L’incursion en Crimée met en danger les minorités russophones en Europe

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Une escalade du conflit en Ukraine pourrait menacer la sécurité des pays baltes où vivent de grandes minorités russes, a prévenu le président du Comité économique et social européen (CESE).

La sécurité des populations russophones en Europe – notamment dans les Etats Baltes – soulève de nombreuses inquiétudes alors que la situation en Crimée reste en suspens.

 L'ancienne chanteuse et militante de la place Euromaidan, Rouslana Lijitchko, a expliqué devant la presse qu'il fallait mettre en garde les Européens contre la « propagande antieuropéenne organisée par le Kremlin » et les risques pour la sécurité des habitants des pays baltes.

« L'Europe doit dorénavant comprendre qu'elles [les minorités russophones] sont également en danger », a-t-elle déclaré à EURACTIV en réponse au discours de Vladimir Poutine. Ce dernier avait également manifesté son inquiétude quant aux minorités russophones vivant dans les États membres de l'UE, comme les pays baltes. 

« Je suis certain que si le Kremlin décide de mettre en œuvre ses plans en Ukraine, les pays baltes sont les prochains et ils le savent. Nous avons rencontré des diplomates baltes au sein de l'OSCE [Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe] et ils ont confirmé ces inquiétudes », a déclaré la militante.

Le président du CESE a soutenu le discours de Rouslana Lijitchko en déclarant que « la paix et la sécurité en Europe sont en danger » après l’intervention de Moscou dans la région russophone de la Crimée. Une décision qui a fait suite au vote controversé du Parlement ukrainien en abolissant le russe comme langue officielle.

« La Crimée n'est pas le Kosovo »

Les deux orateurs ont qualifié la situation relative à la minorité russe de « conflit artificiel » et de « prétexte » qui a permis à Vladimir Poutine d’envahir le territoire.

Aucun d'eux n'était toutefois convaincu que la minorité russophone en Crimée était confrontée à une menace dangereuse. Rouslana Lijitchko a rappelé que les activistes russophones dans de nombreuses villes comme Kharkiv, Odessa et Donetsk « manifestent contre l'intervention de Vladimir Poutine et pour une Ukraine unie ».

« Les gens comparent la Crimée avec le cas du Kosovo, même si l'intervention d’alors des [alliés occidentaux] peut être contestée. La situation était complètement différente. Il s'agissait d'une guerre civile et l'armée serbe a perpétré des massacres. Or, aucun massacre de la population russophone n'a eu lieu en Crimée », a ajouté le dirigeant du CESE.

« La Russie utilise exactement les mêmes arguments que les Allemands en 1938 quand ils ont envahi la Tchécoslovaquie : ils voulaient protéger les minorités germanophones des soi-disant agressions que [les Tchécoslovaques] ont provoqués. […] La sécurité de l'ensemble de l'UE est mise en danger », a indiqué Henri Malosse. Il a même qualifié l'intervention russe d'« Anschluss », terme allemand désignant l'annexion de l'Autriche par les nazis en 1938.

La mauvaise gestion de l’UE

Les militants ukrainiens pro-européens estiment qu'il faut contrer la campagne de désinformation du Kremlin. Ils proposent l'envoi d'experts et de missions d'observation sur le terrain de toutes les organisations internationales pertinentes, que ce soit l'OSCE, le Conseil de l'Europe ou l'ONU. Rouslana Lijitchko souhaite également dépêcher des journalistes sur place.

« En tant qu'Ukrainiens, nous ne disposons pas des ressources en vue de lutter contre la propagande du Kremlin, c'est la raison pour laquelle nous comptons sur les journalistes européens pour rétablir la vérité », a-t-elle indiqué.

L'UE n'a cependant pas échappée à la critique. Henri Malosse a déclaré qu'« il est extrêmement critique quant à la manière dont la Commission européenne a mené le Partenariat oriental. Nous avons donné des prétextes à Poutine qui ont désespéré les forces prodémocratiques en Russie. »

Même s'il a insisté sur le fait que l'Europe dans son ensemble était responsable de la mauvaise gestion des relations entre l'UE et l'Ukraine, il a indiqué que les initiateurs du Partenariat oriental portent une part de responsabilité », le qualifiant de « désastre ».

Henri Malosse a également critiqué le fait que l'UE ne laisse pas la porte ouverte à l'adhésion de Kiev à l'Union. Il a reproché aussi aux autorités européennes de donner l'impression que les Ukrainiens devaient choisir entre deux camps.

« En donnant l'impression de viser un rapprochement de l'UE en excluant l'union douanière avec la Russie, on a donné un prétexte à la Russie qu’elle a su instrumentaliser. On a eu tort et on a fait preuve de beaucoup de maladresse », a-t-il ajouté.

Henri Malosse et Rouslana Lijitchko ont demandé à la communauté internationale de garantir le respect du protocole de Budapest de 1994. Cet accord prévoit l'intégrité territoriale en échange de l'abandon de l'arsenal nucléaire.

Rouslana Lijitchko s'est adressée en particulier au Royaume-Uni et à l'Allemagne. Selon les militants démocrates, le Royaume-Uni, en tant que signataire du protocole, doit s'assurer que les autres partenaires respectent ces engagements.

En ce qui concerne l'Allemagne, les Ukrainiens portent de « grands espoirs » dans la chancelière allemande, a-t-elle ajouté. Ils l'ont d'ailleurs qualifiée d'« ange gardien de l'Ukraine ».

« Elle joue vraiment le rôle de conciliateur, elle fait tout son possible pour empêcher que la Russie ait recours à la violence, et nous avons une haute estime d'elle », a-t-elle poursuivi.

Selon elle, l'UE, en tant que communauté, devrait envoyer un message fort et envisager des sanctions à l'encontre des autorités russes.

Carl Bildt, ministre suédois des Affaires étrangères, a indiqué : L'intégrité territoriale est un « principe fondamental dans le domaine de la sécurité européenne ». « Personne n'a le droit d'envahir d'autres pays sous couvert de protéger ses propres citoyens. À plusieurs reprises dans l'histoire de l'Europe, des régimes impitoyables ont mis en place cette théorie [...]. C'est la raison pour laquelle un principe fondamental de paix et de sécurité réfute [la violation de l'intégrité territoriale] depuis la guerre froide. Nous en avons constaté les funestes conséquences lors des guerres dans les Balkans. »

Le 2 mars 2014, sans effusion de sang, les forces russes se sont emparées de la Crimée, une péninsule isolée de la mer Noire où Moscou dispose d’une base navale. En réponse, l’Ukraine a mobilisé ses troupes dans l’éventualité d’une guerre.

Alors que les pays occidentaux envisagent les méthodes à employer en vue de répondre à la crise, les États-Unis se concentrent sur des sanctions d'ordre économique, diplomatique et politique. Washington a fait savoir qu’elle n’avait pas l’attention d’avoir recours à la force militaire.

Le groupe des sept pays les plus industrialisés a condamné l'intervention de la Russie sur le territoire ukrainien. Il a suspendu les préparations pour le sommet du G8, dont la Russie fait partie, prévu en juin à Sotchi.

Entre-temps, les ministres des Finances du G7 ont déclaré qu'ils étaient prêts à fournir « un fort soutien financier » à l'Ukraine si le nouveau gouvernement accepte de mener des réformes économiques exigées par le Fonds monétaire international.

  • 6 mars: Réunion extraordinaire des chefs d'État ou de gouvernement de l'UE sur l'Ukraine

  • 25 mai :  élections présidentielles en Ukraine

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