Ioulia Timochenko ne pourra pas se porter candidate aux élections

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Le groupe politique de centre-droit du Parlement européen s'est joint à l'opposition ukrainienne pour condamner le refus de la Commission électorale centrale ukrainienne d'enregistrer les acteurs politiques emprisonnés Ioulia Timochenko et Iouri Loutsenko comme candidats aux élections législatives d'octobre prochain.

Le parti de Mme Timochenko, Batkivschina (Patrie), a fait appel auprès de la Cour suprême administrative du pays sur le refus d'enregistrer l'ancienne première ministre et M. Loutsenko, ancien ministre de l'intérieur, comme candidats aux législatives, a rapporté hier (13 août) le site Internet d'Ukrainian News.

Mme Timochenko et M. Loutsenko ont été condamnés l'an dernier à sept et quatre ans de prison respectivement pour abus de pouvoir. Mme Timochenko a mené les manifestations de la révolution orange en 2004, suite auxquelles le président actuel, Viktor Ianoukovitch, n'avait pu accéder au pouvoir.

L'ancienne première ministre affirme être victime de la vengeance de M. Ianoukovitch.

Les élections législatives du 28 octobre sont considérées comme un test pour le pays dont le coeur balance entre l'Union européenne et la Russie. Deux forces politiques jouissent d'un soutien électoral solide en Ukraine : le Parti des régions de M. Ianoukovitch et l'opposition unie, composée de Batkivschina et du « Front pour le changement » de Arseni Iatseniouk, ancien ministre des affaires étrangères (voir « Contexte »).

Une source citée par Ukrainian News a déclaré que la Cour suprême administrative pourrait examiner l'appel introduit dès cette semaine.

Ce site d'information avait précédemment fait savoir que la Cour d'appel administrative de Kiev avait soutenu la décision de la Commission électorale du 8 août de ne pas accepter la candidature de Mme Timochenko et M. Loutsenko. La Commission électorale a argué que sa décision reposait sur une loi empêchant les personnes condamnées pour un crime prémédité d'être nommées ou élues députés au parlement si leur condamnation n'était pas annulée.

Réaction du PPE

Wilfried Martens, le président du Parti populaire européen au Parlement européen, a déploré cette décision. Batkivschina est un parti affilié au groupe politique du PPE de centre-droit.

Conformément à l'article 76 de la Constitution ukrainienne, une condamnation peut justifier le refus qu'une personne soit élue membre du parlement, mais pas l'interdiction qu'elle s'enregistre comme candidate, a précisé M. Martens.

« Encore une fois, le régime ukrainien actuel dirigé par Viktor Ianoukovitch a confirmé son intention de longue date d'éliminer les leaders de l'opposition. […] Inutile de préciser qu'il s'agit d'un nouveau recul pour la démocratie en Ukraine qui aura, bien entendu, des conséquences sur les relations UE-Ukraine », a déclaré le président du PPE dans un communiqué.

Nouvelles condamnations

Dans le même temps, M. Loutsenko et Mme Timochenko pourraient être à nouveau condamnés, a rapporté le Kyiv Post.

Un tribunal de district à Kiev devrait rendre le 17 août prochain son verdict quant aux accusations de négligence qui pèsent sur l'ancien ministre de l'intérieur. Les procureurs affirment que M. Loutsenko a fait preuve de négligence professionnelle lors de l'enquête sur l'empoisonnement de Viktor Iouchtchenko qui a été président de 2005 à 2010.

Mme Timochenko est quant à elle accusée de fraude fiscale et de détournement de fonds. Selon sa fille, elle refuserait de se présenter au procès qui devrait débuter cette semaine.

Mme Timochenko, la principale opposante politique de M. Ianoukovitch, a été condamnée à sept ans de prison en octobre dernier pour abus de pouvoir, une décision qui d'après l'Union européenne relève d'une justice sélective.

Elle tente à présent de faire annuler le verdict par la Cour européenne des droits de l'Homme qui prévoit d'organiser une audition publique à ce sujet le 28 août.

Une seconde condamnation pourrait toutefois maintenir Mme Timochenko derrière les barreaux, même si la Cour européenne statuait en sa faveur.

« Ils [les autorités] veulent obtenir une seconde condamnation avant que la Cour européenne des droits de l'Homme ne rende sa décision », a expliqué Evguenia Timochenko à Reuters depuis les bureaux du parti de sa mère.

Le ministère public pourrait également accuser Mme Timochenko de meurtre pour la mort en 1996 de Yefhen Chtcherban, un membre du parlement qui se trouvait être l'une des personnalités les plus riches d'Ukraine.

 

Le porte-parole de la Commission européenne Peter Stano a déclaré lors d'une conférence de presse :

 

« Comme nous l'avons déjà expliqué la semaine dernière, nous avons pris note de la décision de la Commission électorale centrale de ne pas permettre à M. Loutsenko et Mme Timochenko de participer aux élections législatives de cet automne. Nous suivons bien entendu la situation de près et cette situation ne contribue pas à améliorer les relations entre l'UE et l'Ukraine. »

 

« Comme vous le savez, l'UE, la Commission et les Etats membres expriment certaines inquiétudes concernant l'Ukraine, surtout dans les domaines de l'Etat de droit, du judiciaire et de l'utilisation sélective de la justice. Nous avons fait savoir à nos partenaires ukrainiens que toute amélioration dépendrait de leurs efforts dans ces domaines. Il s'agit aussi évidemment de la tenue des élections législatives et de tout ce qui en découle et la décision prise par la Commission électorale centrale la semaine dernière n'aide pas à avancer », a-t-il ajouté.

 

« C'est malheureusement une conséquence logique des procès qui ont été menés contre ces deux personnes. Nous affirmons être inquiets de la justice sélective qui s'applique dans le pays et du fait que la loi soit utilisée pour poursuivre des opposants politiques, ce qui est inacceptable. Ce n'est pas conforme aux valeurs ou aux principes européens et les autorités européennes doivent aborder ce problème », a-t-il poursuivi.

 

« Notre position est que les autorités ukrainiennes ont réellement besoin de régler, entre autres, les problèmes liés aux élections législatives qui se doivent d'être libres, juste, et en conformité avec les normes internationales. En fonction de la tenue de ces élections et de tout ce qui en découlera et se passera par la suite, nous réévaluerons nos relations et réagirons », a-t-il conclu.

Les élections législatives ukrainiennes auront lieu le 28 octobre et 225 membres du parlement seront élus dans le cadre d'un scrutin de liste et 225 dans les circonscriptions. Le 20 août prochain, les noms de tous les candidats enregistrés seront dévoilés.

Le seuil électoral pour les partis est de 5 %. Deux forces politiques jouissent d'un important soutien électoral en Ukraine : le Parti des régions et l'opposition unie (Batkivschyna de Ioulia Timochenko en coalition avec le Front pour le changement de Arseni Iatseniouk). Les sondages d'opinion accordent 23 % d'intention de vote à ces deux groupes politiques.

Deux autres partis pourraient théoriquement entrer au parlement. Il s'agit du parti Oudar du boxeur Vitaliy Klychko (7 %) et du Parti communiste d'Ukraine (6 %). Le parti de Natalia Korolevska, Ukraine - En avant !, qui se dit libéral, et l'Union panukrainienne Liberté dirigée par Oleh Tyahnybok n'atteindraient pas le seuil des 5 % selon les précédents sondages. Toutefois, depuis que le célèbre footballeur Andriy Chevtchenko a rejoint Ukraine - En avant !, les chances du parti de se faire élire ont augmenté.

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