La crise politique s’envenime en Italie

de gauche à droite, Luigi Di Maio, Giuseppe Conte et Matteo Salvini. [EPA-EFE/ANTIMIANI]

Le Premier ministre italien, Giuseppe Conte, s’apprête à démissionner le 20 août. Il ouvre une nouvelle période d’incertitude politique pour la troisième plus grande économie de la zone euro.

Giuseppe Conte se présente devant le Sénat mardi 20 août à 15h. Reste encore à savoir s’il démissionnera tout de suite après ou s’il choisira d’attendre le résultat de la motion de censure présentée par la Ligue, son partenaire de coalition d’extrême droite.

Dans son discours, Giuseppe Conte devrait remettre en cause le chef de file de la Ligue, Matteo Salvini. Dans une lettre publiée la semaine dernière, le Premier ministre italien a sévèrement critiqué le leader d’extrême droite, l’accusant de « faire une fixette » sur l’immigration.

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Le gouvernement italien a obtenu lundi la confiance du Sénat sur un décret visant les navires qui portent secours aux migrants en Méditerranée, ce qui constitue une victoire pour Matteo Salvini et la Ligue, son parti d’extrême droite.

Le président italien Sergio Mattarella doit désormais entamer des consultations avec les partis politiques au parlement pour tenter de résoudre la crise politique.

Plusieurs scénarios sont encore possibles, y compris la poursuite du gouvernement actuel, la formation d’une nouvelle coalition sans l’organisation de nouvelles élections, ou l’organisation d’élections anticipées.

Le 18 août, le parti anti-système Mouvement 5 étoiles (M5S ) a fait parvenir une note à la presse disant que Matteo Salvini n’était plus un partenaire crédible. Néanmoins, le quotidien Corriere della Sera rapporte que les hauts responsables du M5S envisagent le retour d’un partenariat avec la Ligue, en demandant l’évincement de Matteo Salvini.

Dans le cas où aucune élection n’est tenue, le scénario le plus probable serait celui d’un accord entre le Parti démocrate (PD) et le M5S pour former un nouveau gouvernement. Cependant, une coalition entre la Ligue, le parti d’extrême droite Frères d’Italie, et le parti de Silvio Berlusconi Forza Italia est aussi une possibilité.

Si Sergio Mattarella n’est pas convaincu par les négociations entre partis politiques, il peut décider de nommer un gouvernement intérimaire pour voter le budget et organiser des élections en 2020. Il peut aussi décider d’organiser des élections en octobre ou novembre.

Crise européenne

La crise politique italienne remonte au 7 août lors du dernier vote de la session parlementaire sur la ligne ferroviaire Lyon-Turin, lors de laquelle le M5S a voté seul une motion contre la poursuite des travaux de la ligne à grande vitesse. La Ligue a quant à elle apporté son soutien aux deux motions de l’opposition favorables au projet.

De fortes tensions au sein de la coalition s’étaient déjà fait ressentir après les élections européennes quand l’équilibre des pouvoirs entre les deux partis avait penché en faveur de la Ligue. Le parti d’extrême droite de Salvini a doublé son score par rapport au 17,35 % de l’année précédente pour remporter 33,6 % des voix, alors que le Mouvement 5 étoiles s’est effondré, de 32,68 % à 16,70 %.

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Élections rapides en vue d’un gouvernement potentiellement 100 % d’extrême droite ou équipe technique ? Décidé brutalement par Matteo Salvini, l’éclatement de la coalition populiste au pouvoir depuis 14 mois plonge l’Italie dans l’incertitude.

La rupture de la coalition s’est transformée en véritable guerre ouverte quand la Ligue a pris la décision de dernière minute de ne pas soutenir la nomination d’Ursula von der Leyen en tant que future présidente de la Commission européenne « car elle ne pouvait plus garantir que le commissaire italien serait issu de la Ligue. »

Tandis que le Mouvement 5 étoiles, le Parti démocrate d’opposition et Forza Italia ont tous soutenu l’Allemande, Matteo Salvini a ouvertement accusé le M5S de trahir l’intérêt national en soutenant la nomination d’Ursula von der Leyen.

Le PD entre dans l’arène

Matteo Salvini a donc fait éclater la coalition suite au vote sur la ligne Lyon-Turin, affirmant qu’il n’y avait plus de majorité et appelant à des élections anticipées.

Le M5S a rétorqué en dénonçant la stratégie de la Ligue de capitaliser sur des sondages d’opinion favorables. « Il renverse le gouvernement, car il place les sondages d’opinion au-dessus des intérêts du pays », a déclaré Luigi Di Maio.

La crise n’a toutefois pas évolué comme l’avait espéré Matteo Salvini. En effet, plutôt que de passer par des élections, le Mouvement 5 étoiles envisage de former une nouvelle coalition avec le Parti démocrate de centre gauche.

Alarmé par cette idée, Matteo Salvini a retourné sa chemise en affirmant que s’il n’y avait pas d’élections, le M5S et la Ligue devraient retourner au travail ensemble.

Qui plus est, un accord avec le PD reste problématique pour le Mouvement 5 étoiles, qui considère encore le parti de centre gauche, et surtout l’ancien Premier ministre Matteo Renzi, comme leur ennemi juré.

Même si les pères fondateurs du PD et du M5S, Romano Prodi et Beppe Grillo, se sont publiquement prononcés en faveur d’un accord, les deux partis ont des visions divergentes sur des sujets comme l’environnement et les droits sociaux.

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