Le Kosovo attend d’être reconnu par la Serbie pour lever les droits de douane

Ramush Haradinaj (BETAPHOTO/ARMENIJA ZAJMI BESEVIC/DS) [Photo: BETAPHOTO/ARMENIJA ZAJMI BESEVIC/DS]

Le Premier ministre du Kosovo refuse de supprimer les droits de douane sur les exportations bosniennes et serbes, malgré les pressions. Il attend la reconnaissance de son pays. Un article d’Euractiv Serbie.

Ramush Haradinaj, Premier ministre kosovar, campe sur ses positions. Les sollicitations d’une série de représentants européens et internationaux, dont le dernier en date est l’ambassadeur américain Philip S. Kosnett, ont été vaines. Il ne veut pas supprimer les taxes qui pèsent sur les produits importés de Serbie et de Bosnie-Herzégovine.

Pourtant, les observateurs attendaient beaucoup de la rencontre du Premier ministre avec l’ambassadeur américain. Les droits de douane perturbent en effet les relations du pays avec les États-Unis.

Le président, Hashim Thaçi, fait partie de ceux qui tentent de convaincre Ramush Haradinaj de lâcher du lest. Il a notamment insisté sur l’importance de l’allié américain.

Les Serbes plus attachés à l’UE qu’au Kosovo

La candidature de la Serbie à l’Union européenne apparaît plus importante que la question de l’indépendance du Kosovo pour une majorité de citoyen du pays, selon un sondage.

Aucun communiqué n’a été publié après la rencontre, qui a eu lieu le 22 janvier. Le jour même, lors d’une réunion de son cabinet, le Premier ministre a indiqué que les taxes de 100 % imposées aux produits serbes et bosniens resteraient en place « jusqu’à la reconnaissance mutuelle du Kosovo et de la Serbie ».

Soulignant sa bonne volonté vis-à-vis des appels européens et américains, Ramush Haradinaj a regretté que la décision de lever les droits de douane « ne peut être prise » en ce moment. « Nous nous efforçons d’annuler cette taxe, comme le suggèrent nos alliés américains, mais nous lions cette décision avec l’obtention d’un accord complet sur la reconnaissance mutuelle avec la Serbie. »

La taxe a été mise en place en novembre 2018 et son taux est rapidement passé de 10 à 100 %. Cette mesure étant contraire à l’Accord de libre-échange centre-européen (CEFTA) et à l’esprit de l’Accord de stabilisation et d’association (SAA) avec l’UE, la communauté internationale avait pensé pouvoir la faire abolir rapidement.

Priština a bien choisi son moyen de pression : depuis l’application de la décision, l’économie serbe perd environ 40 millions d’euros par mois. Selon les analystes du magazine Macroeconomic Analyses and Trends, si les droits de douane ne sont pas supprimés, le PIB serbe perdra entre 0,5 et 0,7 % en 2019.

Belgrade refuse catégoriquement de reconnaitre le Kosovo, devenu indépendant en 2008. Si elle veut faire avancer ses négociations d’adhésion à l’UE, la Serbie devra cependant trouver un moyen d’établir des relations normalisées. 23 États membres de l’UE ont reconnu le Kosovo.

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Le dialogue, facilité par l’UE et sa Haute représentante, Federica Mogherini, est au point mort depuis mi-2018, le Kosovo n’ayant pas mis en place la « communauté des municipalités serbes » prévue par un accord signé en 2013.

La transformation de la « force de sécurité » kosovare en une armée n’a pas arrangé les choses. Belgrade refuse de reprendre les discussions tant que le Kosovo n’aura pas fait marche arrière.

La position de l’UE sur les droits de douane est « claire » : il faut supprimer la taxe et éviter toute décision ou déclaration incompatible avec les intérêts stratégiques et généraux de la région, a indiqué Maja Kocijančič, porte-parole de la Commission européenne, à Beta.

Fin décembre, Donald Trump a appelé les présidents serbe et kosovar, Aleksandar Vučić et Hashim Thaçi, à trouver un accord pour la normalisation des relations le plus rapidement possible, puis de venir fêter l’occasion à la Maison-Blanche. L’UE a salué ce signe d’encouragement au dialogue.

Au Forum économique de Davos, Aleksandar Vu a commenté les dernières déclarations du Premier ministre kosovar, qu’il qualifie de « mauvaise nouvelle et de mauvais signe pour toute la région ». Hashim Thaçi est également à Davos. Des représentants de l’opposition des deux pays estiment que même si aucune réunion n’est prévue, ils devraient se rencontrer et négocier en secret.

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