Jacques Chirac et l’Europe : du « mollusque » à « la grande aventure »

epa07870331 (FILE) - French President Jacques Chirac arrive for the first lunch meeting at the EU Council headquarters in Brussels, Belgium, 16 December 2004 (reissued 26 September 2019). According to reports, former French President Jaques Chirac has died aged 86 on 26 September 2019. EPA-EFE/OLIVIER HOSLET

Au cours de sa carrière politique, Jacques Chirac, décédé jeudi 26 septembre, a revu du tout au tout ses positions sur l’Europe. Après avoir dénoncé en 1979 une « Europe mollusque », il devient au fil des ans un Européen de raison, puis de cœur. Un article de notre partenaire Ouest-France

En tout juste vingt ans, Jacques Chirac, décédé ce jeudi 26 septembre, aura effectué un virage à 180° – voire plus – sur l’Europe. Le 6 décembre 1978, le jeune ex-Premier ministre de Giscard d’Estaing, jambe dans le plâtre, poing sur la table et menton saillant, lance son appel de Cochin contre « l’Europe supranationale ». Il admoneste l’UDF (centre-droit) du président de la République, qualifié de « parti de l’étranger » et de l’« abaissement de la France ».

« Europe mollusque »

Ce n’est qu’un petit tour de chauffe, comparé aux diatribes qui vont suivre. En 1979, le chef du RPR conduit la liste néogaulliste aux élections européennes. Il incendie littéralement les salles de meeting à coup d’anaphores : « Cette Europe de l’impuissance, cette Europe ouverte comme une passoire à toutes les crises. Cette Europe non européenne, mai dominée par les intérêts germano-américains. Cette Europe du chômage. Cette Europe mollusque, sans corps et sans dessin véritable. Cette Europe où les sociétés multinationales dictent leur loi aux États. Cette Europe où la France serait engluée comme dans un marécage. Je le dis avec calme (sic) et détermination, cette Europe-là, nous ne l’acceptons pas ! »

Les Français, eux l’acceptent : Chirac est humilié, sa liste néogaulliste quatrième seulement (16,3 %), distancée de plus de 11 points par l’UDF emmenée par Simone Veil, et devancée par les socialistes de François Mitterrand et même les communistes de Georges Marchais… Dès lors, Chirac baisse d’un ton, avant de rompre avec le logiciel souverainiste.

En 1992, premier revirement : contre l’opinion dominante au RPR, le chef de la droite appelle à voter « oui » au référendum sur le traité de Maastricht, qui crée l’Union européenne et lance la monnaie unique.

« Grande aventure »

En 1999, Chirac parachève le tournant. Oui, c’est bien le même homme, devenu dans l’intervalle président de la République, qui suggère l’idée d’une Constitution de l’Union européenne pour parachever la « grande aventure » et assurer aux Français « plus de stabilité dans un monde incertain ».

Chirac ne variera plus : avec les Chanceliers allemands successifs, le conservateur Helmut Kohl, puis le social-démocrate Gerhard Schröder il mesure le poids que donne, quand il carbure bien, le moteur franco-allemand de l’Union.

Le chef de l’État semble désormais un proeuropéen serein et apaisé : il se fait l’avocat de l’élargissement à dix pays de l’Est (en 2004), et plaide pour l’intégration de la Turquie, prenant encore une fois la droite à rebrousse-poil.

Le rejet du traité constitutionnel, un camouflet

En 2005, il s’investit personnellement dans la campagne pour le « oui » au référendum sur le traité constitutionnel : « On ne peut pas dire je suis Européen et je vote « non » à la Constitution ? Je vous le dis très franchement, ça, ça n’est pas possible ! » clame-t-il à la télévision.

Le résultat – 55 % de « non » – est un camouflet. Le lointain successeur du général de Gaulle ne démissionnera pas : en même temps qu’il était devenu un Européen de raison, puis de cœur, Chirac avait bel et bien remisé le gaullisme.

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