Sebastian Kurz promet de protéger Schengen

Sebastian Kurz, lors de son discours inaugural devant le Parlement européen. [European Parliament]

Le Premier ministre autrichien a fait de la protection des frontières extérieures une priorité de sa présidence de l’UE. Mais la crise politique en Allemagne pourrait mener à une résurrection des frontières intérieures du bloc.

Renforcer la sécurité aux frontières extérieures, lutter contre l’immigration illégale, œuvrer à une Europe plus compétitive et améliorer la coopération avec les pays voisins sont les priorités de la présidence autrichienne de l’UE, a déclaré Sebastian Kurz le 3 juillet.

« Cette dernière année, nous avons réalisé que les responsables politiques ne pouvaient pas prendre l’Europe pour acquise, mais que nous devions travailler dur pour préserver ce projet pour la paix et la stabilité en Europe », a-t-il déclaré en séance plénière au Parlement européen.

La priorité numéro un de la présidence autrichienne sera de lutter contre l’immigration illégale. « Nous devons nous concentrer sur la protection de nos frontières extérieures, qui est le prérequis d’une Europe sans frontières », a déclaré le chancelier en référence à l’espace Schengen.

Son discours inaugural survient quelques jours seulement après l’accord conclu par les partis conservateurs au pouvoir en Allemagne pour établir des centres à la frontière entre la Bavière et l’Autriche.

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L’accord passé entre la chancelière allemande, Angela Merkel, du CDU, et son partenaire de coalition bavarois du CSU prévoit de renvoyer les demandeurs d’asile enregistrés dans d’autres pays, ou, s’il n’y a pas d’accords signés avec ces pays membres, renvoyer ces personnes à la frontière germano-autrichienne.

Puisqu’aucun accord n’a été trouvé entre l’Autriche et l’Allemagne, Sebastian Kurz a prévenu que « si l’Allemagne introduit des frontières internes, l’Autriche devra réagir. »

De fait, la mise en place de contrôles frontaliers entre l’Allemagne et l’Autriche provoquerait une réaction similaire de Vienne à ses frontières avec la Slovénie et l’Italie, point d’entrée de la plupart des réfugiés.

Légalité

Les hauts responsables de l’UE se sont toutefois montrés prudents à l’heure de commenter l’accord entre la CDU et la CSU, puisqu’il a permis de maintenir la coalition gouvernementale intacte à Berlin.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré à Strasbourg que la proposition de la coalition allemande semblait « à première vue conforme au droit européen, mais nous allons devoir l’examiner en détail ».

Dans un contexte de tension croissante entre les partenaires de coalition en Allemagne, entre la Bavière et l’Autriche, et l’Allemagne et l’Italie, Sebastian Kurz a déclaré que la « principale mission » de ce semestre serait de « construire des ponts » et de calmer les tensions.

Pour cela, il compte se concentrer sur le renforcement des frontières extérieures, une inquiétude partagée par tous les pays touchés par le défi de la migration.

« Vous avez notre soutien total pour ce qui est de la protection des frontières extérieures », a déclaré le chef de file du Parti populaire européen, Manfred Weber, poids lourd de la CSU.

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Pas de crise migratoire

Sebastian Kurz a déclaré que l’immigration était devenue une préoccupation première pour les Européens, mais de nombreux eurodéputés se sont opposés à cette affirmation.

« Je ne crois pas que nous soyons en train de vivre une vraie crise migratoire en Europe, c’est plutôt une crise politique sur le dos des migrants. Regardez les chiffres avant de répandre la peur dans les populations et l’opinion publique », a réagi Guy Verhofstadt en séance plénière.

Les eurodéputés ne partagent pas non plus le lien fait entre migration et sécurité, « comme si tous les demandeurs d’asile étaient de possibles criminels ou des terroristes », a dénoncé Phillip Lamberts (Verts/ALE).

Jean-Claude Juncker a quant à lui déclaré que « si les mesures proposées avaient été prises en compte à l’époque, nous nous serions épargnés de nombreux problèmes ».

En ce qui concerne la dimension interne de la migration, le président de la Commission a souligné que l’art de négociation de l’Autriche serait nécessaire pour réformer le système européen d’asile.

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Les colégislateurs s’opposent toujours sur deux des sept lois qui constituent le paquet sur l’asile, dont la réforme du système de Dublin pour redistribuer les réfugiés arrivant en Europe.

Ce système stipule que les États membres où les demandeurs d’asile déposent leur dossier en sont responsables. Des règles qui ont mené à une concentration disproportionnée des réfugiés dans les pays méditerranéens, comme la Grèce ou l’Italie.

Compétitivité

La deuxième priorité de la présidence autrichienne est d’assurer la prospérité et de renforcer la compétitivité en Europe, en particulier sur le marché numérique.

Le chancelier autrichien a défendu la nécessité de créer les conditions pour une « Europe de la haute technologie » et, plus important encore, d’harmoniser les taxes sur les géants du numérique, afin de garantir « l’égalité des chances et une concurrence équitable pour les entreprises européennes ».

Sebastian Kurz, qui a été ministre des Affaires étrangères pendant quatre ans, a accordé une grande importance à la dimension internationale des politiques de l’UE. « En tant qu’Union européenne, nous devons également être actifs dans les régions voisines, car l’Europe ne s’arrête pas à nos frontières extérieures », a-t-il déclaré.

Balkans occidentaux

La présidence autrichienne se concentrera en particulier sur le partenariat oriental, l’amélioration du dialogue avec la Russie et l’intensification de la coopération avec l’Afrique, mais surtout sur le processus d’adhésion des pays des Balkans occidentaux.

« Le projet européen ne sera achevé que lorsque les Balkans occidentaux appartiendront à notre communauté de nations », a souligné Sebastian Kurz. « Ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’un regard honnête pour ces pays », a-t-il insisté.

Le Brexit et le début des négociations pour le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) seront des priorités non choisies sur lesquelles la présidence s’est également engagée à travailler.

En ce qui concerne le CFP, Jean-Claude Juncker a montré qu’il avait confiance en la présidence pour garantir un accord avant les élections européennes de l’année prochaine.

« Si la présidence autrichienne ne fait pas ce que nous attendons d’elle, à savoir travailler rapidement sur ces questions, nous nous retrouverons dans une situation similaire à celle de la dernière fois », quand le budget à long terme de l’UE n’avait pas été prêt à temps, a averti le président.

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Ils avaient promis de faire bouger les réformes de la zone euro en juin, pourtant les dirigeants de l’UE ont reporté jusqu’en décembre un accord à ce sujet.

Dans un discours de 25 minutes, et malgré les récents événements, le chancelier n’a pas mentionné la réforme en cours de la zone euro, ce qui a déplu aux eurodéputés.

Pour certains, le gouvernement du Kurz représente l’arrivée de l’extrême droite à la présidence de l’UE. « Je n’ai jamais eu peur de l’extrême droite », a commenté Phillip Lamberts, « mais quand les idées de l’extrême droite contaminent les partis qui étaient au cœur de la démocratie européenne, nous sommes tous en danger. »

Jean-Claude Juncker a quant à lui mis un point d’honneur à rappeler que les valeurs européennes étaient au cœur du programme autrichien. « Je connais Sebastian Kurz depuis de nombreuses années et je sais qu’il est animé par les convictions européennes. Il en va de même pour le gouvernement fédéral autrichien », a-t-il souligné.

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