Intégration des personnes défavorisées sur le marché de l’emploi : changer de paradigme

Aujourd’hui, les demandeurs d’emploi handicapés sont bien plus âgés que le tout public, 50% ont plus de 50 ans. Et ils sont bien moins qualifiés que le tout public : seulement 35% ont le bac, contre 50 % chez les chômeurs en général. [VGstockstudio/shutterstock]

Déjà ardue en temps normal, la crise sanitaire rend bien plus difficile encore l’intégration des personnes défavorisées sur le marché de l’emploi. L’issue implique de changer de paradigme.

« La crainte que l’on puisse avoir aujourd’hui c’est un frein lié à la crise économique, il va certainement y avoir des employeurs avec d’autres soucis en tête, » relève Didier Eyssartier, Directeur général de l’Agefiph, une organisation qui travaille à inclure les personnes handicapées dans le monde du travail.

La crise sanitaire a surgi alors que « nous nous trouvions sur une dynamique de progrès qui a vu en cinq ans plus de 30 % des personnes handicapées employées dans des entreprises de plus de 20 salariés », précise-t-il. Et de souligner : « Le handicap est un vrai frein à l’intégration, l’enjeu actuel est de ne pas en avoir davantage. »

Cette crainte s’applique aux personnes handicapées – mais pas seulement. De fait, il n’existe pas de définition commune de ce qu’est une personne défavorisée. Au contraire, le qualificatif renvoie à des réalités parfois très différentes : personnes handicapées donc, mais aussi illettrées, sans qualifications, vivant en-dessous du seuil de pauvreté, femmes seules, chômeurs de longue durée, etc.

Il s’agit d’un groupe très hétérogène dont les membres ont pour seul point commun un risque plus élevé que le reste de la population active de se retrouver en marge du marché du travail. Et donc exclu socialement.

« Les plus vulnérables sont les plus exposés à la crise économique, » résume Sylvie Brunet, Eurodéputée (Renew) et membre de la Commission de l’emploi et des affaires sociales au Parlement européen.

Aussi, tout l’enjeu consiste à ce qu’ils trouvent ou retrouvent « un emploi digne, stable et durable », rappelle l’Eurodéputé Mounir Satouri (Verts), également membre de la Commission de l’emploi et des affaires sociales. Ce qui sous-tend de les sortir des emplois précaires, des CDD et des contrats d’intérims où ils sont surreprésentés.

Sylvie Brunet, Didier Eyssartier et Mounir Satouri s’exprimaient lors d’une conférence virtuelle consacrée à l’intégration des personnes défavorisées sur le marché du travail organisée par EURACTIV et qui s’est tenue mercredi 28 octobre.

L’accès à la formation, clé de voute de l’insertion

Si les réponses et les mesures en faveur de l’insertion des personnes vulnérables sont aussi variées que les profils des personnes vulnérables sont différents, une constante émerge cependant : celle de la nécessaire formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’accès à l’éducation.

Pour Sylvie Brunet, « il faut absolument garantir un socle de formations et de compétences pour assurer l’intégration des personnes défavorisées sur le marché de l’emploi ». Et Combattre l’illettrisme en fait partie, souligne-t-elle, rappelant que 5 % de la population en France ne sait pas lire et écrire.

Didier Eyssartier renchérit : « Aujourd’hui, les demandeurs d’emploi handicapés sont bien plus âgés que le tout public, 50% ont plus de 50 ans. Et ils sont bien moins qualifiés que le tout public : seulement 35% ont le bac, contre 50 % chez les chômeurs en général. »

Changer de paradigme

L’amélioration de l’accès à la formation professionnelle et à l’apprentissage pour les personnes défavorisées ne saurait être l’unique sésame pour les aider efficacement à trouver un emploi ou retourner sur le marché du travail.

« La crise sanitaire agit comme un révélateur d’anomalies, d’inégalités, de choses qui ne vont pas, structurelles, sur le marché de l’emploi, tant en Europe qu’en France » analyse Sylvie Brunet.

L’Eurodéputée rappelle que L’Europe s’est construit autour du concept du marché unique, soutenue par une philosophie libérale, et « en se préoccupant beaucoup moins des questions sociales et environnementales ».

Aussi plaide-t-elle pour par exemple ouvrir le Plan de relance à d’autres secteurs, comme celui de l’économie sociale et solidaire, afin de lutter plus efficacement contre le chômage de longue durée.

Pour Mounir Satouri, la crise actuelle est double : « Il y a une crise sanitaire, celle du Covid-19, mais aussi une crise de notre modèle économique. Le modèle économique dominant a laissé des millions d’Européens et Européennes sur le bord du chemin. »

« Toute la problématique des politiques publiques est de savoir ce que l’on met en place comme mesures concrètes et efficaces qui permet un retour à l’emploi », poursuit-il. « La relocalisation des emplois industriels en Europe et la conversion écologique de l’économie est dans un premier temps le vrai sujet. »

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