L’UE prudente face à la catastrophe aérienne en Ukraine

Le Boeing de Malaysia Airlines aurait été abattu en Ukraine par un missile-radar Buk datant des années 1970

Washington appelle à un cessez-le-feu immédiat en Ukraine après le crash d’un avion jeudi. Les autorités européennes se sont montrées prudentes alors que le Président ukrainien soulignait que le conflit s’étendait au-delà de son territoire.

L’Europe s’est réveillée sous le choc vendredi au lendemain d’une catastrophe aérienne en Ukraine dans laquelle les 298 passagers d’un vol Amsterdam-Kuala Lumpur ont trouvé la mort. Selon le président ukrainien Petro Porochenko, « la guerre s’est étendu au-delà du territoire ukrainien », déplorant que « les terroristes aient tué 300 personnes en un seul tir. »

Le Boeing 777 de Malaysia Airlines qui s’est écrasé jeudi dans l’est de l’Ukraine a probablement été abattu par un missile sol-air, selon les Etats-Unis, qui appellent à un cessez-le-feu immédiat dans la région pour permettre aux, tandis que Kiev et les séparatistes pro-russes se renvoient la responsabilité de cette catastrophe.

Selon un membre de l’administration américaine ayant requis l’anonymat, Washington soupçonne fortement les séparatistes d’être responsables du tir. Rien n’indique que les forces ukrainiennes aient fait usage d’un missile et aucun ne manque dans leur arsenal, a-t-il précisé.

On ignore d’où provenait le tir, a toutefois déclaré un autre haut fonctionnaire américain. Le vice-président Joe Biden a quant à lui estimé qu’il ne s’agissait probablement pas d’un accident.

Autorités européennes prudentes

Les autorités européennes se sont montré encore plus prudents sur la responsabilité de la catastrophe aérienne, alors que le président russe Vladimir Poutine s’est empressé de rejeter la responsabilité sur le conflit qui fait rage en Ukraine entre les séparatistes et le nouveau gouvernement dirigé par le président Porochenko. Le président Barroso ainsi qu’Herman Van Rampuy ont ainsi discrètement indiqué que l »‘UE allait suivre le dossier de très prêt ».

Pour les autorités ukrainiennes, l’avion, parti d’Amsterdam à destination de Kuala Lumpur, a été abattu par les séparatistes à l’aide d’un missile sol air SA-11 de fabrication soviétique, tiré avec l’aide de membres des services de renseignement militaires russes.

Niant toute responsabilité, les représentants de la « République populaire » et autoproclamée de Donetsk mettent en cause l’aviation ukrainienne.

Vladimir Poutine, qui parle d’une « tragédie », a imputé la responsabilité de la catastrophe aux autorités ukrainiennes, coupables selon lui d’avoir relancer leur offensive contre les séparatistes après la trêve observée il y a deux semaines. Le président russe ne s’est toutefois pas prononcé sur l’origine du tir.

Un vol Kuala Lumpur-Pékin de Malaysia Airlines avec 239 personnes à bord avait déjà mystérieusement disparu début mars.

« S’il s’avère que l’avion a bien été abattu, nous insistons pour que les responsables soient rapidement traduits en justice », a déclaré le Premier ministre malaisien Najib Razak, lors d’une conférence de presse organisée en fin de nuit à Kuala Lumpur

« C’est un jour tragique et c’était déjà une année tragique pour la Malaisie », a-t-il ajouté.

Une boite noire en suspens

Le président ukrainien Petro Porochenko, qui a ordonné aux forces gouvernementales de redoubler d’efforts pour en finir avec les séparatistes, s’est entretenu avec son homologue américain Barack Obama et s’est efforcé de rallier l’ensemble de la communauté internationale à sa cause.

« L’agression extérieure dont l’Ukraine est victime n’est pas seulement notre problème, c’est une menace pour la sécurité européenne et mondiale », dit-il dans un communiqué.

Déjà malmené par l’évolution du conflit israélo-palestinien, les marchés financiers ont accusé le coup.

Mêlés aux débris de l’appareils, les corps des passagers, dont 154 étaient de nationalité néerlandaise, ont été disséminés près de Hrabove, à une quarantaine de kilomètres de la frontière russe, dans un secteur tenu par les séparatistes, qui disent avoir retrouvé l’une des boîtes noires. L’accès au site pourrait donner lieu à de nouvelles tensions.

Ban Ki-moon, secrétaire général de l’Onu, a demandé l’ouverture d’une enquête internationale et transparente. Le Conseil de sécurité de l’Onu doit se réunir à 14h00 GMT pour une séance extraordinaire qui devrait donner lieu à l’adoption d’une déclaration.

Le texte rédigé par la Grande-Bretagne, dont Reuters a pu prendre connaissance, invite « toutes les parties à fournir aux enquêteurs un accès immédiat au site de l’accident pour qu’ils puissent en déterminer les causes » et faire en sorte que les « responsabilités soient établies ».

L’événement pourrait amener les chancelleries occidentales à redoubler d’efforts pour obtenir la fin du conflit.

Lorsque Petro Porochenko l’a annoncé, Barack Obama était au téléphone avec Vladimir Poutine. Les deux chefs d’Etat évoquaient les nouvelles sanctions de Washington et de ses partenaires de l’Union européenne visant à contraindre Moscou de faire plus pour amener les séparatistes à déposer les armes. Obama a évoqué la possibilité de nouvelles mesures de rétorsion, selon la Maison blanche.

Un missile des années 70 ?

Selon Malaysia Airlines, 283 passagers et 15 membres d’équipage se trouvaient à bord de l’appareil. Outre les 154 Néerlandais, pour lesquels une journée de deuil national a été décrétée, il y avait 28 Malaisiens, 27 Australiens, 11 Indonésiens, six Britanniques, quatre Allemands, quatre Belges, trois Philippins et un Canadien. On ignore la nationalité des 45 autres passagers. Tous les membres d’équipage étaient Malaisiens.

Une centaine de corps ont été retrouvés, d’après un membre des services de secours. Les débris sont dissémines sur 15 km, a-t-il précisé.

Bien que plusieurs avions militaires ukrainiens aient été abattus dans le secteur ces derniers mois, dont deux cette semaine, et malgré les accusations réitérées de Kiev selon lesquelles les forces russes ont joué un rôle direct dans ces opérations, les couloirs aériens ukrainiens étaient restés ouverts.

Selon Malaysia Airlines, l’aviation civile ukrainienne a perdu le contact avec le vol MH-17 à 14h15 GMT alors qu’il survolait l’est de l’Ukraine en direction de la frontière russe.

L’appareil se trouvait alors à 33.000 pieds (10.000 mètres environ), soit son altitude de croisière.

A cette altitude, il était hors de portée des roquettes que les rebelles ont utilisées pour abattre les hélicoptères et les autres appareils de l’armée ukrainienne volant plus bas, mais pas d’un missile SA-11.

« A l’instant, au-dessus de Torez, des terroristes ont abattu un avion de ligne civil à l’aide d’un système anti-aérien Buk que Poutine leur a gentiment remis », écrit Anton Guérachtchenko, du ministère ukrainien de l’Intérieur, sur Facebook. Il publie en outre une photo montrant un lanceur Buk dans le centre de Torez, non loin de Hrabove.

Le Buk, également appelé SA-11 Gadfly, est un missile guidé par radar des années 70. Il pèse 55 kg et sa portée est de 28 km.

Selon la presse russe, les séparatistes en auraient bien acquis un. Un des groupes rebelles aurait dit avoir utilisé un SA-11 lundi pour abattre un Antonov An-26, une perte que les autorités ukrainiennes ont confirmé cette semaine en même temps que la destruction d’un chasseur Su-25 mercredi.

Le Parti socialiste français " s'associe au chef de la diplomatie française pour demander qu'une commission d'enquête internationale sous l'égide de l'ONU établisse les responsabilités et les circonstances précises de ce drame."

 

Les circonstances qui ont conduit à cette castastrophe doivent faire l'objet d'une enquête afin que les responsables de cette tragédie soient identifiés. L'Union européenne et ses Etats membres doivent proposer toute l'expertise nécessaire aux autorités internationales et ukrainiennes pour mener à bien cette enquête" a déclaré Martin Schulz, président du Parlement européen.

Le président de la Commission, Manuel Barroso, et le président du Conseil, Herman Van Rampuy, ont également appelé à une enquête immédiate, en assurant que "l'UE suivrait le dossier de très prêt."

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé les projets de signer un accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Or il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation et la destitution du chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir de la péninsule sur la mer Noire dans la plus grande crise opposant la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Actuellement, les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril dernier. Le 11 mai, les rebelles prorusses ont affirmé qu'ils avaient remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. L'Occident estime pour sa part que ce référendum est illégal et illégitime.

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