Juncker.

Jean-Claude Juncker, qui a vivement critiqué les initiatives de Viktor Orbán, devrait quant à lui rencontrer George Soros le 27 avril à Bruxelles. Les deux autres commissaires qui recevront George Soros sont la commissaire à la justice, Vĕra Jourová, et le commissaire à l’emploi, Jyrki Katainen, également responsable de la croissance. Aucune rencontre n’est pour l’instant prévue entre George Soros et le commissaire hongrois à l’éducation, Tibor Navracsics.

La Pologne balaye les critiques de Bruxelles sur l'Etat de droit

La Pologne a semblé rejeter lundi les demandes de la Commission européenne de réformer ses institutions judiciaires dans le respect des critères communautaires du droit, ranimant le risque de voir Varsovie perdre son droit de vote au sein de l’UE.

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