D’après Nikos Kotzias, le gouvernement grec utilise des « méthodes tyranniques » pour faire taire l’opposition

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis. [EPA-EFE/COSTAS BALTAS]

Le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis recourt de plus en plus à des méthodes « tyranniques » , notamment en prenant le contrôle des médias pour surveiller l’opposition, a fait savoir l’ancien ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias dans un entretien avec Euractiv, mettant en exergue le système oligarque qui entrave tout progrès dans le pays.

« Le gouvernement Mitsotakis utilise des méthodes tyranniques, comme le décrit Aristote : ce n’est pas une dictature, mais des méthodes et des mesures de préventions adoptées par une majorité, notamment la prise de contrôle de la presse ou l’utilisation de la pandémie afin de mettre sur pied des mesures répressives, et ce pour que la minorité ne renverse pas la majorité », a déclaré l’ancien chef de la diplomatie au sein du cabinet de gauche d’Alexis Tsipras.

M. Kotzias a toutefois clarifié que la tactique du parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, ne pouvait pas être comparée à celle du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, car celui-ci « bénéficie du soutien de deux tiers du parlement et de la majorité du peuple », ce qui n’est pas le cas du gouvernement grec actuel.

« Le gouvernement grec bénéficie de la majorité au sein du parlement grâce à la loi électorale », a soutenu l’homme politique, évoquant la législation grecque en vertu de laquelle 50 sièges parlementaires supplémentaires sont mis à disposition du parti victorieux à l’issue du scrutin.

La liberté de la presse fait l’objet de discussions depuis longtemps en Grèce.

En 2020, l’Indice mondial de la liberté de la presse (World Press Freedom Index) classait la Grèce en 65e place sur 185 pays, renvoyée en zone « jaune » avec l’ensemble des Balkans et des pays de l’Europe de l’Est.

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La liberté de la presse en Grèce a d’ailleurs également attiré l’attention de Bruxelles. En décembre de cette année, la Commission européenne aux valeurs et à la transparence Věra Jourová a indiqué que « certains États membres » allouaient des fonds publics exclusivement aux médias acceptant de nourrir la propagande gouvernementale, parmi lesquels : la Pologne, la Hongrie et la Grèce.

M. Kotzias a révélé que le gouvernement grec actuel adoptait 10 à 30 nouveaux textes législatifs chaque mois, dans le but premier de créer une cadre peu favorable aux mouvements sociaux s’opposant à leurs stratégies politiques.

Se remémorant la période 2010-2015, lors de laquelle plusieurs mouvements sociaux ont vu le jour sur fond de lutte contre les politiques d’austérité en place, il a maintenu que le gouvernement actuel souhaitait « éviter » une telle situation. Reste à voir.

« Je crains que nous y arrivions, mais avec des mouvements spontanés hors de contrôle, sans plan ni vision. Ils n’exprimeront que la colère », a averti le politique, proposant la création d’un front progressiste.

Déclin social et besoin d’un front progressiste

Nikos Kotzias, l’architecte derrière le nouveau nom de la Macédoine en 2018, s’est retiré de son poste en tant que ministre grec des Affaires étrangères la même année, en raison de dissensions avec le partenaire de coalition gouvernementale à l’époque, le parti centre droit des Grecs indépendants. Il s’est alors tourné vers « Pratto », un parti progressiste de centre gauche.

L’homme politique a récemment envoyé 10 missives, intitulées Salvation and Renaissance Front (Front du salut et de la renaissance), aux chefs des mouvements grecs progressistes dans le but d’amorcer des discussions exploratoires.

D’après l’ancien ministre, la Grèce est sur une trajectoire descendante dans tous les domaines, de l’économie et la démographie à la production industrielle ainsi qu’agricole, en passant par le bien-être de la société. Elle a donc besoin d’un plan de « salut » et d’une stratégie de « renaissance », afin de progresser et de « se retrouver aux premières loges de la quatrième révolution industrielle comme l’a fait l’Estonie ».

Système fermé et oligarchie

Toujours selon M. Kotzias, le principal problème de la Grèce réside dans le fait qu’un système fermé a prévalu pendant des décennies, sans créer d’atmosphère productive.

« Tout ce système doit s’ouvrir. Je ne parle pas de révolutions socialistes, mais d’ouvrir les portes de ce système aux jeunes, aux nouveaux talents », a-t-il conclu.

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