L’Ukraine est prête à signer l’accord d’association avec l’UE

Yelisieiev.jpg

EXCLUSIF / Le nouveau gouvernement ukrainien souhaite signer l'accord d'association avec l'UE lors du sommet européen des 20 et 21 mars, a expliqué un haut diplomate à EURACTIV.

Dotée d'un nouveau gouvernement par intérim, l'Ukraine ne veut plus attendre pour se rapprocher de l'Union européenne. La signature d'un accord d'association (AA) renforcera la position de l'Ukraine vis-à-vis de la Russie, a expliqué l'ambassadeur ukrainien auprès de l'UE, Konstantin Yelisieiev. Il a d'ailleurs fait passer le même message lors de la réunion avec les hauts représentants de l'UE juste après ses déclarations à EURACTIV.

Un accord d'association entre l'UE et l'Ukraine a été paraphé en mars 2012 et les deux camps ont convenu d'un accord de libre-échange approfondi et complet (ALE approfondi et complet). L'UE avait l'objectif de signer ces accords lors du sommet du Partenariat oriental à Vilnius les 28 et 29 novembre. Ses plans ont toutefois été déjoués par le président national de l'époque, Viktor Ianoukovitch.

Konstantin Yelisieiev, connu pour sa position véritablement proeuropéenne, a déclaré qu'il fallait signer rapidement cet accord pour cinq raisons.

Tout d'abord, cela permettrait de répondre à la demande principale des manifestants d'Euromaidan, qui ont entamé leur action le 21 novembre 2013. Ce jour-là, l'ancien gouvernement de Mykola Azarov avait annoncé qu'il renonçait à la signature de l'accord avec l'UE afin d’intensifier ses relations avec la Russie (voir « Contexte »).

En outre, la signature d'un accord avec l'UE renforcerait la position des nouvelles autorités ukrainiennes vis-à-vis de la Russie. Le président russe, Vladimir Poutine, aurait organisé à l'improviste un entraînement militaire dans les régions centrales et occidentales du pays, proches de la frontière ukrainienne. Le ministère de la défense russe a indiqué le 27 février que des avions de chasse ont été déployés le long de ses frontières.

La signature rapide d'un accord éliminerait ensuite le risque que ce thème devienne un élément de la campagne présidentielle. Des élections présidentielles anticipées sont prévues le 25 mars prochain.

En signant l'accord, l'Ukraine préparerait les bases des réformes nécessaires afin d'éviter la banqueroute. Selon différentes sources, une conférence internationale de donateurs internationaux devrait bientôt avoir lieu, afin d'apporter des liquidités à l'Ukraine.

Enfin, dernier point mais non des moindres, la signature de l'AA constituerait une confirmation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine. En Crimée, une péninsule située sur le territoire ukrainien, des formes armées prorusses se seraient emparées des bâtiments du gouvernement et du parlement régional et auraient hissé des drapeaux russes.

Konstantin Yelisieiev a également confirmé que les autorités ukrainiennes souhaitaient une « perspective européenne » pour l'Ukraine, un jargon assez vague pour parler de l'adhésion à l'UE.

De hauts fonctionnaires européens avaient déclaré que la porte vers la signature d'un AA était toujours ouverte du côté de l'UE. Le diplomate ukrainien a également précisé que la réponse était simple vis-à-vis de cette déclaration : l'Ukraine est désormais prête. La libération de Ioulia Timochenko et l'engagement de réforme du système judiciaire constituaient des conditions préalables à la signature de cet accord. La première a été remplie le 22 février dernier et la deuxième représente l'une des priorités pour le nouveau gouvernement.

Selon Konstantin Yelisieiev, le sommet européen des 20 et 21 mars est une occasion optimale de signer l'AA. En vertu de la constitution ukrainienne, l'AA pourrait être signée par le président, le premier ministre ou un ministre mandaté, a-t-il expliqué.

« C'est la raison pour laquelle des idées du type "attendons les élections du 25 mai" seraient infondées », a indiqué le diplomate.

La presse a demandé à Olivier Bailly, porte-parole de la Commission, si Bruxelles voyait un obstacle technique à la signature de l'AA avec l'actuel gouvernement intérimaire. Il a répondu que le nouveau gouvernement n'avait pas encore prêté serment et que l'UE « envisagerait les options » concernant l'AA, une fois cette étape passée.

Rien ne prouve que les grands pays européens, comme l'Allemagne, soient en faveur d'une signature rapide de l'accord. Ils pourraient craindre que cette décision ne contrarie davantage Moscou.

Konstantin Yelisieiev a toujours douté que la libération de Ioulia Timochenko constituât un obstacle à la signature de l'AA. « Je crains que, si cet obstacle est levé, certains pays en trouvent un autre », a confirmé le diplomate ukrainien.

Le gouvernement ukrainien a annoncé le 21 novembre 2013 qu'il avait décidé de ne pas ratifier l'accord d'association avec l'UE.

À la suite de l'annonce du rejet de l'accord d'association par le président ukrainien, des centaines de milliers d'Ukrainiens ont battu le pavé et réclamé la démission du président, évènement connu sous le nom de « manifestations d’Euromaidan ». Dans le même temps, Viktor Ianoukovitch a préféré un renflouement de 15 milliards de dollars (11 milliards d'euros) accordé par la Russie.

Le 18 février, au moins 26 personnes ont perdu la vie lors des pires violences depuis le début des manifestations. Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, a accusé les dirigeants de l'opposition proeuropéenne d'essayer de s'emparer du pouvoir. Le 20 février, au moins 47 personnes ont été tuées dans le centre de Kiev, bon nombre d'entre elles par des tireurs d’élite ou des mitrailleurs. Le même jour, les ministres de l'UE se sont réunis à Bruxelles et ont imposé des sanctions aux représentants ukrainiens responsables du massacre.

Le 21 février, les dirigeants de l'opposition ukrainienne ont signé un accord de paix avec le président Viktor Ianoukovitch sous la houlette de l'UE. Les manifestants ont toutefois annoncé qu'ils ne bougeraient pas avant la démission du président ukrainien. Le 22 février, Viktor Ianoukovitch s'enfuyait de Kiev. Le président du Parlement ukrainien, Olexandre Tourtchinov est alors devenu le président par intérim.

  • 20-21 mars :  le sommet européen consacré à la croissance, à la compétitivité et à l'emploi
  • 25 mai :  élections présidentielles anticipées en Ukraine

Subscribe to our newsletters

Subscribe