L’extrême-droite italienne rêve de s’allier à la droite conservatrice

Giorgia Meloni et Matteo Salvini [EPA-EFE/GIUSEPPE LAMI]

Le parti d’extrême droite italien Frères d’Italie a rejoint les Conservateurs et réformistes européens, dans le but de former une large alliance de droite au prochain Parlement européen.

Convaincre le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, d’abandonner sa « grande coalition » avec les socialistes et libéraux pro-UE au Parlement européen, pour former une nouvelle alliance de droite après les élections européennes de mai : l’objectif des Frères d’Italie, un parti d’extrême-droite coincé entre la Lega et le PPE, n’est pas simple.

Frères d’Italie (FdI) a fait son entrée officielle dans la famille européenne conservatrice le 22 février lors du congrès de l’ACRE à Rome, ce qui laisse penser que le parti rejoindra le groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE) du Parlement européen lors de la prochaine législature.

Selon les premières estimations réalisées par le Parlement européen, FdI remporterait quatre sièges. Or le CRE devrait tomber de 75 à 51 sièges à cause du Brexit et des conservateurs britanniques qui quitteront par voie de conséquence le groupe parlementaire.

Le président de l’ACRE et Spitzenkandidat du CRE, Jan Zahradil, a salué l’entrée de FdI dans la famille conservatrice, assurant qu’il s’agissait d’un partenaire idéal et que sa victoire électorale très probable donnerait au CRE la force de changer l’Union et de donner plus de pouvoirs aux États membres.

L’eurodéputé polonais Ryszard Legutko, coprésident du groupe parlementaire, a quant à lui déclaré que FdI avançait vers l’avenir de manière positive, soulignant la nécessité d’un retour au bon sens à Bruxelles et d’une Union européenne qui fait moins, mais mieux.

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Insultes, ingérences, manœuvres. Depuis quelques mois, c’est une idée fixe chez les deux principaux dirigeants italiens. Matteo Salvini et Luigi Di Maio ont fait de la France, et d’Emmanuel Macron en particulier, leur cible préférée. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Alliance de droite

« Nous travaillerons avec tous les groupes conservateurs pour combler le fossé qui sépare les partis de centre droit du PPE et les populistes, et donc reléguer la gauche et Macron aux marges de la politique européenne », a déclaré la cheffe de file de FdI, Giorgia Meloni, dans une interview avec le journal de l’ACRE, The Conservative.

Durant l’événement du vendredi 22 février à Rome, Giorgia Meloni a répété que les conservateurs pouvaient permettre de surpasser le pacte infâme passé entre les chrétiens démocrates et les socialistes grâce à une large alliance regroupant le Parti populaire européen et les populistes.

« Le CRE est en train de grandir et avec Giorgia Meloni nous cherchons à créer une alternative solide et crédible à la majorité qui tient les institutions européennes de manière tout à fait négative ces dernières années », a expliqué Raffaele Fitto, eurodéputé CRE et vice-président des conservateurs, à l’initiative de l’entrée des FdI dans le groupe.

L’Italienne a également ajouté que dans le cas d’une rupture entre le PPE et Viktor Orbán, Premier ministre hongrois, « nous l’accueillerions les bras ouverts, car le CRE est le groupe idéal pour le Fidesz ».

Dans des déclarations précédentes, Giorgia Meloni avait affirmé qu’elle considérait Viktor Orbán comme un modèle pour la droite italienne. Selon elle, « il sert les intérêts de son peuple, défend l’identité chrétienne de l’Europe en s’opposant au processus d’islamisation forcé, et n’a pas peur de se battre contre la spéculation financière. »

La démocratie italienne en déshérence

Aux mains de populistes antisystème et anti-immigration depuis juin, l’Italie a plongé dans un classement annuel des démocraties. La Hongrie, la Croatie et la Hongrie font aussi pâle figure.

FdI et la Ligue

FdI, créé en 2012 à la suite d’une scission de la coalition Peuple de la liberté de Silvio Berlusconi, se range actuellement dans les rangs de l’opposition du parlement italien. Toutefois, lors des élections de mars, les Frères d’Italie se sont battus dans la coalition de centre droit en tant que partenaire junior, aux côtés de la Ligue de Matteo Salvini et de Forza Italia de Silvio Berlusconi.

Malgré ces tensions, la coalition de centre droit italienne est unie tant au niveau local que régional. Une union visible dans les Abruzzes, avec la récente élection du gouverneur de FdI, Marco Marsilio, soutenu tant par la Ligue que par Forza Italia.

Giorgia Meloni a rappelé que FdI avait décidé de ne pas rejoindre la « coalition contre nature » au niveau national entre la Lega et le Mouvement 5 étoiles (M5S), en espérant que Matteo Salvini s’en débarrasserait bientôt.

Salvini se rêve en ambassadeur des Italiens à Bruxelles

Le ministre italien de l’Intérieur, de la Ligue, s’est exprimé face à des milliers de ses électeurs pour fêter ses six mois au pouvoir. Il leur a demandé le mandat de négocier lui-même la réforme de l’UE.

En Sardaigne, une coalition entre Forza Italia et la Ligue a remporté les élections régionales le dimanche 24 février. Un scrutin marqué également par l’effondrement du M5S.

Comme l’a rapporté le Corriere della Sera, l’adhésion de FdI pourrait être une décision stratégique au cas où la Ligue déciderait d’adhérer au CRE. En effet, FdI pourrait théoriquement bloquer la demande d’adhésion de la Ligue car l’unanimité des membres de l’ACRE est nécessaire pour accueillir un nouveau membre.

Pendant ce temps, le groupe CRE garde sa porte ouverte à la Ligue. Le premier contact a été pris par Matteo Salvini lui-même, qui s’est envolé pour Varsovie en janvier pour rencontrer le leader nationaliste polonais Jarosław Kaczyński, l’actuel leader du parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS).

Un «programme» entre la Ligue et le parti polonais PiS pour les européennes

Matteo Salvini a proposé un « programme commun pour l’Europe » au chef du parti Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne, Jaroslaw Kaczynski, en vue des élections européennes.

L’objectif était de tâter le terrain en vue d’une éventuelle alliance eurosceptique après les élections européennes.

Cependant, il n’y a pas eu de suivi dans les semaines qui ont suivi les pourparlers de Varsovie. La décision de la Ligue de rejoindre CRE semble être paralysée ou du moins reportée à après les élections.

 

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