La province germanophone de l’Italie renonce à changer son nom

[EPA-EFE/WIESER]

Le gouvernement de la province autonome italienne du Trentin–Haut-Adige/Sud-Tyrol a dû modifier une loi qui aurait permis le retrait du terme « Alto Adige » (Haut-Adige) affiché sur son bureau au sein de l’exécutif européen à Bruxelles.

Un projet de loi proposé par le gouvernement du Trentin-Haut-Adige/Sud-Tyrol prévoyait de réorganiser le bureau administratif de la province à Bruxelles en remplaçant le terme « Alto Adige » par « province autonome de Bolzano », Bolzano étant son chef-lieu.

Aux yeux du parti indépendantiste, Süd-Tiroler Freiheit, le nom « Alto-Adige » est lourd de significations, car il reflète le passé fasciste et rappelle l’italianisation forcée de l’ancien Land autrichien du Sud Tyrol annexé à l’Italie en 1919 après la Première Guerre mondiale.

Sous le règne de Benito Mussolini, l’usage de la langue de Goethe a été très largement censuré: les inscriptions publiques allemandes ont été corrigées, les journaux allemands étaient censurés et la langue était interdite dans les services publics. Pourtant, à l’époque, environ 90 % des habitants de la province étaient germanophones.

Le changement de nom proposé par le parti indépendantiste a été inclus dans une proposition de loi votée au sein du conseil provincial de Bolzano le 11 octobre et a aussi été soutenu par le parti de centre droit, Südtiroler Volkspartei (SVP), membre du Parti populaire européen (PPE).

Cependant, selon l’article 116 de la Constitution italienne, modifié en 2001, la province autonome de Bolzano se nomme « Alto Adige/Südtirol », autrement dit, les deux noms « Alto Adige » et « Südtirol » vont de pair et ne peuvent être dissociés.

D’après le président de la province, Arno Kompatscher, ce serait une honte si l’Italie déclarait la proposition comme étant anticonstitutionnelle.

Le ministre italien des Affaires régionales, Francesco Boccia, a cependant menacé de saisir la Cour constitutionnelle, poussant ainsi le conseil provincial à modifier la loi.

Arno Kompatscher s’y est finalement résolu, laissant entendre qu’à l’avenir, le gouvernement régional ne pourrait se prononcer sur ce sujet délicat en ayant recours à un vote à la majorité, car la tentative de changement de noms a déchainé les passions à travers l’Italie.

Aux yeux, d’Alessandro Urzì, le conseiller de l’opposition qui a exposé cette affaire au grand public, Les partisans du changement de nom n’ont pas affiché une attitude antifasciste, mais anti-italienne.

L’ancien président du Parlement européen, Antonio Tajani, s’est également exprimé à ce propos : « Ce n’est pas au conseil provincial de Bolzano de décider de l’appellation d’une région italienne », a-t-il souligné auprès de l’agence de presse ANSA.

D’autres ont noté que ce projet de loi était une source supplémentaire de tensions entre le gouvernement régional et l’exécutif central. L’article 4, par exemple, laisse entendre que les médecins qui ne parlent qu’allemand et pas italien pourraient s’inscrire au registre médical de Sud-Tyrol.

Les médecins, les fonctionnaires et les membres de tout autre ordre professionnel qui travaillent dans cette province sont pourtant tenus de parler les deux langues.

À l’heure actuelle, presque deux tiers des habitants de la province sont germanophones et le nombre d’italophones a diminué de 15 % depuis 1970.

Par exemple, l’influent eurodéputé italien Herbert Dorfmann, coordinateur du groupe PPE à la commission de l’agriculture et du développement rural (AGRI), s’exprime exclusivement en allemand au sein de la commission et lors des séances plénières.

Le Trentin-Haut-Adige/Sud-Tyrol s’est associé au Tyrol autrichien et au Trentin italien pour créer en 1998 une eurorégion qui encourage la coopération transfrontalière dans les domaines du tourisme, des infrastructures, des services sociaux et des questions environnementales.

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