La campagne présidentielle redémarre sur le thème Europe, stop ou encore ?

La responsabilité de l'Europe envers les migrants est soulignée par la gauche [Frontex]

Les candidats de la gauche s’opposent frontalement au Front national en se découvrant europhiles. Surtout Vincent Peillon, qui n’hésite pas à évoquer une augmentation des transferts de souveraineté vers l’Europe.

Si la droite a pris soin durant sa primaire d’éviter soigneusement le sujet européen, y compris durant les trois heures de débats télévisés qui ont réuni les candidats, l’Europe commence à s’inviter dans la campagne. Pour cette rentrée, et alors qu’on entend surtout les candidats de la gauche puisque leur primaire doivent se dérouler fin janvier, l’enjeu européen est clairement mis au centre du débat par au moins deux candidats : Vincent Peillon et Marine Le Pen. Pour des raisons opposées.

Eurodéputé discret, Vincent Peillon vise la présidentielle

Le député européen et ancien ministre français de l’éducation devrait se déclarer ce week-end. L’afflux de candidats à gauche ne semble pas devoir se tarir.

Marine Le Pen a répété son souhait de redonner  au peuple français sa souveraineté, y compris monétaire et économique, dans une interview sur RMC, le 3 janvier. « Les Français veulent moins d’Europe et plus de France » a assuré la candidate d’extrême droite.

Face à cette position tranchée, la gauche avance en ordre dispersé. Si Arnaud Montebourg ne perd pas une occasion de taper sur l’Europe, tout comme l’eurodéputé Jean-Luc Mélenchon qui accuse les travailleurs détachés de voler le pain des Français, les autres candidats de la gauche de l’échiquier donnent plutôt dans l’europhilie.

Valls, une vocation européenne tardive

Y compris le candidat Manuel Valls, qui n’a pourtant pas montré durant ses 2 ans à Matignon tellement d’entrain pour l’Europe. Au contraire, le Premier ministre s’est peu mobilisé sur les sujets européens,  ce qui a entraîné certains dérapages. Le Premier ministre avait ainsi menacé de ne plus appliquer la directive sur les travailleurs détachés en juillet dernier, afin de peser dans le débat pour une meilleure protection des salariés. Une technique « contre-productive » selon une source européenne, qui a n’a pas contribué à faire avancer le débat. Le Premier ministre Valls peu présent à Bruxelles était aussi peu connu des journalistes étrangers, et peu présents dans les médias européens. Ce qui ne l’empêche pas se déclarer aujourd’hui, en pleine campagne présidentielle, « profondément européen ». Mais cette référence à ses origines espagnoles peine à effacer son bilan. De même lorsqu’il avance qu’il faut que la France réduise son déficit en déca des 3 % du PIB, pour éviter de devoir à négocier son futur avec ses créanciers ».

Manuel Valls privilégie la croissance face à la réduction du déficit

Le premier ministre a affirmé que la France tiendrait ses engagements budgétaires lors d’une visite à Bruxelles. Mais a écarté toutes les mesures pouvant affaiblir la croissance.

Or durant son mandat de Premier ministre, la France a fait des efforts certes, mais sans parvenir à ramener son déficit en dessous de la barre fatidique.

Peillon, porte-drapeau du projet européen

Encore plus europhile, le dernier candidat déclaré, Vincent Peillon, a mis à profit les deux premières années de son mandat d’eurodéputé à enseigner la philosophie en Suisse et à écrire un polar, « Aurora », paru chez Stock au printemps dernier.

C’est pourtant celui qui insiste sans doute le plus sur l’Europe de tous les candidats. Au point de réclamer, mardi 3 janvier sur France 2, aux présentateurs Léa Salamé et David Pujadas de dire «quelques mots sur l’Europe». «Alors rapidement» lui a alors répondu David Pujadas, dans un mépris des questions européennes dont l’audiovisuel a l’habitude.

L’ancien ministre de l’Éducation réclame aujourd’hui une Europe « à la hauteur » dans la crise migratoire, avec la création d’un corps de garde-frontières européen. Qui existe déjà : l’annonce en a été faite par Jean-Claude Juncker en 2015, et les premières forces ont été déployées en octobre dernier. Il est en revanche un des rares à plaider pour un réel accueil des migrants, et pour la création d’un corridor humanitaire qui permettrait d’accueillir directement les migrants en partance des principales sources d’immigration.

«Ca touche l’Europe sur ses valeurs fondamentales, l’incapacité d’accueillir les réfugiés. C’est un crime historique, dont l’histoire de souviendra» a assuré le candidat sur France 2.

Il se veut aussi le chantre d’une « stratégie européenne offensive et affirmée» , et veut relancer «le moteur franco-allemand». Il évoque aussi un « new Deal européen », tout comme Hollande le faisait en début de mandat.

 

La France rêve d’un New Deal géant pour l’Europe

La présidence française défend un plan d’investissement d’inspiration keynesienne pour l’Europe. Soit 1200 milliards pour relancer la croissance.

 

Hollande évoquait 1200 milliards, Peillon se contenterait de 1000 milliards ; mais la réalité c’est que le plan Juncker s’est limité à 300 milliards, dont seulement la moitié a été investie pour l’heure. Et que pour convaincre les autres pays européens de mettre en place cette politique d’inspiration keynésienne, la partie n’est pas gagnée.

Le candidat souhaite aussi élaborer un budget de la zone euro capable de soutenir l’activité et l’emploi. Le diagnostic de relance budgétaire, posé depuis longtemps par les économistes qui se désolent que l’État ait perdu cet outil de politique économique, est certes pertinent ; là encore, il ne sera possible qu’avec l’accord des autres pays. Or pour l’heure, l’idée d’une capacité budgétaire de la zone euro n’est pas forcément appréciée si ce n’est chez les pays latins.

Son diagnostic sur l’Europe est en tout cas à l’opposé de la mode  qui consiste soit à dénigrer l’Europe, que l’on retrouve un peu partout sur l’échiquier politique, soit à ne pas en parler.

«  Je ne crois pas que l’Europe soit faite pour redonner de la souveraineté aux États, l’Europe se fait par transfert de souveraineté » estime Vincent Peillon.

Si Marine Le Pen est créditée de 26 % des intentions de vote aux présidentielles, on ignore pour l’heure quel score ferait Vincent Peillon : aucun sondage n’est paru depuis l’annonce de sa candidature, mi-décembre.

Macron refuse de voir des murs se reconstruire en Europe

Le candidat europhile a salué, dans une tribune au Monde, l’accueil des réfugiés par l’Allemagne qui a sauvé la dignité collective des Européens.

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