L’UE à la traine en matière d’égalité des genres

women_day.jpg [Spanish Feminist/Flickr]

À la veille de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, force est de constater que l’UE traine des pieds au sujet de l’égalité des sexes. Le fossé entre hommes et femmes progresse même dans certains pays comme l’Italie et la Croatie.

La semaine dernière, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, a déclaré que l’égalité des genres était un « impératif moral », qui déboucherait sur une « économie mondiale plus fructueuse ».

Un « impératif moral »

Selon l’ex ministre de l’Economie française,  il est important de faire comprendre aux responsables politiques que l’égalité au travail « a du sens du point de vue économique » et qu’elle peut être le déclencheur de « plus de croissance » et d’une « société plus diversifiée » qui serait « beaucoup plus avantageuse du point de vue de l’économie mondiale ».

En 1957, l’UE a fait de l’égalité des genres une de ses valeurs fondatrices. Depuis, des lois anti-discrimination ont été adoptées et les stratégies qui en découlaient ont été lancées. Il y a trois ans, Viviane Reding, alors commissaire européenne en charge de la justice et des droits fondamentaux, avait appelé à des quotas de femmes dans les conseils d’administration des entreprises, une idée qui pour elle est logique du point de vue économique.

Mais cette loi reste bloquée depuis des mois au Conseil européen.

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Un rapport publié la semaine dernière par le Lobby européen des femmes montre que le moyen le plus efficace d’accroitre la représentation des femmes dans des postes à responsabilité – et, dans ce cas, dans les conseils d’administration – est une loi contraignante dotée d’un contrôle régulier, d’objectifs intermédiaires et de fortes sanctions.

« L’Europe dans son ensemble traîne les pieds et progresse trop lentement à ce sujet », a déclaré Joanna Maycock, secrétaire générale du Lobby européen des femmes. « C’est de plus en plus frustrant de voir que nous semblons pris au piège de l’inégalité », a-t-elle ajouté.

Le ghetto rose, une tendance dangereuse

« Le manque de diversité s’est révélé dangereux pour nos démocraties, nos sociétés et nos économies. Nous avons besoin d’une nouvelle façon de voir les choses et nous en avons besoin au plus vite », a-t-elle insisté.

Depuis que la Commission a proposé la loi, des fissures dans le plafond de verre sont apparues. Désormais, de plus en plus d’entreprises se battent pour attirer les meilleurs talents féminins. Depuis octobre 2010, la part des femmes dans les conseils d’administration a augmenté de 7,6 %, mais reste nettement insuffisante. La Commission a prévu de proposer une nouvelle stratégie qui doit notamment évaluer les progrès accomplis.

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Selon les ONG qui défendent l’égalité des genres, 2015 est une année hautement symbolique pour les droits des femmes puisqu’il s’agit du 20ème anniversaire du Programme d’action pour Beijing. Ce programme souligne la nécessité de prendre des mesures pour assurer aux femmes l’égalité d’accès et la pleine participation aux structures de pouvoir et au processus décisionnel.

V?ra Jourová, la commissaire européenne à la justice, aux consommateurs et à l’égalité des genres, a récemment déclaré que l’UE avait fait des progrès sur de nombreux aspects de l’égalité des sexes, mais que de nombreuses inégalités demeuraient. 

En plus de la différence de salaire entre hommes et femmes, de 16 % en moyenne, les femmes continuent de se charger des tâches ménagères, non rémunérées, davantage que les hommes. Sur le marché du travail, les femmes sont également surreprésentées dans les secteurs peu rémunérateurs et sous-représentées dans les postes à responsabilité, a-t-elle ajouté.

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« L’austérité a aggravé la situation, mais il s’agit d’un problème systémique qui discrimine les femmes et crée un ghetto Rose d’où les femmes peinent à s’échapper », estime Joanna Maycock.

Pour envoyer un signal clair à la Commission, le Parlement européen est en train de rédiger son propre rapport sur la stratégie post-2015 pour l’égalité hommes-femmes. Selon la rapporteure, Maria Noichi, Bruxelles doit fixer des objectifs clairs et établir des mécanismes de contrôle efficaces pour s’attaquer aux inégalités de genres.

L’ébauche de rapport exhorte l’exécutif à intégrer les objectifs d’une future stratégie dans le Semestre européen et d’inclure la question des genres dans les recommandations faites aux États membres et dans l’Examen annuel de la croissance.

L’Italie, pire que le Nicaragua

Il est inconcevable, s’indignent des activistes, que des pays européens fassent moins bien que certains pays non développés. Selon le dernier indice du fossé entre les sexes du Forum économique mondial, l’Italie, la quatrième économie de l’Europe, a un fossé plus grand que celui du Nicaragua, du Mozambique ou du Botswana.

L’indice révèle que c’est dans les pays nordiques que les femmes sont le mieux loties. Pour la sixième année consécutive, l’Islande se trouve en tête de peloton, suivie par la Finlande, la Norvège, la Suède et le Danemark. L’Allemagne, la grande puissance économique, se place seulement au 12ème rang à cause de la participation des femmes en politique, comme dans de nombreux pays. La Croatie, 55ème sur les 142 pays étudiés, fait partie des six pays où le fossé des genres s’est creusé depuis 2005.

Déblocage des négociations

Une des tâches, et priorité personnelle, du commissaire V?ra Jourová en 2015 sera de débloquer les négociations sur la directive anti-discrimination de l’UE, a-t-elle rappelé. « Dans notre union, il n’y a pas de place pour la discrimination », a-t-elle insisté.

Selon le rapport Fair Play du Fonds monétaire international sur la participation des femmes au marché du travail publié la semaine dernière, les restrictions des droits des femmes sont étroitement liées à l’inégalité hommes-femmes dans le monde du travail, ce qui a un impact négatif sur le PIB du pays. 

Réactions

Alessia Mosca, eurodéputé S&D : « En Italie, depuis que nous avons la loi sur les quotas, les chiffres montrent que la qualité et la performance des conseils d'administration a augmenté. Nous devons utiliser ces moyens, les quotas, pour réellement apporter un changement dans notre culture. »

Selon Monika Ladmanova, conseillère de V?ra Jourová sur l'égalité des genres, la directive sur le quota de femmes au sein des conseils d'administration n'est pas qu'une simple proposition, mais elle ouvre la voie à un changement réel. « Une meilleure communication, de meilleurs arguments sont nécessaires pour faire comprendre qu'une véritable égalité des genres est indispensable. La commissaire discute actuellement avec les parties prenantes et les États membres pour parvenir à un accord au plus vite », a-t-elle affirmé. 

Contexte

L'égalité des genres au travail a été incluse dans le Traité de Rome de 1957.La deuxième loi de l'UE sur le sujet date de 1975. Il s'agit de la directive sur l'égalité de rémunération, qui interdit la discrimination sur la base du genre dans tous les aspects de la rémunération.

Actuellement, la législation sur l'égalité des genres consiste en la refonte des directives sur les genres de 2006 et de 2004, établissant le principe du traitement égal entre les hommes et les femmes dans l'accès aux biens et aux services.

En novembre 2012, la Commission a proposé une directive sur la parité hommes-femmes dans les conseils d'administration des grandes entreprises, imposant un quota de 40 % de femmes dans les conseils d'administration. À l’heure actuelle, le texte est bloqué au Conseil. 

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