Conte s’en prend à Salvini en démissionnant

Giuseppe Conte annonce sa démission [EPA-EFE/RAFFAELE VERDERESE]

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a démissionné le 20 août malgré une tentative de dernière minute de la Ligue de désamorcer la crise en retirant la motion de censure contre le gouvernement.

Le président italien, Sergio Mattarella, a accepté la démission de Giuseppe Conte et organisé un premier cycle de négociations avec les groupes parlementaires les 21 et 22 août pour tenter de sortir de la crise politique.

Plusieurs scénarios sont encore possibles, dont la formation d’une nouvelle coalition sans l’organisation de nouvelles élections, ou l’organisation d’élections anticipées.

« L’expérience de ce gouvernement s’arrête là », a déclaré Giuseppe Conte devant les sénateurs le 20 août, incriminant Matteo Salvini, assis à côté de lui pendant tout son discours, pour la période d’instabilité politique.

Selon Giuseppe Conte, la décision de déclencher une crise était irresponsable, et le moment choisi – au milieu de l’été et juste avant l’élaboration du budget – irréfléchi.

Il en a profité pour énumérer une série de fautes commises par Matteo Salvini ces 14 derniers mois au gouvernement. Il a notamment mis l’accent sur le manque de transparence concernant les fonds russes qu’aurait reçus la Ligue, le détournement de symboles religieux lors des rassemblements du leader de la Ligue et sa tendance à s’accaparer les compétences d’autres ministres.

Après la tirade de Giuseppe Conte, la réponse de Matteo Salvini ne s’est pas fait attendre : « Si c’était à refaire, je referais tout de la même manière, car je suis un homme libre et je n’ai pas peur du jugement des autres. »

Le dirigeant d’extrême droite a insisté sur la nécessité d’organiser des élections au plus vite pour régler la crise politique, tout en laissant la porte ouverte à un retour de la coalition avec le parti anti-système, le Mouvement 5 étoiles.

Plus tard dans l’après-midi, la Ligue a tendu une ultime branche d’olivier au parti de Luigi di Maio en supprimant la motion de censure présentée il y a dix jours, et qui a plongé le gouvernement dans la crise.

Un revirement de situation qui a doublement fâché Giuseppe Conte. « Si la Ligue n’a pas le courage maintenant, moi je l’ai », a-t-il affirmé aux sénateurs. « Je prends mes responsabilités et je me rendrai au palais du Quirinal [pour démissionner] », a-t-il ajouté, officialisant ainsi la chute de l’exécutif.

Prochaines étapes

Le président Sergio Mattarella ne fera aucun commentaire public sur la situation avant d’avoir consulté tous les groupes parlementaires. Selon de nombreux analystes politiques, il souhaiterait trouver une solution à la crise avant la fin de cette semaine, afin d’éviter une longue période d’incertitude.

Dans son discours, Giuseppe Conte a indiqué la voie que devrait suivre le prochain gouvernement. Plusieurs députés et experts soutiennent qu’il a ainsi démontré sa volonté de mener une nouvelle coalition.

Si la résurrection du gouvernement actuel – même sans Salvini – semble peu probable durant ces deux prochains jours de consultations, un accord entre le Parti démocrate (PD) et le Mouvement 5 étoiles (M5S) ne doit pas non plus être pris pour acquis.

Depuis le banc des sénateurs, l’ancien Premier ministre Matteo Renzi a défendu un rapprochement avec le Mouvement 5 étoiles pour voter le budget et éviter ainsi la hausse automatique de la TVA, qui devrait entrer en vigueur en 2020.

Même si Matteo Renzi n’a pas de position de leader au sein du PD, il est toujours perçu comme une figure dominante du parti. Sa main tendue au M5S n’est toutefois pas appréciée par tous les membres du parti.

« Ces derniers mois, Giuseppe Conte était Premier ministre d’un gouvernement duquel faisait partie Salvini. Si tout ce qu’il a dit est vrai, pourquoi a-t-il attendu aujourd’hui pour les dénoncer ? », se demande Nicola Zingaretti, leader du PD, en réponse au discours du Premier ministre.

Les responsables du Parti démocrate se réunissent aujourd’hui, mercredi 21 août, pour décider oui ou non d’entamer les discussions avec le M5S.

Les partis de droite et d’extrême droite comme la Ligue, Frères d’Italie et Forza Italia de Silvio Berlusconi ont exclu la possibilité de former un gouvernement avec la composition actuelle du parlement, préférant s’en remettre au scrutin.

Outre un accord entre le PD et M5S, les options que Sergio Mattarella a sur la table sont l’organisation d’élections en octobre ou novembre ou la formation d’un gouvernement intérimaire capable de voter le budget et d’organiser des élections en 2020.

La crise politique s’envenime en Italie

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, va mettre les choses au point dans le contexte de la crise politique que traverse sa coalition en annonçant sa démission le 20 août. Il ouvre ainsi une nouvelle période d’incertitude politique pour la troisième plus grande économie de la zone euro.

Commissaire italien

La crise politique complique l’agenda européen de l’Italie, puisque le gouvernement sortant n’a toujours pas nommé le commissaire qui rejoindra l’équipe d’Ursula von der Leyen en novembre.

« Le Conseil a demandé aux États membres de proposer des candidats commissaires avant le 26 août », a déclaré un porte-parole de l’exécutif européen, soulignant toutefois que cette date limite n’était pas contraignante.

« Gardez toutefois à l’esprit que le Parlement européen veut organiser les auditions en septembre et octobre », a-t-il ajouté.

Giuseppe Conte sera Premier ministre par intérim jusqu’à ce qu’un nouveau gouvernement soit formé, ce qui signifie qu’il choisira surement le commissaire italien.

Il a lui-même été mentionné comme possible commissaire si l’impasse se poursuit, même s’il semble préférer un rôle dans un futur gouvernement.

Rome réclame une vice-présidence au sein de la nouvelle Commission européenne en échange de son soutien à la nomination d’Ursula von der Leyen à la tête de l’exécutif. Le pays lorgne également le puissant portefeuille de la concurrence.

Reste à savoir si l’accord conclu sera honoré étant donné la crise politique dans laquelle Rome est plongé.

Devant le sénat, Giuseppe Conte a affirmé que l’Italie serait affaiblie dans les négociations pour la composition de la prochaine Commission en raison de la crise provoquée par Matteo Salvini.

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