La carte de Chypre réunifiée sur la table des négociations

Chypre

Pour la première fois depuis la division de Chypre il y a 42 ans, les cartes d’un futur État fédéral devaient être échangées mercredi soir à Genève entre délégations rivales grecque et turque et confiées à l’ONU.

Ultime étape dans les négociations marathon entamées lundi au Palais des Nations, siège européen de l’ONU, cet échange aura lieu à huis clos, en présence seulement de cinq personnes, a annoncé le médiateur de l’ONU, le diplomate norvégien Espen Barth Eide.

« Elles seront présentées dans une pièce spéciale, avec les deux dirigeants (NDLR : le président chypriote grec Nicos Anastasiades et le dirigeant chypriote turc Mustafa Akinci) moi et un cartographe de chaque bord », a-t-il dit lors d’une conférence de presse. Elles seront ensuite « transférées dans un coffre et resteront en possession de l’ONU », a-t-il ajouté. « La carte définitive résultera du processus global. »

« C’est un moment très important, historique », a-t-il poursuivi. « Nous n’avons jamais eu dans le passé un échange de cartes ou une présentation de cartes créées par les délégations chypriotes elles-mêmes », a-t-il relevé.

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Le médiateur, qui suit toutes les négociations depuis la relance du processus de paix en mai 2015, a toutefois précisé que ces documents ne seraient pas rendus publics « en raison de l’extrême sensibilité de cette question ».

L’île méditerranéenne est divisée depuis le coup d’État manqué de 1974 qui voulait rattacher Chypre à la Grèce.

Depuis, la République de Chypre, admise au sein de l’Union européenne en 2004, n’exerce son autorité que sur la partie sud où vivent les Chypriotes grecs.

Les Chypriotes turcs habitent eux dans le nord, où une République turque de Chypre du Nord (RTCN) autoproclamée n’est reconnue que par Ankara.

« Un pour cent » de différence

La partition a provoqué l’exode entre le nord et le sud de dizaines de milliers de Chypriotes grecs et turcs qui espèrent, en cas d’accord, retrouver les propriétés qu’ils ont dû abandonner. D’autres, installés depuis quatre décennies, ne veulent pas recommencer leur vie ailleurs, comme c’est le cas pour la ville symbole de Morphou (nord).

M. Eide a indiqué que les positions des deux délégations rivales sur le tracé des futures composantes de l’État fédéral n’étaient éloignées que « d’un pour cent ».

Bien que largement minoritaires, les Chypriotes turcs contrôlent actuellement 36 % de l’île. Selon les médias chypriotes, la partie grecque serait disposée à leur accorder 28,2 % du futur État, tandis que la partie turque en réclamerait 29,2 %.

Le médiateur norvégien a déclaré que « toutes les questions » ont été abordées depuis lundi, surtout « les plus difficiles » : la gouvernance du futur Etat, la sécurité des deux entités, les propriétés spoliées et bien sûr le découpage territorial.

Interrogé sur le commentaire du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker parlant de « toute dernière chance » pour régler le problème de Chypre, M. Eide a préféré parler de « meilleure chance ».

« Je suis absolument convaincu que c’est la meilleure chance » de réunifier l’île, a-t-il dit.

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker doit assister jeudi à une Conférence sur Chypre organisée à Genève sous l’égide de l’ONU, avec les trois « garants » de la sécurité de l’île : la Grèce, la Turquie et la Grande-Bretagne, ex-puissance coloniale.

Cette réunion « historique », destinée à soutenir le processus de paix, sera présidée par le nouveau Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en présence des chefs de la diplomatie britannique Boris Johnson, grecque Nikos Kotzias, turque Mevlut Cavusoglu et européenne Federica Mogherini.

Le médiateur a affirmé que le futur État chypriote serait membre de l’Union européenne.

M. Eide a rappelé que toute solution de paix devrait être ensuite soumise à un référendum dans les deux parties de l’île. « Nous n’avons pas besoin de repartir de Genève avec une date de référendum », a-t-il cependant déclaré, en réponse à une question.