Comment Von der Leyen tente d’apaiser les tensions avec la Hongrie

Viktor Orban et Laszlo Trocsanyi (à droite) le 26 mai 2019. [EPA-EFE/Szilard Koszticsak]

L’ancien ministre hongrois de la Justice, László Trócsányi, a été choisi par Ursula von der Leyen pour prendre en charge la politique d’élargissement et de voisinage. Une nomination controversée, explique Euractiv Allemagne.

La nomination de László Trócsányi est une tentative d’Ursula von der Leyen pour apaiser les tensions entre l’UE et la Hongrie, selon Péter Balázs, directeur du Centre pour les études sur le voisinage européen de la Central European University (CEU) de Budapest. Il fut précédemment commissaire hongrois à la politique régionale au sein de la Commission Prodi.

« Nous avons tant d’autres problèmes – le Brexit, les guerres commerciales avec les États-Unis. Il semble que la nouvelle Commission souhaite améliorer les relations avec la Hongrie et la Pologne », a-t-il déclaré à Euractiv.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a également soutenu Ursula von der Leyen lors de son élection à la présidence de la Commission, même si selon Péter Balázs, il n’avait pas le choix après s’être opposé à Frans Timmermans.

László Trócsányi, qui a été ministre de la Justice de la Hongrie jusqu’en juin de cette année, est considéré comme le confident de Viktor Orban. Il est à l’origine de la loi qui a criminalisé le travail des ONG soutenant les réfugiés, ainsi que de la loi qui a obligé le CEU à quitter Budapest.

Le portefeuille présente en soi un grand intérêt pour la Hongrie. L’élargissement et la politique de voisinage constituent l’une des priorités du pays, en particulier dans les Balkans et en Serbie.

Budapest souhaite également que la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie rejoignent l’espace Schengen.

Existe-t-il des alternatives à l’article 7?

La Pologne et la Hongrie sont en froid avec Bruxelles. L’UE voudrait faire monter la pression en espérant faire réinstaurer l’état de droit dans ces pays, mais elle manque de moyens, selon Nicole Koenig, interrogée par Euractiv Allemagne.

La chasse aux sorcières et l’état de droit

Toutefois, une amélioration des relations n’a pas l’air de se profiler, comme l’a montré un débat au Conseil de l’UE lundi 16 septembre. La discussion portait sur des accusations de violations des valeurs de l’UE et de l’État de droit que le Parlement européen avait formulées il y a un an à l’encontre de la Hongrie. L’hémicycle a également engagé la procédure de l’article 7 du traité européen.

C’est la première fois dans l’histoire de l’UE que le Parlement demande au Conseil de l’UE de « prendre des mesures à l’encontre d’un État membre pour prévenir une menace systémique aux valeurs fondamentales de l’Union », avait déclaré le Parlement dans un communiqué de presse à cette occasion.

Au cours du débat, la ministre hongroise de la Justice, Judit Varga, a accusé ses homologues de « chasse aux sorcières » en Hongrie, et ajouté que l’affaire contre la Hongrie était « la prochaine étape dans la campagne de vengeance des forces pro-immigration ».

La Hongrie accuse l'UE d'une chasse aux sorcières au sujet des réfugiés

La Hongrie est convaincue que les institutions européennes sont du mauvais côté de l’histoire dans le contexte de la crise migratoire, selon Zoltán Kovács, porte-parole du gouvernement hongrois.

Ce durcissement de ton doit être replacé dans le contexte des prochaines élections locales en Hongrie, le 13 octobre prochain. Reste donc à voir comment évoluera la relation de la Hongrie avec la nouvelle Commission après ces élections.

La procédure de l’article 7 est étroitement liée aux allégations actuellement formulées par les eurodéputés contre le commissaire hongrois désigné, notamment pour son travail en tant que ministre de la Justice.

La vice-présidente du Parlement, Katharina Barley, a par exemple déclaré aux journaux du RedaktionsNetzwerk Deutschland (RND) que « en tant que ministre de la Justice, László Trócsányi a porté atteinte à l’État de droit dans un État membre de l’UE ».

Selon Katharina Barley, le commissaire hongrois « partage la responsabilité de la réforme judiciaire, de la discrimination à l’encontre des minorités et des lois discriminatoires envers les organisations non gouvernementales ».

L’eurodéputée néerlandaise Sophie in’t Veld a quant à elle déclaré au Guardian que la nomination de László Trócsányi était provocante, ajoutant qu’elle s’attendait à ce qu’« il doive affronter de puissants vents contraires au Parlement ».

La priorité : les Balkans

Si László Trócsányi pouvait s’imposer lors de l’audition au Parlement européen, que cela signifierait-il pour la politique d’élargissement de l’UE ?

En réalité, peu de choses, car même si Ursula von der Leyen affirme que l’élargissement dans les Balkans est une priorité de sa Commission, des États membres comme la France ou les Pays-Bas n’accepteraient guère l’adhésion d’un nouveau membre dans un avenir proche.

« Il ne se passera rien de ce côté-là. Peu importe qui devient commissaire à l’élargissement », a déclaré György Schöpflin, eurodéputé hongrois du Fidesz.

Par ailleurs, László Trócsányi n’a pas l’expérience nécessaire pour façonner la politique de la Commission européenne. Il a lui-même a annoncé sur Twitter qu’il se sentait « honoré d’avoir été proposé pour le portefeuille de la politique d’élargissement et de voisinage ».

Invité à commenter les accusations portées par le Parlement européen et les questions sur lesquelles il souhaitait se concentrer en tant que commissaire, il a refusé, déclarant qu’il ne parlerait aux médias qu’après l’audition.

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