L’eurodéputée Julia Reda quitte la politique pour protester contre le harcèlement sexuel

Julia Reda [European Parliament]

La semaine dernière, l’eurodéputée du Parti pirate Julia Reda a décidé de quitter la politique. Elle proteste ainsi contre l’impunité vis-à-vis du harcèlement sexuel. Une information d’Euractiv Allemagne.

Julia Reda est l’eurodéputée star du Parti pirate allemand, qui s’est notamment illustrée dans l’opposition à la réforme du droit d’auteur. Elle vient de décider de quitter la politique, après un cafouillage monumental impliquant un de ses collaborateurs, accusé de harcèlement sexuel.

Son départ prive le Parti pirate de sa figure de proue, juste avant les élections européennes et alors que le droit d’auteur est au cœur du débat public. Mais l’Allemande estime que son parti n’a pas rempli son rôle.

Julia Reda juge la Commission trop frileuse sur le droit d'auteur

Pour l’eurodéputée du Parti pirate, les propositions de loi sur le droit d’auteur et le géoblocage de la Commission européenne  ne vont pas assez loin. Elle a répondu aux questions d’EURACTIV Allemagne.

La controverse concerne Gilles Bordelais, un de ses assistants  accrédité au Parlement européen. Au moment de l’établissement de la liste du Parti pirate, le franco-allemand a été choisi pour être numéro deux.

Quelques jours plus tard, Julia Reda est informée de plaintes pour harcèlement sexuel à l’encontre de son assistant. Elle lance une procédure pour ouvrir une enquête, auprès du comité de lutte contre le harcèlement du Parlement européen, instauré dans la foulée du mouvement #Meetoo et présidé par l’eurodéputée française Élisabeth Morin-Chartier. Dès juillet 2018, elle demande le retrait du nom de son assistant parlementaire des listes des candidats du Parti pirate.

De son côté, le principal intéressé aurait promis plusieurs fois de se retirer de lui-même de la liste si cette commission concluait qu’il était coupable de harcèlement. « Il me l’a écrit, ça a été affiché sur notre site », assure Julia Reda.

Pourtant, après le verdict du comité, qui le reconnait coupable de harcèlement, il finalise pourtant son inscription sur les listes et est autorisé à concourir. « Là, le parti aurait pu par exemple organiser une nouvelle conférence et voter de nouveau sur les candidatures. »

« Le comité exécutif du parti n’a pas permis une discussion sur les candidatures soumises en novembre 2018. Le comité n’a pas non plus communiqué les accusations à l’encontre du candidat et les conclusions du comité sur le harcèlement du Parlement européen à la commission électorale allemande », regrette-t-elle. « Aujourd’hui, Gilles Bordelais est deuxième sur la liste, et nous ne pouvons plus rien y faire. Si le parti récolte plus de 1,6 % de voix, il siégera au Parlement. »

Harcèlement au Parlement européen

En août 2018, le blog MeTooEP a été créé, afin de récolter les témoignages des victimes de sexisme, harcèlement et abus sexuels du Parlement européen. Le but des créateurs de cet outil, notamment des assistants parlementaires, est de « briser la culture du silence de notre environnement de travail, d’aider les victimes, de les encourager à se faire entendre et à partager leurs histoires ». À terme, l’idée est de faciliter la mise en place de règles fermes à ce sujet.

Julia Reda trouve aussi que le Parlement n’est pas du tout à la hauteur. « Cela s’explique en partie par le fait que le président du Parlement européen, Antonio Tajani, n’est pas conscient du problème et que les propositions adoptées par le Parlement européen sont toujours ajournées et entravées. C’est notamment le cas pour les demandes d’enquêtes d’organismes externes pour les plaintes de harcèlement, ou de l’appel en faveur d’une formation obligatoire pour les eurodéputés. »

Elle dénonce le président du Parlement, Antonio Tajani : « un macho arrivé à son poste grâce aux clubs masculins», alors qu’une candidate plus qualifiée, l’Irlandaise Mairead McGuinness, s’était présentée. « Je n’ai rencontré personne qui trouve qu’Antonio Tajani est compétent. Il se fait toujours remarquer pour sa rhétorique très à droite et ses liens avec des groupes homophobes. » Il n’est donc pas surprenant que les dossiers sur la question n’avancent pas.

Pour elle, la position de pouvoir qu’occupent les députés favorise les abus, et les assistants et autres collaborateurs ne sont pas assez protégés. « C’est pourquoi j’ai tellement de mal à imaginer que Gilles Bordelais puisse même être élu », confie-t-elle. En tant qu’eurodéputé, il sera à peine sanctionné et toute discussion de son comportement a été empêchée, tout comme sa demande d’exclusion a été retardée pendant des mois, jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

« S’il écrivait de mauvais discours ou arrivait en retard au travail, ça aurait été un motif suffisant pour son licenciement. Par contre pour les comportements inappropriés envers les femmes ce n’est pas le cas. C’est incroyable », déclare-t-elle.

Un blog #MeToo libère la parole au Parlement européen

Commentaires déplacés, attouchements, agressions sexuelles… Un nouveau blog recueille des témoignages de harcèlement sexuel, au Parlement européen. Un Comité de lutte a aussi mis en place de nouvelles mesures, explique notre partenaire, Ouest-France.

 

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